LUTHER FAIT ALLIANCE AVEC LA RÉVOLUTION
qu'en n'importe quel prince '. « Je pense qu'ils sont tous devenus fous, à Rome ", écrit-il à Spalatin au commencement de juin 1520; « tous sont violents, inconsidérés, sans cervelle! Cène sont que des bûches, des pierres, des démons M > Lorsque, le 11 juin, le chevalier
contraire lui savoir gré de ne pas s'être arrêté à de vains et subtils scrupules, de n'avoir pas eu horreur des mesures violentes, puisqu'elles étaient nécessaires, et d'avoir été droit aux moyens efficaces et radicaux. L'emploi de ces moyens était inévitable. Sans eux, la patrie allemande, si longtemps opprimée par la cour de Rome, ne pouvait être affranchie. •
' « ...Se plus confidentiae erga illum gerere, raajoremque in eo spem habere, quam habeat in ullo sub ca-lo principe. - Cochl.els, De actis et scriptis Lutheri, fol. se''. Voy. Kampschulte, t. Il, p. 74, note 3, et Sybel, Histor. Zeitsckri/i, 1874, p. 189.
» De Wette, t. I, p. 453. En même temps il écrivait à Crotus Rubianus. Voy. Corp. Reform., t. I, p. 202. — ßöcKiNG, t. I, p. 434. — Burkhardt, Luther' s Briefwechsel, p. 29. — De Wette, t. I, p. 452. Luther traitait tous ses adversaires théologiques, Sylvestre l'rierias, Latomus, les théologiens de Cologne, de Paris et les autres avec le dernier mépris; tous sont à ses yeux des gredins, des gens sans pudeur, inspirés par le mauvais esprit, et qui s'attachent à lui " comme la crotte aux roues •. A l'entendre, ils déchirent effrontément la sainte Écriture et ne sont pas même dignes de garder les pourceaux. Dans une lettre à Link, 19 août 1520, il en appelle à saint Paul pour exruser la violence de ses attaques, disant que l'Apôtre a comme lui appelé ses adversaires des chiens, des serviteurs du démon, etc. Il n'y a que des « asini asinissimi qui écrivent contre moi " , dit-il à un autre endroit ; « ego vero corpore satis bene valeo et animo, nisi quod mallem minus me peccare. Et quotidie magis pecco, quod tibi tuisque orationibus conqueror. • De Wette, t. I, p. 474, 479, 553. ■ Les écrits controversistes de Luther », avoue Kahnis en dépit de tout l'enthousiasme que lui inspire le réformateur (t. I, p. 297), manquent de logique, de suite, de calme, d'impartialité, de dignité, de mesure. Beaucoup étaient rebutés par le ton acéré, les reproches rudes et grossiers qui, sous sa plume, se changeaient si souvent eu invectives brutales. > • Luther est fortement enclin à mettre toutes les objections de ses adversaires sur le compte de l'ignorance, d'un endurcissement voulu, de vices honteux, d'un manque total de sens évangélique, etc. » — Thiersch (p. 58-59) ne dissimule pas davantage ce que lui fait éprouver la violence sans frein de Luther envers ses adversaires : • Au lieu d'attribuer leurs critiques à des erreurs de jugement, à un défaut de science, n'empêchant pas leur loyale bonne volonté, Luther répète constamment qu'ils sont possédés du démon; il les accuse d'aveuglement volontaire; il représente leurs actes comme entachés de péché mortel. Ces exagérations nous révèlent en lui l'absence de cette calme 'ucidité d'esprit que posède seule l'âme pleinement convaincue de l'équité de ses voies et de la justice de sa cause. Toute sa dialectique repose sur l'idée, érigée par lui en principe, que le Pape est l'Antéchrist. Pour justifier sa conduite, il est obligé de repéter sans cesse cette assertion, et de représenter ses adversaires comme des êtres incorrigibles, desquels il n'y a absolument rien à espérer. » ^ Son langage violent, l'àpreté de ses jugements, l'amertume de ses paroles ont beaucoup contribué à rendre irrémédiable, et cela de nos jours encore, la scission dont il est l'auteur; car Luther a légué son esprit à ses disciples. Son style acrimonieux a été d'un exemple déplorable pour les théologiens luthériens qui le suivirent. Comme lui, ils s'imaginèrent qu'injurier, damner, était le signe d'une foi robuste, prouvait la justice de la cause défendue, et que cet emportement n'était autre chose que le véritable » zelus Lutheri, l'héroïque ardeur du nouvel Élie. » Le Courrier luthérien (p. 380-385) professe les mêmes opinions : « La façon dont Luther traite ses adversaires rendait tout accommodement, toute discussion scientifique impossible. " D'ailleurs, il avait pour système de jeter ceux qui discutaient