LUTHER PUBLIE LE IVIAMFESTE A LA NOBLESSE D'ALLEMAGNE
Sylvestre de Schaumbourglui offre cent cavaliers nobles pour le protéger *, Luther envoie aussitôt sa lettre à Spalatin : « Les dés sont jetés ', s'écrie-t-il; « je méprise la colère des Romains aussi bien que leur faveur, et je ne veux point de réconciliation avec eux dans toute Téternité; non, je ne veux avoir rien de commun avec eux! Qu'ils me condamnent ou brûlent mes écrits, peu m'importe! En revanche, dussé-je ne jamais employer d'autre flamme, je prétends brûler et damner publiquement tous les livres du droit papal, cette hydre pédante de l'hérésie. Alors nous en finirons enfin avec l'humilité stérile témoignée jusqu'ici aux Romains, et dont je ne souffrirai plus que les ennemis de l'Évangile continuent à s'enorgueillir. Sylvestre de Schaumburg et Franz de Sickingen m'ont affranchi de toute crainte humaine. " « Franz », écrit-il à un Frère de son Ordre, « m'a fait assurer par l'entremise de Hütten qu'il me défendrait contre tous mes ennemis. Sylvestre en a fait autant, et m'offre l'appui de ses nobles de Franconie; j'ai reçu de lui une belle lettre. Désormaisjene crains plus rien. Je suis en train de publier en allemand un livre sur le Pape et sur la réforme de la société chrétienne. J'y attaque le Pape de la manière la plus violente, et je vais jusqu'à l'assimiler à l'Antéchrist^ >•■
Ce livre, publié au commencement d'août 1520, n'était autre que le célèbre manifeste intitulé : A la noblesse chrétienne dupay s d'Allemagne^.
ses doctrines dans une confusion toujours plus inextricable : " Comnneje m'aperçois », dit-il dans la Captivité de Babylone, « que mes ennemis ont du temps et du papier, je veux mettre tous mes soins à ce qu'ils aient de quoi criailler, .le prétends courir toujours en avant, et tandis que mes éloquents et glorieux vainqueurs s'imagineront avoir terrassé quelqu'une de mes hérésies, je leur taillerai une autre besogne. - Souvent Luther, accablant de son mépris un adversaire qui jamais et nulle part ne peut avoir raison, est entraîné à soutenir d'étranges sophismes, et semble vraiment se moquer de la logique la plus élémentaire. C'est ainsi que, réfutant la proposition d'Alveld qui avait dit que nulle société terrestre ne peut subsister sans un chef, et que, par conséquent, la société chrétienne doit avoir un pasteur suprême, il dira : " Une société corporelle ne se fonde pas sans femme; par conséquent on devrait aussi donner à la chrétienté une vraie femme, une femme en chair et en os, afin que l'Église ne périsse pas; à la vérité, cette femme devrait être une robuste prostituée! • Il faut reconnaître que plus d'un adversaire de Luther imitait sa violence. Sylvestre Prierias l'appelle " un lépreux spirituel, un homme à la tête d'airain, qui sans doute eût été un ardent panégyriste de l'indulgence, si le Pape lui eût donné un bon êvéché, ou bien une indulgence plénière pour l'établissement de son Église ». Dialog. Silv. Prierias, dans les Op. latina, varii argumenti de Luther, t. I, p. 351-365.
' BuRKHARDT, Luthcr's Brieftcechsel, t. XXIX. Voy. G. LOTZ, Der frankische Adel, und dessen Einßuss auf die Verbreitung der Reformation, dans le Zeitschrift für die gesammte lutherische Theologie, t. XXIX, p. 465-486.
* De Wette, 1. 1, p. 466, 469, 475. « A me quidem, yflc/a mihi alea, contemptus est Romanus furoret favor: nolo eis reconciliari nee communicari inperpetuura.» " Quia enim jam secure me fecit Silvester Schaumburg et Franciscus Sickingen, ab hominum timoré succedere oportet daemonum quoque furorem. »
3 Sämmtl. Werke, t. XXI, p. 274-360.