L.\ RENAISSANCE A LA COUR DES PRINCES ECCLESIASTIQUES
oreilles; enfoncez profondément vos clous dans ses pieds! Que sa face et sa poitrine balayent le sol! Meurtrissez sa mâchoire! Que ses lèvres soient désormais incapables de nuire! Avez-vous lié solidement les mains derrière le dos? Bien! maintenant, rognez-lui les ongles, bourreaux! n
A la vue d'un semblable supplice, les hommes et les enfants qui composent l'assemblée sont invités à applaudir et à battre des mains '.
La poésie " de la haine et de la vengeance » a été introduite par Hütten dans notre littérature, et c'est le Triomphe de Reuchlin qui commence à nous en révéler le véritable caractère *.
Bien des gens trouvaient singulier qu'un archevêque, le primat de l'Église d'Allemagne, eût donné une charge quelconque à sa cour à un homme comme Hütten. Le prince de Carpi, dix ans plus tard, écrivait de Rome à ce sujet : « Les princes ecclésiastiques et laïques récoltent maintenant les fruits de la semence qu'ils ont répandue à profusion, ou dont ils ont, tout au moins, favorisé la croissance. Ce sont les poètes qui ont le plus contribué à exciter en Allemagne la révolte contre l'Eglise et la société. Ce sont eux qui ont encouragé toutes ces violations du droit dont nous sommes tous les jours les témoins. Mais qui donc a soutenu ces hommes ? Ce sont les dignitaires ecclésiastiques, et ceux mêmes du rang le plus élevé. Ils ont entretenu à leur cour voluptueuse ces gens aux tendances à demi païennes, qui jettent le mépris sur tout ce qui est resté cher au peuple, et n'ont d'autre but que le renversement de tout ce qui existe. Le funeste exemple des poètes et des courtisans a fait un mal incalculable. L'insouciance, l'esprit mondain des
I Rident puerique virique,
L'na omnes rident, plausuque favente seqiientur.
- Triomphus doctoris Beuchltni, dans BÖCK1NG. t. III, p. 413-448. Hutten avait montré ce poëme à Érasme dès 1514. Celui-ci lui avait donné des éloges, mais n'avait pas jugé le moment; opportun pour sa publication. La colère d'Érasme contre Pfefferkorn est curieuse à constater. Celui-ci avait eu l'audace de lui jeter en passant une attaque légère, évitant même de le nommer. (Geiger, Reuchlin, p. 386, note 3.) — Cependant Érasme trouve un pareil procédé digne d'être châtié par la main du bourreau. = 0 pestem indignam talibus adversarii.s, dignam carnifice. • (0/7. III, 1639, .4;)p. e/;. 200.) • C'est à présent ' , s'écrie-t-il indigné, « que Pfefferkorn prouve clairement sa qualité de Juif. Ses ancêtres ont exercé leur fureur contre le seul Jésus-Christ; mais lui ne craint pas d'attaquer une foule d'hommes haut placés. De Juif infâme il est devenu Juif plus infâme encore. ■ Les autorités ecclésiastiques, l'Empereur, le conseil de Cologne, tous devaient agir de concert pour préparer la ruine de ce misérable. (Geiger, p. 342.) Les violentes sorties de ce genre étaient alors fréquentes, et appartiennent aux symptômes les plus malsains de l'époque. Tandis que les humanistes, « les cultivés • comme ils s'intitulaient modestement, se croyaient autorisés à attaquer, à calomnier tout l'univers, ils écumaient de rage, ils réclamaient le secours des autorités aussitôt qu'on avait l'audace de se défendre contre leurs attaques, ou seulement d'exprimer d'autres opinions que les leurs.