POURPARLERS AVEC LUTHER PENDANT LA DIÈTE
au pays dont le roi n'est qu'un enfant! " A l'hôtel de ville, le lendemain, on put lire ces mots sur une affiche placardée aux murs : « Nous sommes quatre cents nobles conjurés; nous nous sommes unis, et nous avons juré de ne pas abandonner Luther le Juste. Nous annonçons d'un commun accord aux romanistes, aux gens dénués de bon sens, aux princes et seigneurs, et avant tout à l'archevêque de Mayence, notre profonde inimitié, parce qu'ils veulent opprimer le droit divin et ce qui revient à la gloire de Dieu, et qu'en dissimulant leur nom, ils prétendent, sous la direction des prêtres, exercer toutes les tyrannies, ,1e m'explique en peu de mots, mais je me propose de m'opposer avec énergie a nos adversaires; je les attaquerai avec huit mille hommes d'armes. » L'affiche se terminait par ce terrible cri de ralliement des paysans révoltés : Bundschuh! Bundschuh '/
Effrayés par les fréquentes menaces venues du dehors, les Ordres supplièrent l'Empereur de ne pas rompre tout de suite les négociations avec Luther. Ils craignaient « que la révolte n'éclatât dans le Saint- Empire », si, par un procédé aussi prompt, sans avoir écouté les explications de Luther, on prenait le parti de la rigueur. Ils suppliaient Charles de daigner permettre à quelques-uns d'entre eux d'essayer encore d'amener le moine hérétique à rétracter les articles condamnés par le Saint-Siège ^
Hütten, que Luther avait mis au courant de ce qui se passait ' à Worms, ne pouvait s'empêcher de craindre que son ami ne vînt à montrer quelque faiblesse : « Invincible évangéliste », lui écrivait-il le 20 avril, « je vois qu'il est besoin de flèches et d'arcs, d'épées et d'arquebuses pour arrêter la fureur du démon M Mais toi, excellent père, reste inébranlable, ne te laisse intimider par rien! Qu'ils s'égosillent, divaguent, hurlent et ragent! qu'importe? Pour toi, comparais sans crainte devant ces monstres! Tu ne manqueras pas d'amis pour te défendre et pour te venger! La prudence des nôtres, qui tremblent de nous voir trop risquer, retient encore mon ardeur, sans cela il y a longtemps que j'aurais excité une émeute sous les murs de Worms! Mais avant peu, j'éclaterai, et alors tu
' " Les paysans rebelles prenaient pour se reconnaître un mot d'ordre et une enseigne. L'enseigne était une hande d'étoffe moitié bleue, moitié blanche, avec la figure de Jésus crucifié au milieu, et au-dessous du Christ, un soulier lacé [Bundschuh); à la botte du reître ils opposaient le gros soulier du laboureur, armé à la semelle d'énormes clous. » Audin, Histoire de Luther, t. II, p 408. (Note du traducteur. — Voy. Steitz, p. 51. — Hennés, Luther in Worms, p. 17-19.
' Steitz, p. 50, 6-2.— Waltz, p. 36.
' La lettre de Luther à ce sujet, à laquelle Hütten fait allusion dans un écrit postérieur, a été perdue.
* « Opus esse video gladiis et arcubiis, sagittis et bombardis, ut obsistatur cacodaemonum vesanise... •