‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 267 sur 477 · LUTHER ET I, E S HUMANISTES · texte numérisé non relu

LUTHER ET I, E S HUMANISTES

leur envie, leur ignorance el leur rudesse. « Le clergé ne persécute l'innocent Luther i, disaient-ils, ^^ que parce qu'il est plus savant que lui, et possède- assez d'indépendance d'esprii pour juger comme elles mériteni de l'être les impostures et les fables des hypocrites. « Comme les humanistes étaient non-seulement savants, cultivés, pleins de talent, mais encore habiles à manier la parole et la plume avec aisance et goût, il ne leur était pas difficile d'éveiller chez les laïques une vive sympathie, une sincère compassion pour Luther; ils le représentaient comme une victime de la cause de la vérité et de la justice; à les entendre, il n'était contredit que par des prèlres envieux, cupides et ignorants, qui, dans la paresse et la débauche, vivaient des mensonges de la superstition, et ne songeaient qu'à extorquer l'argent d'un peuple imbécile '. L'étroite amitié de Luther et de Philippe Mélanchthon,si célèbre dès ses jeunes années dans toute l'Allemagne par sa science, si ardent à servir son ami, contribua beaucoup à donner aux humanistes une opinion favorable « du nouveau héraut de la vérité, qui luttait si courageusement pour elle à Wittemberg ».

Luther avait cherché de bonne heure à se rapprocher de la ligue des poètes. On le voit, dans ses écrits, offrir successivement ses hommages et ses louanges aux coryphées de la bande, à Mutian, Reuchlin, Érasme. Comparé à Mutian, ce savant génie, cet esprit si cultivé, si exquis, il avoue n'être qu'un barbare, accoutumé tout au plus à crier parmi les oies, et il lui demande son amitié - (29 mai 1516). Écrivant à Reuchlin (li décembre 1518), il se dit son imitateur; comme lui, il souffre sans perdre courage la persécution et l'injure. Grâce à l'énergie de Reuchlin, l'Allemagne recommence à respirer, après avoir été pendant des siècles non-seulement opprimée, mais en quelque sorte annihilée. L'aurore de la renaissance intellectuelle ne pouvait venir que d'un homme comme Reuchlin, d'un esprit aussi exceptionnellement doué. « De même que Dieu I a réduit en poussière par la mort le Christ, la plus haute de toutes ' les montagnes, et que de cette poussière se sont élevées ensuite tant d'autres montagnes, ainsi tu n'aurais porté que peu de fruits, si, comme le Christ, tu n'avais été poi'r ainsi dire broyé; et voilà que de ta poussière nous voyons maintenant sortir de hardis défenseurs I de la sainte Écriture ^ » Son langage est encore plus obséquieux j lorsqu'il s'adresse à Érasme. Érasme est l'ornement et l'espoir de

' Voy. Otto, p. 118.

' De Wette, t. I, p. 21.

' De Wette, t. I, p. 196-197. — Voy. Geiger, Reuchlin, p. 354. Dans Evers, t. [, p. 62-72, voyez les passages où Luther déclare que son entreprise n'est que la continuation de la querelle de Reuchlin.

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