PARTISANS DE LUTIJER DANS L'ALLEMAGNE DU SUD
foule simple et ignorante, continuât à se laisser abuser par des farces indignes et niaises. « Sous la conduite du Christ, il fallait anéantir l'armée ennemie. " Euricius Cordus, célébrant Luther, découvre en lui un héros plus vaillant qu'Achille; Juste .lonas ne voit dans le monde entier que vice et corruption, et engage tous les hommes éclairés à rompre ouvertement avec le passé'. Mais Crotus Rubianus va plus loin encore; autrefois, à Erfurt, il avait été l'intime ami de Luther. Bien qu'en sa qualité d'humaniste il eut chanté trèspeu de temps auparavant les louanges de l'Italien Pierre Pomponace, qui doutait de l'immortalité de l'âme; bien qu'il eiU salué en lui un allié précieux dans la guerre d'extermination qu'il avait juré aux « sophistes " et aux moines», il ne tarde pas à reconnaître de quelle importance les querelles suscitées par Luther peuvent être pour son parti; aussitôt, son esprit devient « biblique », et il choisit pour nouvelle devise le « glaive de la sainte Écriture ». Le 16 octobre 1519, il presse Luther, « son savant, son saint ami », « l'élu du Seigneur », de ne rien craindre dans la lutte qu'il a entreprise contre Rome, <; ce foyer de corruption dont la pensée seule excite le dégoût ». L'éclair qui autrefois avait renversé Luther à Erfurt était un signe donné par Dieu même, et nous révélant que, nouveau saint Paul, Luther avait reçu du ciel une mission divine. Aussi l' exhortait-il à continuer l'œuvre commencée, l'assurant que l'Allemagne recevrait de lui avec enthousiasme la parole de Dieu'.
Luther, dès ses premières négations, avait trouvé parmi les humanistes, les juristes et les patriciens de Nuremberg, des partisans tout aussi exaltés. Christophe Scheurl, Jérôme Ebner, Jean Holzschuher, Lazare Spengler, d'autres encore, se surpassaient mutuellement dans leurs témoignages d'admiration '. " Luther est devenu l'homme le plus célèbre de l'Allemagne -, écrivait Christophe Scheurl en 1518; " il est dans toutes les bouches; ses amis le célèbrent, l'adorent, combattent pour lui, sont prêts à tout endurer pour lui ; ils baisent ses moindres écrits, et le nomment le héraut de la vérité, le clairon de l'Évangile, leprédicateur de Jésus-Christ; saint Paul, à les entendre, parle par sa bouche '. » Albert Durer, lui non plus, ne trouve pas de termes assez louangeurs pour célébrer Luther, « ce docteur éclairé
' Kampschulte, t. II, p. 31-35. — Sur les - poètes d'F.rfurt et leurs rapports avec Érasme et Luther, voy. Rr.vuse, Eobanus Hessus, t. I, p. 259-329.
» Voy. sa lettre dans Kampschulte, t. II, p. 44-45.
'Voy. BÖCKING, Hutteni Op. I, p. 309-312. • C'est une des lettres les plus remarquables que Luther ait reçues •, fait observer avec raison Kampschulte, t. II, p. 51.
* Voy. Roth, Reformation in Xümherg, p. 49.
* Voy. les lettres d'octobre à décembre 1518 dans ScheurVs Brie/buch, t. II, p. 53-65. Voy. aussi, p. 83, la lettre de Scheurl à Eck (19 février 1519 sur l'enthousiasme du clergé pour Luther, dont il approuve sans restriction les principes.