LES NOUVEAUX HUMANISTES ET LEURS ECRITS
Combien fades et vides sont, par exemple, les trois cents hexamètres où riiumaniste Hermann van dem Busciie chante la « sainte Cologne ') ! Les fleurs de rliélorique et les rémiHJscences classiques forment la majeure partie de son poëmc. Tous les dieux de la mylhologie sont invités à glorifier la ville. Parmi eux, le Christ est nommé une seule fois, et comme en passant. L'ouvrage ne nous fournit peut-être pas un seul renseignement intéressant sur la physionomie delà ville ' à cette époque. ViClocje de l'Université cl' Erfurt, par Eoban Hessus, est tout aussi dépourvu d'intérêt et de goiït. La ville y est célébrée comme le séjour des Muses, le lieu de naissance de Pallas; la bruyante Gera est transforméeen Triton. Dieux et demi-dieux cèdent leurs noms aux professeurs d'Erfurt. L'humaniste Mutian est porté aux nues sous le nom de Minos. Quani à Eoban, sa gloire ne le cède en rien à celle d'Homère. Son poème, s'il faut l'en croire, assure à Erfurt un renom immortel. Ainsi l'Iliade immortalisa Troie*. S'il advenait jamais qu'une catastrophe imprévue détruisit Erfurt, le poème d'Eoban la ferait vivre éternellement dans la mémoire des hommes.
Lorsqu'ils entreprennent de traiter quelque sujet chrétien, ravalant les choses saintes jusqu'à les faire servir de prétexte aux plus fades jeux d'esprit, les « poètes " se montrent encore plus destitués de goiit, plus loin du sentiment juste des choses. Eoban, dans ses Héroïdes chrétiennes (1514), nous offre les épitres amoureuses des saintes femmes du Nouveau Testament. Ces épitres ont eu celles d'Ovide pour modèles. Sainte Marie-Madeleine correspond avec Jésus- Christ, Dieu le Père avec la Vierge Marie. On ne peut lire sans dégoût des élucubrations de ce genre. Cependant Érasme se montre ravi de l'ouvrage, et, plein d'admiration, salue dans Eoban >< l'Ovide de l'Allemagne, le seul génie capable d'affranchir son pays de la barbarie ' » .
Les « poètes " faisaient preuve d un matérialisme révoltant dans leurs nombreuses et indécentes imitations des auteurs erotiques de l'antiquité. Conrad Celtes les avait précédés dans cette voie; ses peintures indécentes laissaient Ovide bien loin derrière lui; du reste, il s'en vantait, affirmant que ces trop réalistes tableaux préservaient la jeunesse des périls d'un sensualisme effréné'. Sous le même faux
• n"est souvent qu'un mannequin servant à draper un élégant attirail. » Voy. aussi la page 34 du même ouvrage.
' Voy. A. Reichensperger, index 3 fil. Liessem, Hermann van dem Büsche, Program des Kaiser ll'il/ielm Gymnasius in Coin (18851, p. 34.
- Voy. SCHW ERTZELL, p. 8. — KAMPSCHULTE, t. I, p. 71-72.
» Voy. ScHWEPxTZELL, t. XVI, p. 28-29. — Voy. la lettre de M. Huramelberger j du 24 janvier 1516 dans Horawitz, Zw Biographie BeuclUin's, p. 31. — Sur Eoban i considéré comme poëte, L. Geiger a fait un excellent article de critique. Neue Schriften, p. 124.
* Dans le Libri Amorum. Voy. AschbaCH, Wiener Humanismus, p. 227-247. — On avait déjà vu çà et là dans les écrivains contemporains s'affirmer des tendances