CHAPITRE III
LUTHER ET HÜTTEN.
Martin Luther' naquit à Eislebenle 10 novembre 1483. Son enfance s'écoula à Mansfeld; elle ne fut pas heureuse, mais rude et contrainte, non-seulement à cause de la pauvreté de ses parents, mais parce que, à l'école comme à la maison, il fut toujours traité avec une extrême rigueur. Lui-même a raconté qu'un jour, sa mère, à propos d'une misérable noix, le fouetta jusqu'au sang, et qu'une fois son père le corrigea de telle sorte qu'il en conserva un profond ressentiment, et fut sur le point de s'enfuir de la maison paternelle. A l'école, en une seule après-midi, il assure avoir été frappé quinze fois. Et cependant, malgré tant de châtiments et tout l'effroi qu'ils lui inspiraient, malgré ses angoisses et ses souffrances, Luther se plaint de n'avoir alors « absolument rien appris* ». Un tel mode d'éducation développa chez lui une disposition inquiète. Jamais
' Le père de Luther, Hans Luther, était fermier à Moehra (Thuringe), mais il avait été obligé de quitter le pays, abandonnant tout son avoir, après avoir, comme on l'en soupçonna généralement autour de lui, tué dans un accès de colère, avec le mors de son cheval, un pâtre qui était à son service. Voy. Ges~ chicklUche Notizen über Martin Luthers Vorfahren^ par K. Luther, Wittemberg, 1867. «Il est peu habile ", dit l'auteur, « d'essayer de dissimuler des faits, même lorsqu'ils sont désagréables à constater. • Thiersgh (p. 185) cite un livre publié en 1565 où il est fait allusion au meurtre commis par Hans Luther. • Igitur ^ y est-il dit ironiquement, " antequam nasceretur filius homicidae Morensis. non fuit Evangelium in Germania. ■ Bien longtemps auparavant il est question de ce fait dans une lettre de G. Wicel [Epist. libri quatuor, Lipsiap, 1537) Voy. KösTLiN, Luthers Leben vor dem Ablasstreit, p. 25. Köstlin tient ce renseignement pour inexact. Martin Luther naquit à Eisleben, où la femme de Hans Luther avait suivi son mari fugitif au milieu d'un hiver rigoureux. — Sur la date de sa naissance, voy. Kah.nis, t. I, p. 131-132. — Köstlin, p. 8-14. Hans Luther menait à Eisleben, et plus tarda Mansfeld, une vfe pauvre et laborieuse. Il était coupeur d'ardoises; sa position matérielle s'améliora dans la suite.
*Pour plus de détails, voy. Jukgens, t. I, p. 151-160. Pendant ses luttes avec les • sectaires de Rotenliourg », il échappa un jour à Luther de dire : " Dieu m'a mis dans une telle situation qu'il me faut parfois fredonner le petit refrain enfantin que chantait ma mère : " Personne ne nous aime, ni toi ni moi, c'est « notre faute à tous les deux. • Sämmtl. Werke, t. LXIII, p. 332.