EMSEH PUBLIE L'EXHORTATION A LA NATION" ALLEMANDE
institué étant purement humain, on peut en faire l'usage qu'on veut, car il n'en sortira jamais rien de bon. » « La liberté que réclame ici Luther ", dit Emser, « saint Pierre l'appelle un manteau propre à couvrir l'ancienne malice, et saint Paul, une source d'iniquité, il est dangereux de dénigrer à ce point les institutions humaines; les rabaisser ainsi devant les peuples, aller jusqu'à dire que jamais rien de bon n'est sorti ou ne sortira de ce que les hommes ont institué ou ordonné, c'est commettre une grande imprudence; que deviendront, en effet, les réformes, les ordonnances, les lois qu'établiront l'Empereur ou n'importe quel concile futur, si nous donnons au peuple la fausse opinion que jamais rien de bon ne saurait sortir de leurs déterminations'? Les réformes sont urgentes, il est vrai^; mais Luther ne parle nulle part de réformer les abus et les scandales existants ; il semble ne viser qu'au renversement de la chose publique elle-même, qu'à la destruction totale des divins fondements de l'Église et des institutions ecclésiastiques, de sorte qu'en admettant que son plan vienne à triompher, il s'ensuivrait, dans toutes les parties de l'Église et de la société, une révolution semblable à celle de Bohême. » ' Ouvre enfin les yeux, je t'en supplie », dit Emser en concluant et s'adressant à Luther; " considère la déplorable affliction, l'hérésie, les erreurs, les meurtres, les assassinats, l'oubli du service et de la gloire de Dieu, qui, en Bohême, ont été les conséquences des doctrines de .lean Huss; souviens-toi de la dévastation d'un si noble royaume, maintenant ruiné, humilié, comme tous les jours les Bohèmes le sentent et l'avouent davantage. Prends garde de nous entraîner dans le même chemin, car les choses prennent exactement la même tournure. Ne perds pas de temps, n'épargne point tes peines, emploie tout le zèle imaginable pour détourner un pareil fléau de l'Allemagne. Que le ciel nous préserve de tes doctrines ^ ! »
> Wider das unchristenliche Buch, etc., Bl. G. E*. M*. 0*.
- Voy. sur ce sujet la page G* N* R. 0. Voy. aussi Auf des Stieres zu ll'iettenberg wietende Replica, Bl. B.
3 Auf des Stieres zu lUietienberg wielcnde Replica, Bl. B* et C. A la fin de l'écrit intitulé Bedingung auf Luters ersten Widerspruch (Leipzig, 1521), il dit : " Adjuro te per Christum filium Dei vivi, da honorem neoet ecclesia; ejussanctœ. Non rupit Emser mortem tuam, sed ut convertaris ac vivas. •> Voy. Waldau, Emser, p. 49. Dans son Antwnrt auf die Warnung , réponse à une critique de ses opinions publiée sans indication d'auteur, de lieu et de date, et intitulée Warnung an den Bock Emser (voy. Waldau, p. 49), Eraser s'écrie :
Je ne suis pas très-enclin à guerroyer ;
Mais dès qu'il s'agit de la foi,
De l'Eglise, de la sainte Ecriture,
Je suis pr't à tout ijraver pour les défendre.
Et à la mort et à la vie!
Infortuné et maudit celui qui les attaque
Et s'oppose à elles dans son délire!
Je n'ai pas soif du sang de Luther,
BULLE CONTRE LUTHER. Ui
Après de longues et mûres délibérations ', le Pape avait lancé une bulle contre Luther (15 juin 1520); elle condamnait quarante et une propositions extraites de ses écrits, ordonnait de détruire les livres qui les renfermaient, et menaçait Luther de la pleine rigueur des châtiments ecclésiastiques, si, après un délai de soixante jours qui lui était accordé pour se rétracter, il n'abjurait point ses doctrines. « Imitant la divine miséricorde, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive », disait la bulle, " nous avons résolu, sans nous souvenir de toutes les injures proférées contre nous et ce Siège apostolique, d'user de la plus grande indulgence, et de faire tout ce qui dépendrait de nous pour obliger le Frère Martin, par la voie de la mansuétude, à rentrer en lui-même,
Mais bien de notre salut à tous.
Si Luther n'était pas si efFronté, si brutal,
S'il ne honnissait les évoques.
S'il ne méprisait les sacrements,
L'enseignement de l'tglise et des saints Pères,
Comme s'il n'y avait au monde que lui seul.
Nous serions bien vite bons amis.
Car l'idée de le combattre
Ne m'est jamais venue.
Quand il tonne contre les moeurs du clergé,
Qu'il tombe sur les pr'tres, les moines, les nonnes.
Je ne puis lui donner complélemeiit tort.'
Il aurait pu, malheureusement, en dire davantage,
Car il y aurait bien des réformes à faire!
Mais ce n'est pas seulement le clergé qui a besoin de réforme; toutes le.s classes de la société sont entachées de vices honteux. Il est donc injuste le n'accuser que les prêtres. Luther entasse mensonge sur mensonge, et sème U discorde en tous lieux.
Et, remarque-le bien, lorsqu'il excite ta convoitise
Pour les biens et les richesse du clergé,
C'est de son sang qu'il a boif I
Songe donc k la manit-re dont les Bohèmes,
Tes voisins, ont été pour la plupart abusés!
Et maintenant ils sont si embirrassés dans leurs erreurs,
Qu'ils ne savent plus eux-m^mes ce qu'ils croient!
Beaucoup volent, pillent, frappent, égorgent, assassineat,
Ne craignant ni les hommes ni Dieu !
C'est à cela que Luther voudrait nous entraîner!
Depuis que j'ai bien compris son dessein.
J'écris dans tous les territoires allemands,
J'invite tous les chrétiens à la paix, à l'union fraternelle
Et aussi à la protection, à l'affermissement
De notre sainte foi, que ruinent ces luthériens!
' Voy. Laemmer, Melet. Rom. Mantissa, 197-198, Sur la date de la bulle Exurge, Domine, VOy. V. Druffel, Sitzungsberichte der bayer. Académie der WissenschafCr.u, Hiitor. filasse, 1880, p. 572, note.