BULLE CONTRE LUTHER
et à renoncer à ses erreurs. " "Au nom de la miséricorde insondable de Dieu, au nom du sang de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus- Christ, répandu sur la croix pour la rédemption de l'humanité et l'établissement de la sainte Eglise, nous exhortons, nous conjurons le Frère Martin et tous ses adhérents et partisans de cesser de troubler dorénavant la paix, la concorde et la sainteté de cette Église, pour laquelle le Sauveur a si ardemment prié, et de renoncer à leurs pernicieuses erreurs '. «
Jean Eck, l'ancien adversaire de Luther à Leipzig, fut chargé de faire publier la bulle dans un grand nombre de diocèses allemands, et de veiller à ce qu'elle fut obéie. Ce choix était une lourde faute ^ au point de vue des partisans des nouvelles doctrines. A Leipzig, où la bulle devait être placardée, les étudiants de Wittemberg mirent en danger la vie du docteur. A Erfurt, la faculté de théologie s'oublia jusqu'à déchaîner contre lui le ressentiment passionné de la jeunesse universitaire, qui défendit la > parole de Dieu » à coups de poing et à coups de pied contre son soi-disant accusateur'.
Quant à Luther, il était fort indifférent à la question de savoir qui avait était chargé de la publication de la bulle. Depuis un an, il était résolu à rompre entièrement avec le Pape et l'Église catholique. Dans son traité sur la Captivité babylonienne de l'Eglise'', il reconnaissait de nouveau dans le Pontife romain tous les traits de l'Antéchrist, rejetait plusieurs sacrements, ôtait à la messe son caractère de sacrifice, et par une nouvelle doctrine sur le mariage touchait aux fondements, inattaqués jusque-là, de la famille chrétienne. Nonseulement il dépouillait le mariage de son caractère sacramentel, mais il prenait sur lui de lever l'interdiction des unions contractées entre chrétiens et infidèles ^ et émettait sur les devoirs mutuels des époux des principes que l'Europe chrétienne® n'avait pas encore entendus.
^ Raynaldi Annales Eccl. ad annum 1520. n" 51. Sur les objections faites alors à la bulle, voy. Brischar, Beunheilung der Controversen Sarpi's und Pallavicini's, dans la Gesehichle des Trienter Concils {Tuhinsen, 1844), t. I, p. 51. Rohrbacher-SchüLTE, t. XXIV, p 69-70.
^ Voy. Pallavicim, Hist. Conc. Tridentini apparalus, cap. xx.
^ Pour plus de détails, voy. Kampschulte, t. II, p. 37-10. Sur le mauvais accueil fait à la bulle par quelques évéques du sud de l'Allemagne, voy. ce que dit V. üruffel et les documents communiqués par lui dans les SiUungsbtrichien der bayer. Académie der Wissenschaften, Histor. Klasse, 1880, p. 571-597.
•* De caplivilale Babylonica Ecclesiœ, Op. latina, t. V, p. 13-118.
* Il appelle même 1'« impedimentutn criminis • et celui de « publicae honestatis » une tyrannie humaine. « idem rigor stultitiae, immo impietatis est impedimentum criminis, scilicet, ubi quis duxerit priuspoUutam adulterio, aut machinatus fuerit in mortem aiterius conjugis, quo cum superstite contrahere possit. » • JEque commenlum est impedimentum illud publicae bonestatis, quo dirimuntur contracta. •> (P. 95-97.)
^ Voy. surtout p. 1)8-100. " Videamus itaque de impotentia. Ouaero casum ejusmodi, si mulier impoteuti nupta viro nec possit nec velit forte tot tetitinionii^