ALBERT DK MAYENCE ET SA COUR
de sérieuses études thcologiques, et ne se mettait nullement en peine d'organiser et de discipliner son clergé. Si le mot scolastique était pour lai synonyme de barbarie, il se montrait ravi du« divin génie » d'Érasme. A son avis, Érasme avait rendu à la théologie son ancien lustre, terni depuis tant de siècles'. Il l'assurait de sa protection; aussi Érasme, écrivant à Hutteu, appelle-t-ilTarchevéque ; le plus bel ornement de l'Allemagne dans le siècle présent- ■ ; toutefois il ne peut s'empêcher de déplorer qu'Albert, en acceptant le chapeau de cardinal, ait méconnu sa vraie grandeur eu consentant à redescendre au simple rang de -< moine du Pape ^ '•.
Les Ê pitres des hommes obscurs rapportent que les « poètes >• qui habitaient le palais archiépiscopal, tous libres penseurs, tous contempteurs de la religion, avaient coutume de se réunir à V Hôtellerie de la Couronne. Là, l'épée ou le poignard suspendus à la ceinture, ils allaient, venaient, jouaient au dé des billets d'indulgence, tenaient des propos impies, accablaient de quolibets et d'injures les moines ou les " maîtres es arts « que leur mauvaise étoile conduisait dans ce lieu*. Ulrich de Hütten, un des habitués de la Couronne, fait dire à un moine, dans l'une des Epures, que lui, Hütten, s'était un jour vanté que, si jamais les Dominicains se conduisaient envers lui comme envers Reuchliu, il leur jetterait publiquement le défi, et couperait le nez et les oreilles de tous ceux qui tomberaient entre ses mains \
Des menaces de ce genre n'étaient point de simples fanfaronnades dans la bouche d'Ulrich. Érasme rapportait plus tard, comme un fait connu de tout le monde, qu'il avait un jour coupé les oreilles à deux Frères prêcheurs qui s'étaient trouvés sur sa route *■'. Les guerres privées, les rapines, plaisaient singulièrement à cette nature farouche et indomptée. En 1509, étaut encore bien jeune, nous le voyons donner à son cousin Louis de Hütten le conseil de barrer le chemin à un marchand dont il avait eu à se plaindre, de le guetter lorsqu'il se
' Voy. ses lettres à Érasme. Erasmi op. III, p. 350, 451, ep. 334-434. La dernière est datée du 13 juin 1519, par conséquent à une époque ou plusieurs des plus violents pamphlets de Hütten contre la papauté avaient déjà paru, cependant Albert l'appelle encore = notre Hütten - , - Huttenum uostrura vel idcirco, quia amari abs te inteliigimus, libenter diligimus ».
- " Luicum his temporibus nostrae Germaui« ornamentum. " Op. lil, p. 44'.
^ - Monachus factus Romani poulificis. - Op. III, 1686. .^pp. ep. 296.
* Voy. Strauss, t. I. p. 242.
^ Dans les Epist. obscur, viromm, t. II, p. 55 (BöCki.no. Suppl. II, p. 272 , le magister Sylvestre Gricius rapporte que parmi les - commensales in hospitio coron« • se trouve Ulricus de Hütten, - qui est valde bestialis, qui semel dixit, si fratres praedicatores », etc.
" Strauss, t. Il, p. 240-241, note 3. • H*c atque hujus generis permulta '^ ajoute Érasme, • etiam populus ubique novit. • ,