‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 276 sur 477 · LUTHER PUBLIE LE MANIFESTE A LA NOBLESSE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LUTHER PUBLIE LE MANIFESTE A LA NOBLESSE D'ALLEMAGNE

C'est la véritable déclaration de guerre du parti révolutionnaire dirige par Luther et Hütten. Luther était bien sûr d'être chaudement approuvé par ceux-là mêmes qui ne partageaient point ses opinions sur le renversement total de l'organisation ecclésiastique, lorsqu'il parlait comme il suit de la cessation des abus du pouvoir temporel : ■< En premier lien », dit-il, " il serait urgent de faire une loi, du consentement de toule la nation, contre le luxe extravagant de ces habillements coûteux qui ruinent parmi nous tant de nobles et tant de riches bourgeois. Dieu nous a cependant donné comme aux autres nations assez de laine, de crin, de lin, et tout ce qui est nécessaire à l'honnête entretien de chaque état, pour que nous n'ayons pas besoin de gaspiller des sommes énormes dans l'achat de velours, de soie, d'ornements d'or; toutes ces marchandises étrangères que nous recherchons follement nous sont inutiles. Nous n'avons que faire non plus de la masse d'épices dont nous faisons usage; c'est là le grand vaisseau qui conduit tout notre argent hors du pays. Mais la grande calamité de l'Allemagne, c'est évidemment le prêt à intérêt. S'il n'existait pas, plus d'un regarderait à dépenser son argent en soie, velours, ornements d'or, épices, et pour tous ces oripeaux dont il se montre si curieux. Certainement, le prêt à intérêt est la figure et la preuve que le monde avec ses iniquités a été vendu au diable, qui par là veut nous ravir à la fois le bien temporel et spirituel; mais nous ne discernons pas son mauvais dessein. En vérité, il faudrait mettre aux Fugger et autres compagnies un frein dans la gueule. Comment pourrait-il être juste devant Dieu qu'un homme puisse en sa vie amassera lui tout seul les trésors d'un roi? » " Il serait selon Dieu de favoriser le travail des champs et de diminuer les affaires du négoce, et ceux qui travaillent la terre et en tirent le nécessaire pour le soutien de leur vie sont bien mieux inspirés que les commerçants, car ils suivent l'Écriture, qui a dit : « Tu gagneras ' ton pain à la sueur de ton front. » Luther, en parlant ainsi, ne faisait que répéter ce qu'avaient tant de fois enseigné les théologiens économistes du quinzième siècle. ^ Voyez », poursuit-il, - les abus de mangeaille, de boisson, qui nous sont particulièrement reprochés, et nous font un si méchant renom dans les pays étrangers. Les prédicateurs ne parviennent pas à y apporter remède, tant ils sont devenus habituels parmi nous. Le tort fait par là à notre bourse serait un bien petit mal, si le meurtre, l'adultère, le vol, le blasphème et toutes sortes de crimes n'étaient la conséquence de ces excès. L'épée temporelle devrait ici mettre le holà; si elle ne s'y décide, nous verrons bientôt se réaliser ce que le Christ a prédit : le jugement dernier viendra comme un voleur de nuit, pendant qu'ils boiront, mangeront, se marieront, feront l'amour, bâtiront, planteront, achèteront, ven-

Page 1