‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 278 sur 477 · EMSER PUBLIE L'EXHORTATION A LA N\TION ALLEMANDE · texte numérisé non relu

EMSER PUBLIE L'EXHORTATION A LA N\TION ALLEMANDE

« Pour le peuple allemand », écrit Emser vers la fin de 1520, « voici donc venir le moment de la visite de Dieu! 0 vous, dignes Allemands, Dieu vient vous éprouver d'une manière toute singulière! Il veut sonder la fidélité, la fermeté avec lesquelles chacun de vous va prouver son attachement à la sainte foi et à l'Eglise chrétienne! Jusqu'à présent, il faut le dire à l'honneur éternel de l'Allemagne, jamais aucun empereur, aucun roi, prince ou population ayant embrassé la foi chrétienne avec sincérité, n'avait, depuis, ni apostasie, ni adopté l'hérésie, comme l'ont fait tant de princes des autres nations, rois et empereurs d'autres peuples; car ceux-là se sont laissé si misérablement séduire par les hérétiques, qu'ils ont apostasie la foi du Christ, adorant les idoles, détruisant les églises et les monastères, persécutant et massacrant les prêtres, les évêques et les papes, l'un ici, l'autre là, comme les chroniques en font foi. C'est pourquoi, au temps de la visite du Seigneur, des pays, des empires, des royaumes entiers ont été séparés de la sainte foi par la perfide influence d'une doctrine étrangère et nouvelle, et depuis ils se sont endurcis dans leur péché, de sorte que les deux plus grandes parties du monde, l'Asie et l'Afrique, ont été séparées du royaume romain et de l'Église, et que très-peu de chrétiens s'y trouvent actuellement. Outre cela, dans la troisième partie du monde, un grand nombre de chrétiens se sont laissé séduire; et maintenant, voilà que notre tour est venu, à nous autres Allemands. Une prédiction nous avait avertis, il y a bien des années, qu'un moine entraînerait la nation allemande dans de grandes erreurs; au reste, Jésus-Christ nous avait fait le premier pressentir cette épreuve, et nous avait tous mis sur nos gardes en nous avertissant, dans l'Évangile, que des loups déguisés en brebis viendraient vers nous. >'

u Et maintenant, comme il est bien avéré que publiquement, au grand jour, pour tout de boa, violemment et de propros délibéré, Martin Luther, moine augustin, a depuis longtemps l'audace, par d'étranges et nouvelles doctrines, disputes, prédications, écrits de tout genre, de mépriser les chefs suprêmes tt les premiers pasteurs de l'Église, de légitimer le péché, de séduire ainsi le peuple et d'amener la division entre la nation allemande et l'Église romaine, 11 est vraiment fort à craindre qu'il ne soit le précurseur du séducteur annoncé par la prophétie, ou même peut-être cet imposteur en personne, celui dont le Christ et les Apôtres nous ont recommandé de nous méfier. " L'attitude de Luther, selon Emser, est en contradiction flagrante avec l'Évangile : « L'Évangile ne nous apprend nulle part

adversaires [Auf des Bocks zu Leipsig Antwort, Sämmtl. Werke, t. XXVII, p. 207), voy. Eck, Auf des Stieres zu IVietlenberg icietende Eeplica. Bl. A'...

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que nous devions ainsi ouvertement outrager, insulter et calomnier nos premiers pasteurs, seraient-ils môme répréhensibles. De plus, une telle manière d'agir est contraire au droit naturel, et même au droit impérial écrit, qui châtie et condamne de pareilles calomnies et injures envers le pouvoir. Jamais l'Évangile ne nous a enseigné à lomenler parmi le peuple chrétien de semblables discordes, des révoltes si funestes. Saint Cyprien a dit : < Celui qui trouble la paix du Christ et la concorde du peuple de Dieu n'est pas avec le « Christ, mais s'oppose au Christ. " L'Évangile ne dit nulle pari que nous devions mépriser les commandements, les ordonnances et les préceptes de l'Église, ni nous révolter contre elle avec tant de fureur et de rage; encore bien moins nous autorise-t-il à causer du scandale à nos frères. Or qu'y a-t-il de plus scandaleux, de plus funeste, de plus pernicieux pour le peuple allemand, que la doctrine, les livres elles écrits de Luther? En bien peu de temps, ils ont engendré de telles querelles, de telles dissensions, qu'il n'est pas une ville, pas une contrée, pas un village, pas une maison, où les chrétiens ne soient entre eux séparés de sentiments, et où l'un ne combatte l'autre, et cela non sur des points de peu d'importance, mais à propos des dogmes les plus essentiels de cette foi chrétienne que nos ancêtres nous avaient léguée, se montrant si fidèles et si persévérants à la conserver, et la confessant plus encore par leurs actions que par leurs paroles '. -

Luther = >, continue Emser, ne tire pas ses erreurs de son propre carquois, mais des livres de ses prédécesseurs, Wiclef et Huss. Ce sont eux qui lui ont enseigné à appeler le Pape l'Antéchrist, les chrétiens romanistes, les hérétiques chrétiens; c'est d'eux qu'il a appris à rejeter les sacrements, la messe, l'ordination des prêtres, les consécrations et ordonnances de l'Église *. Luther repousse l'autorité de l'Église, la tradition des saints Pères; il nous renvoie tous à la sainte Écriture; mais si chacun interprète l'Écriture à sa guise, il y aura bientôt plus de manières de l'expliquer que l'hydre n'avait de têtes, et il deviendra impossible de s'entendre! En méprisant l'autorité, la hiérarchie ecclésiastique, on éteindra la crainte de Dieu dans les âmes. Or, tout homme sensé peut se rendre compte par lui-même de l'obéissance qu'on montrera au pouvoir dii-igeant, dès que cette crainte salutaire aura disparu. • Emser rapporte ensuite les axiomes de Luther qui portent particulièrement atteinte à l'obéissance que les sujets doivent à l'autorité : « Jésus-Christ nous a affranchis de toute loi humaine. Tout ce que l'homme a

' Wider das unchrislenUche Buch M. Luthers an den Tewlschen Adel, Bl. A 2-3. - Wider das unchrislenUche Buch, etc., Bl. S'.

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