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REUCHLIN ET LES LIVRES JUIFS

chrétiens allaient être mieux compris. Malheureusement ses vues, considérées même comme de simples conceptions pliilosophiques, pouvaient aisément égarer les esprits, et donnaient trop grande satisfaction au penchant déjà si entraînant que l'homme éprouve pour tout ce qui semble lui promettre une communication directe avec le monde surnaturel. Mutian lut ravi de la Parole miraculeuse. Il espérait bien, disait-il, voir réaliser par Reuchlin ce que Pic de la Mirandole avait fait espérer '. Cornelius Agrippa fit des cours « sur l'œuvre chrétienne et catholique de Reuchlin * > ; mais quelques théologiens lui refusèrent leur approbation. < Il me semble en lisant Reuchlin », écrivait Jean Colet, t< que les miracles sont plus dans les paroles que dans les faits; on prétend que certains mots, certains signes hébreux possèdent une vertu tout extraordinaire. Oh! la science et les livres n'ont jamais tout dit! Mais après tout, rien ne me parait meilleur, pour les moments si courts de notre existence terrestre, que de vivre saintement et purement, de viser tous les jours au perfectionnement de notre âme. et de nous diriger vers la lumière, en cherchant à atteindre le but que nous proposent les livres pythagoriciens et cabalistiques de Reuchlin. Or, nous n'avons d'autre moyen d'y atteindre qu'un brûlant amour pour Jésus, et l'imitation de sa vie^ ^

Craignant non sans raison une nouvelle invasion du judaïsme, le Dominicain Jacques Hochstratten, professeur de théolop;ie à Cologne, inquisiteur de la foi dans les provinces de Cologne, de Mayence et de Trêves, entreprit de réfuter Reuchlin dans sa Destruction de la cabale. Il y démontrait que cette doctrine ne fortifiait en rien les dogmes du christianisme, qu'elle les niait, au contraire, et que les livres de Reuchlin fourmillaient de propositions erronées*.

Peu de temps avant l'apparition des traités de Reuchlin sur la cabale et de la réfutation de Hochstratten, une longue dispute sur l'autorité des livres hébreux avait eu lieu, et Reuchlin, au début de la querelle, avait pris ouvertement parti contre les Juifs. A l'instigation d'un noble de ses iimis, il avait publié un petit traité intitulé : Pourquoi les Juifs sont depuis si longtemps dans la détresse ^ (1505). Il y expliquait que la dispersion et l'exil des Hébreux depuis plus de treize cents ans « n'étaient que la juste punition de leur déicide > . Or, ce crime s'était perpétué sans interruption à travers les âges, ' car les Juifs continuaient à blasphémer, à outrager, à injurier

' Reuchlin's Briefwechsel, p. 84.

'Voy. Geiger, Reuchlin, p. 199.

ä Erasmiop. III, 1660. App. ap., 242.

* Deslructio Cabbale seu Cabbalistice perßdie (1519) .Yoy. Geiger, Reuchlin, p. 199-201.

* BÖCK1.\G, Ulr. Hutteni op. Supplementum, t. I, p. 173-179. — GEIGER, Reuchlin,. p. 206-208.

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journellement le Seigneur de toutes choses, dans la personne de son Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Messie donné au monde, qu'ils appellent « pécheur, enchanteur, supplicié«; la douce Vierge Marie, ils la nomment Haria, ce qui veut dire furie, et traitent d'hérétiques les Apôtres et les disciples du Seigneur; et nous autres chrétiens, disait encore Reuchlin, « ils nous regardent comme un peuple abominable, comme des païens insensés «.« Les Juifs d'autrefois et ceux de maintenant, et cela aussi longtemps qu'ils seront Juifs, participent à ces blasphèmes, et trouvent une joie singulière à imaginer sans cesse quelque nouvelle injure contre le christianisme. » « Ce fait ressort clairement de tous leurs actes, de leur attitude, de leurs prières quotidiennes, ainsi que de la lecture des livres qu'ils composent contre nous'. » « Le pire est qu'ils ne veulent pas convenir de leur péché; ils nient que les blasphèmes qu'ils profèrent tous les jours contre Notre-Seigneur soient répréhensibles; de sorte qu'ils sont incapables, soit de reconnaître leur erreur, soit d'améliorer leur vie. Et comme tous ensemble demeurent dans l'endurcissement, ils voient aussi s'éterniser leur châtiment et leur captivité. Tant qu'ils ne changeront point de cooduite, ils ne doivent espérer aucun adoucissement à leur sort, parce qu'ils veulent être aveugles, que cela plaise ou non à Dieu, et qu'ils restent de plein gré dans leur ignorance. Je prie Dieu de daigner les éclairer et les ramener à la vraie foi, afin qu'ils confessent que Jésus-Christ est le véritable Messie; alors leur cause redeviendra bonne en ce monde et dans l'autre. » En terminant cet écrit, Reuchlin avait généreusement offert à tout Juif, désireux d'être instruit touchant le Messie et la foi, de s'occuper de lui, de lui venir en aide, ' afin que, déchargé de toute préoccupation temporelle, il puisse servir Dieu en paix, affranchi de tout souci «.

Mais la conversion des Juifs, selon l'opinion souvent répétée des théologiens et des canonistes, ne pouvait être espérée qu'à certaines conditions. Il leur fallait abandonner l'usure, prendre part comme les chrétiens aux industries civiles, et surtout renoncer aux livres antichrétiens qu'on leur permettait encore de garder, et principalement au Talmud. « Par ces livres ", disaient les théologiens, « la « haine des Juifs contre le christianisme est constamment ravivée. » Un Juif baptisé, Jean Pfefferkorn, dans un esprit de sincère bon vouloir envers ses anciens coreligionaires, se fît l'interprète de ces manières de voir dans plusieurs écrits, souvent réimprimés entre 1507 et 1509. Le premier : le Miroir des Juifs, condamne franchement les

' Comme « uns dem Buch Nizahon un Bruder fol, ouch in dem gebet ulcschumadim wol zu merken ist •.

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