VIOLENTES ATTAQUES DE R EUCH LIN
Colo{jne, que ce sont eux et non lui qui ont commencé la querelle, ou plutôt que toute la faculté s'est livrée « à ce .luiC baptisé, qui l'a sans doute excitée contre lui >. Innocent, il se voyait trahi, vendu; mais néanmoins il ne ressentait aucune frayeur. Il comptait des défenseurs puissants parmi la noblesse et la bourgeoisie. Le pays tout entier se fiU levé pour le défendre, si un orateur de la force de Démosthènes eût su développer en public le commencement, le milieu et la fin de cette intrigue, distinguant ceux qui dans le débat avaient ou le Christ en vue, de ceux qui n'avaient songé qu'à remplir leur bourse. Aux grands personnages qui prendraient son parti viendraient se joindre les poètes et les historiens, parmi lesquels beaucoup lui portaient un grand respect, comme c'était leur devoir, ayant reçu autrefois son enseignement. Ces hommes éminents livreraient bientôt à un éternel opprobre le procédé inique de ses ennemis, et proclameraient son innocence, à l'éternelle confusion de l'Université de Cologne'.
Dans un second mémoire qu'il fit paraître peu de temps après *, également en allemand, Reuchlin soutenait l'orthodoxie de tous ses principes, et attaquait indirectement les théologiens de Cologne par des remarques acérées. Ceux-ci songèrent alors à empêcher le public de suivre le débat. Arnold de Tongres publia un grave traité en latin, dont le ton est en général plein de modération 3; il y signalait les erreurs théologiques de Reuchlin. Dans la dédicace de son travail à l'Empereur, Arnold déclarait qu'il ne prenait la plume que parce que Reuchlin, dans son Miroir des yeux, avait à tort pris parti pour les Juifs et les avait fortifiés dans leur hostilité contre les chrétiens, et aussi parce que l'auteur des propositions condamnées n'avait pas voulu les rétracter lorsqu'elles lui avaient été montrées, menaçant la faculté de Cologne, et disant que beaucoup de ses amis se lèveraient pour le défendre, comme s'il s'imaginait la faire reculer par des menaces! " Non, non > , ajoutait-il, » nous ne sommes pas gens à nous laisser intimider par de telles provocations! »
Pfefferkorn procéda différemment. Exaspéré par les injures de Reuchlin, qui dans son second écrit l'avait dépeint comme un homme >' trouvant un particulier plaisir à mentir », il l'attaqua dans son Miroir ardent * avec une violence sans pareille. Reuchlin en fut d'autant plus aigri que, sur ces entrefaites, l'empereur Maximilien fit
' Reuchlin's Brief ttechsel. p. 165-167.
^ Ain clare verstenCnus, etc. A OV. Bocking, i'ir. Hutteni. op. Suppl., II, p. 77. — Geiger, Reuchlin, p. 264-265.
^ Arliculi sive prcposiliones de judaico favore nimis suspecta:, ex libella teutonico Joannis Reutchlin, etc. Coloniae, 1512. — Voy. BOcKiNG. t. II, p 78-79. — Geiger, p. 266.
* Voy. BÖCKING, t. II, p. 79-80.
4S VM OLE NT ES ATTAQUES DE REUClIf.IN.
interdire le Miroir des yeux, ordonnant la saisie de tous les exemplaires du livre, sous peine d'un châtiment sévère.
Rcuchlin fît alors paraître sa Défense contre les calomniateurs de Cologne '. C'est un des pamphlets les plus virulenfs de l'époque.
S'adressant à l'Empereur, auquel il dédie son ouvrage, Reuchlin prétend que ce n'est pas le zèle pour la foi qui inspire les théologiens de Cologne, mais uniquement le plaisir de lui nuire, le désir de l'écraser. Us ne méritent pas, à son avis, le nom de théologiens, ce ne sont que des théologastes ; gens habitués non à scruter la vérité, mais à discuter éternellement sur des mots ; ne visant pas à la pureté des mœurs, mais souillés de toutes sortes de vices et de hontes. D'ailleurs l'expérience le disait assez : les bons étaient toujours persécutés et calomniés par les méchants. Homère lui-même avait été exposé aux injures d'un vil calomniateur. Aux talons de tout homme éminent s'attachait la calomnie. Les théologiens de Cologne n'avaient commencé la dispute contre les livres juifs que pour extorquer de l'argent juif. « Ils ont soif de l'or juif, et pour que cet or tombe en leur possession, volontiers ils proscriraient et brûleraient les Juifs, tandis que moi, je ne désire que la paix et le repos. « Quant au reproche qui lui est adressé d'avoir à dessein faussement interprété des passages de la Bible et des auteurs classiques, on ne saurait s'y attacher : il est permis de les concevoir autrement qu'ils n'ont été écrits ou entendus par leurs auteurs. On peut parfaitement leur attribuer plusieurs sens, pourvu qu'on n'en fausse pas la signification naturelle. D'ailleurs, un tel reproche est étrange dans la bouche de ses adversaires, qui ne sont en état de comprendre et d'apprécier ni la Bible, ni les écrivains classiques. En mettant même à part la question scientifique, la simple réflexion leur est inconnue; rintelligeuce et la logique leur font complètement défaut. Ne pouvant suivre ses raisonnements, ils les tronquent, afin de pouvoir les réfuter plus aisément. J\on-seulement ils sont incapables de les comprendre, mais ils sont décidés à ne les point écouter.
iSon content de formuler de pareilles accusations, Reuchlin se laisse aller à des injures encore plus violentes contre des gens qui cependant ne l'avaient pas offensé personnellement. Il les appelle « moutons, boucs, pourceaux ». Il les accuse d'être pires que des animaux sauvages, et semblables à des bêtes de somme et à des mulets. H les nomme disciples du diable, complices de l'enfer, et leur attribue un orgueil de démon. A l'entendre, dénués de toute science, ils n'ont pas de but plus relevé que de découvrir partout des hérésies; ils pensent, et ils ont quelquefois raison, venir à bout de leurs adver-
' De/ensio J. lieiiclilin contra ealumnialnres suos Colonienses.