POÉSIE « DE LA HAINE ET DE LA VENGEANCE
rendrait â la foire de Francfort, de le terrasser, mais non de le tuer, ce qui serait peut-être imprudent, puis de le faire mettre au cachot. Ulrich se réservait le soin de com|)lcter lui-même le châtiment'.
Avant le retour de Hütten d'Italie, et lorsqu'il ne faisait pas encore officiellement partie de la cour de l'archevêque, il avait fait rééditer l'ouvrage de Laurent Valla : De la prétendue donation de l'empereur Comtantin au pape Sijlvcatre et à ses successeurs. Le livre était précédé d'une préface adressée à Léon X, qui surpassait en attaques violentes, en injures, en mépris, tout ce qui av.iit été écrit jusque-là contre la papauté. Tous les pontifes des siècles précédents y étaient appelés « brigands, voleurs, tyrans, sangsues du peuple »; sous prétexte de remettre les péchés, ils avaient, disait Hütten, établi un commerce lucratif d'indulgences, se faisant une source de revenus avec les châtiments réservés aux pécheurs dans la vie future. « Seul, le grand pape Léon », ajoutait hypocritement Ulrich, « méritait toute louange. » Or, ce même Léon, il l'avait appelé peu de jours auparavant « un Florentin frivole et cupide ". Miùs il assurait maintenant que le Pape avait fait refleurir la justice et la paix, la vérité et la liberté, et qu'on allait le voir renoncer de lui-même au pouvoir temporel, et donner bénévolement ce qu'on aurait été contraint de reprendre par la force, si un mauvais pontife eût été élu à sa place \
Cela n'empêchait pas Hütten d'être depuis longtemps convaincu que pour la sainte cause de la liberté " on serait bientôt contraint d'employer la violence. Dans son Triomphe de Reuchlin, il n'a laissé planer aucun doute sur ce qu'on eût eu à attendre de son parti s'il s'était un jour trouvé à même d'exécuter ses plans. Nous y voyons comparaître, chargés de chaînes, tous les adversaires de Reuchlin. Hütten les accable d'injures. H presse le bourreau de commencer leur supplice; il l'exhorte à torturer Pfefferkorn, à le mettre sous ses pieds, et décrit avec une satisfaction féroce les tourments qu'il va subir. " Trainez-le sur la terre! Que son hideux visage balaye le sol! Que ses genoux élevés l'empêchent d'apercevoir le ciel, que ses yeux hagards ne puissent vous émouvoir, que sa bouche calomniatrice baise la poussière et s'en nourrisse! Qu'attendez-vous, bourreaux? Hâtez-vous d'ouvrir sa bouche et de lui arracher cette langue détestable qui a fait tant de mal, afin qu'il ne puisse plus souiller de ses propos infâmes cette fête triomphale! Arrachez-lui le nez et les
' Strauss, t. I, p. 69-70.
- Voy. Strauss, 1. 1, p. 280-2S5.