ÉLOQUENCE DE LUTHER
quer aux autres; surtout ils doivent rester unis entre eux, éviter les querelles et les disputes, et se donner la main'. "
Dans un autre opuscule de la même époque. Mémoire et instruction relatifs aux monastères et aux vœux religieux, Luther rejette les vœux, par la simple raison qu'ils sont impossibles à garder*.
Il enseignait encore que personne ne devait être obligé à la confession, ni même au baptême. « .Je loue la foi et le baptême >, écrit-il le 17 septembre 1521; « néanmoins je soutiens que personne ne doit être contraint au baptême, mais seulement exhorté. On doit engager les infidèles à le recevoir, puis les laisser libres ^ » Il dit aussi dans son Traité sur la confession : " La réception des sacrements est facultative. Laissez en paix celui qui refuse le baptême. Celui qui ne veut pas communier est libre d'agir comme il veut. De même, qui ne veut pas se confesser en a parfaitement le droit devant Dieu '. »
11 était impossible que de pareilles assertions n'exerçassent pas une influence troublante et funeste sur la vie morale et religieuse des peuples.
La forme dont Luther savait les revêtir contribuait beaucoup à les faire pénétrer dans les esprits. Il maniait la langue allemande avec une incomparable puissance. Luther est véritablement un maître. Son expression est concise, énergique; son exposition, pleine de mouvement et de vie; ses comparaisons, bien que fort simples, sont saisissantes et pleines de feu. Il avait largement puisé aux riches sources de la langue dupeuple. Enfait d'éloquence populaire, bienpeupeuventluiétre comparés. Là où il s'inspire encore de l'esprit dupasse catholique, ses paroles ont parfois une grandeur, une éloquence singulières. Dans ses ouvrages d'édification ou de doctrine, se révèle, en plus d'une page, une profondeur de sentiment religieux qui rappelle les plus beaux jours du mysticisme allemand. Ouel charme, par exemple, dans ces passages du
1 Sammtl. Werke, t. XXVIII, p. 27-141. Vov. surtout les paj^es 34, 37, 41, 45, 52, 57, 116, 120, 134, 136, 138. 141. Luther, dans un de ses sermons, s'exprime avec le même cynisme .\ propos des reliques : " Un os de saint Pierre et de saint Paul ne vaut pas mieux qu'un os de voleur expiré sur la potence. ■ T. XVI, p 126. En novem'jre 1521, Luther, s'étant furtivement échappé de la Wartbourg, se montra ravi de tout ce qu'il vit à Wiltemberrj : '^ Veni Wittenbergam..., omnia vehementer placent, quse video et audio. Dominus confortet et spiritum eorum, qui bene volunt. • Fin novembre, lettre à Spalatin. — Voy. de Wette, t. II, p. 109.
^ Siimmt!. Werke, t. XXVIII, p. 1-27. Il envoya ce traité, ainsi que le traité sur VAbiis des messes, à Spalatin, qu'il pria de les faire imprimer à \Vittember[;. Mais Spalatin ne s acquitta point de la commission, sur quoi Luther entra en fureur et se promit d'écrire avec plus de violence encore. Voy. sa lettre de la fin de novembre 1521. — De Wette, t. II, p. 109. Voy. d autres opinions de Luther sur la chasteté dans ma brochure : in second mot à mes critiques, p. 93-94.
s Dp Wette, t. IJ, p. 57.
* Siimmti. llerke, t. XXVIi, p. 343-344.