‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 253 sur 477 · LUTHER ETUDIANT · texte numérisé non relu

LUTHER ETUDIANT

il ne connut l'obéissance joyeuse qui règle ordinairement la vie de l'eniance. La manière dont on Televail pouvait peut-être contenir sa violence naturelle, mais non l'assouplir et la dompter.

Lorsqu'il eut quatorze ans, Luther fut envoyé à Magdebourg pour y continuer ses éludes ', et Tannée suivante il entra à Técole latine d'Eisenach. A cette époque, la pauvreté de ses parents était telle, qu'en route l'enfant dut gagner son pain en chantant quelques refrains aux passants. Il a raconté qu'à cette époque le culte solennel de l'Église faisait sur lui une heureuse impression; qu'il se plaisait à la représentation des mystères, et qu'il aimait les pieux cantiques chantés par les fidèles pendant le service divin -.

A Eisenach, lorsqu'il eut atteint l'âge de seize ans environ, un grand changement s'opéra dans sa vie. Une jeune dame noble, de la famille des Cotta, le recueillit dans sa maison ^ Elle s'attacha à lui, rapporte Mathésius dans son panégyrique de Luther, " à cause de la beauté de sa voix et de la ferveur avec laquelle il priait ; . C'est d'elle que Luther tenait cette maxime : « qu'il n'y a pas de chose plus précieuse sur cette terre que l'amour d'une femme, quand on est assez heureux pour l'obtenir*. >!

En 1500, le jeune homme entrait à l'Université d'Erfurt pour y étudier la philosophie et la jurisprudence; en 1502, il était bachelier en philosophie; trois ans plus tard, il obtint le grade de maître es arts, et pendant quelque temps enseigna la morale et la physique d'Aristote^

Un attrait particulier le poussait alors vers les études classiques; il lisait les principaux chefs-d'œuvre des écrivains latins, et de préférence Cicéron, Tite-Live, Virgile et Plante, suivait les cours d'humanités de Jérôme Emser", et se distinguait de telle sorte, rapporte son biographe, « que toute l'Académie était dans l'admiration des dons remarquables de son esprit" r,.

Dans le cercle des jeunes humanistes où il entrait, il rencontra

' Voy. KÖSTL1N, p. 32-34.

* Sur le fréquent usage des cantiques au quinzième siècle, voy. notre premier volume, p. 219, 225; le témoignajife de Luther y est rapporté.

2 Voy. KösTLiN'. p. 35-36. — KÖHLER, p. 4, appelle la dame Cotta « une digne matrone •, et convient cependant que Luther, en 1540 ou 1541, par conséquent plus de quarante ans plus tard, recevait à sa table son fils Henri, alors étudiant à Wittemberg.

* Sammtl. Werke, t. LXI, p. 212.

* Luther racontait plus tard qu'au temps où il était bachelier, un étudiant de Meiningen lui prédit qu'il deviendrait un jour un grand homme. Köstlin, Marlin Luther, t. I, p. 55.

'■'Voy. Unschuldige Xaclirichten, année 1720, p. 14.

^ MÉLANCUTHON, l'ita Lutheri dans le Corpus Reformai., t. VI, p. 157.

LUTHER AU COUVENT. ß9

Crotus Kubianus et Jean Lange, avec lesquels il se lia bientôt étroitement. Il se faisait apprécier de ses compagnons moins comme poëte que comme < musicien et savant philosophe* «. H prenait volontiers part aux réunions, aux plaisirs de ses camarades, chantait, faisait de la musique avec eux; mais souvent, après s'être montré d'une humeur enjouée, il tombait tout à coup dans une disposition sombre et comme maladive : dès lors il était accablé de tourments de conscience.

En 1505, la mort subite d'un de ses amis, tué en duel, l'ébranlé jusqu'au fond de son être*. La même année, aux portes d'Erfurt, un épouvantable orage le surprend et met sa vie en danger. " Lorsque je me vis tout proche d'une mort qui semblait se hâter », écrivit-il plus tard, " je prononçai, sous l'empire de mon effroi, un vœu contraint et forcé'. " Ayant réuni ses amis dans un souper qu'égayèrent les violons et les chants, il leur annonça soudain qu'il avait résolu de renoncer au monde et de prendre l'habit religieux au couvent des Augustins. « Vous me voyez encore aujourd'hui , leur dit-il, -c et bientôt vous ne me verrez plus. » Toutes les objections de ses amis furent inutiles; ils l'accompagnèrent en pleurant jusqu'à la porte du couvent.

Il est à remarquer que Luther n'emporta d'autres livres au couvent que les œuvres de deux poètes païens : Virgile et Plante *. Ce que disait le Dominicain Pierre Schwarz de l'étude exclusive des classiques et du droit peut s'appliquer à Luther jusqu'au moment de la démarche la plus grave de sa vie : « De nos jours, beaucoup apprennent à versifier, mais peu approfondissent l'Évangile. Beaucoup étudient la jurisprudence, mais peu la sainte Écriture', « Reuchlin, à la même époque, se plaignait aussi de ce qu'autour de lui « la sainte Écriture fût délaissée pour l'attrayante étude de l'éloquence et de la poésie" ».

Tandis que dans toutes les écoles latines restées fidèles à l'antique

' KÖSTLIN, Luthers Leben vor dem Ablassstreit, p. 37-41. XOUS y troUVODS poUF la

première fois nettement indiquées les premières relations de Luther avec les humanistes. L'humaniste Gaspard Schalbe, d'Eisenach, qui est cité comme étant l'ami de Luther (voy. Burkhardt, Luthers Briefwechsel, p. 115), était probablement un frère ou un parent de la dame Cotta (voy. Kösthx, p. 38), dont le nom de fille était Schalbe. • Summa familiaritate », écrivait plus tard Crotus à Luther à propos de leur amitié d'Erfurt, • Erfordiae bonis artibus siraul operam dedimus asiate juvenili », et » eras in raeo quondam contubernio musicus et philosophus eruditus • . — Böcking, Hutteni op., I, p. 307. Voy. Kampschllte, t. II, p. 4.

' G. Mathésius, i^, raconte ■ qu'un de ses bons camarades le tua • .

' De Wette, t. II, p. 101.

* Voy. Seckendork, t. I, p. 21».

* Dans son Chochaf Hamschiach (Esslingen, 1477), t. II*.

* Voy. plus haut, p. 37.

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