EMEUTES A ERFURT
professeurs des Universités; la discorde grandissait tous les jours dans les hautes écoles où les humanistes avaient de rinduence. Erfurt ressemblait à un champ de bataille. Beaucoup d'anciens professeurs, autrefois favorables au progrès des études classiques, s'y opposaient maintenant de toutes leurs forces; on les entendait souvent répéter que les nouveaux poètes finiraient par amener la ruine complète des Universités, Muliaun'en devint que plus acharné. « Nous n'avons pas à nous préoccuper », disait-il, « des jugements que portent sur nous des sophistes querelleurs. » « Rien ne peut donner la victoire aux ennemis des belles-lettres >, écrivait-il en 1509 au recteur de l'Université; ' qu'ils le veuillent ou non, le nombre des lettrés croit tous les jours. « « Je félicite les nouveaux professeurs d'Erfurt d'avoir su s'affranchir de la barbarie », écrivait-il à Hérébord von der Marthen. Il exhortait les humanistes, qu'il appelait " sa cohorte latine ", à rester fermes dans le combat, « car bientôt lui, leur général, les conduirait à la victoire '>, «^ Persévérons, maintenant que nous sommes engagés dans la lutte, car nous sommes pour ainsi dire liés par un serment militaire '. «
Mais avant que commençât cette guerre intellectuelle, un soulèvement populaire contre le conseil et le patriciat de la ville éclata dans Erfurt. Les arguments employés entre humanistes et scolastiques à l'Université furent transportés dans le domaine politique. Les anciens professeurs, Henning Goede à leur tête, se rangèrent parmi les défenseurs du conseil ; les humanistes, au contraire, montrèrent un penchant décidé pour le parti populaire. Mutian nourrissait depuis longtemps un amer ressentiment contre Goede, parce que celui-ci, en loyal Allemand qu'il était, s'était indigné du mépris des humanistes pour la littérature et la langue nationales ^. Mutian fit pleuvoir sur lui une grêle d'injures; il le comparait à Catilina, et lorsque la fureur populaire eut contraint Goede à prendre la fuite, il lui adressa les plus impitoyables outrages. Dans son érudition bizarre, Mutian faisait dériver toutes les lois allemandes de la législation romaine, et plus particulièrement des lois de Solon ^; il s'évertuait à prouver à ses amis la légitimité des réclamations populaires, en lesjustifiant par des citations empruntées aux auteurs classiques. « Il serait insensé de se figurer », écrivait-il, « que les grands hommes d'autrefois aient tous été des patriciens; ils sortaient souvent des classes les plus humbles. Isocrate a dit dès longtemps que l'on aurait de bien meilleurs gouvernants, si le peuple était libre de les élire. » Dans ses lettres, Mutian parle avec amertume et colère des partisans du conseil, et
' Rampschulte, t. I, p. 115-119.
* Kampschulte, t. I, p. 41.
' Voy. KlMPSCHULTE, t. I, p 99.