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LES NOVATEURS RELIGIEUX ET L'ARCHEVÊQUE DE MAYENCE

debourg et d'Halberstadt, il avait empêché, autant que cela était en son pouvoir, que des mesures de rigueur fussent prises contre Luther. Aussi son chapelain ordinaire et conseiller privé, Wolfgang Capito, favorable aux nouvelles doctrines, porte-t-il son maître aux nues dans une lettre à Zwingle datée du 4 août 1521, et l'appelle-t-il ' le vrai protecteur de l'Évangile ".« L'archevêque », dit-il, " ne souffre pas qu'on parle mal de Luther en chaire. ' ^ Tout récemment, le Provincial des Frères Mineurs lui a demandé l'autorisation de faire une tournée dans les pays rhénans pour prémunir le peuple par des prédications suivies contre les nouvelles doctrines, mais Albert la lui a refusée. - » Malheureusement les disciples de Luther se divisent déjà en nombreuses sectes; une nouvelle classe de sophistes vient de se produire. Ils remetient tout en question, et ue songent qu'à trouver prétexte à de stériles disputes de mots ou à de furieux éclats. C'est ce que font tout spécialement les moines défroqués, de sorte quune bonne partie du peuple commence à se détourner d'eux '. «

Vers la fin de septembre 1521, Capito et Henri Stromer, médecin particulier de l'archevêque, se rendirent à Witfemberg auprès de Mélanchthonpourle supplier d'user de son influence sur Luther, afin d'obtenir de lui qu'il modérât la violence de son caractère, et consentit à traiter l'archevêque de Maj ence avec plus d'égards et de ménagement. « Luther -, lui dirent-ils, •■■ par une sage retenue, triompherait aisément de ceux qu'éloignent ses emportements. - Mélanchthon, pour toute réponse, déclara qu'il n'avait pas mission d'agir sur son maitre. 11 savait trop bien le jugement que portait le monde sur le nouvel apôtre, et que plusieurs le considéraient ou comme un méchant, ou comme un fou. Quant à lui, Mélanchthon, il était convaincu que Luther n'annonçait l'Évangile que sous l'inspiration même de Dieu; il entrait dans les desseins du Seigneur que sa parole fût prêchée de manière à scandaliser les impies, pendant que les brebis égarées d'Israël rentreraient au bercail! ^ En fait de choses divines, > leur dit-il, - chacun entend ce qu'il plait à l'Esprit-Saint de lui révéler. Luther, toutefois, épargnerait autant que possible le primat, pour mieux disposer celui-ci ci à fermer les yeux sur la non-exécution de l'édit de Worms*.

Albert, prince sans droiture, dépourvu de tout courage moral, ne s'opposa jamais franchement aux nouveautés religieuses. Il plia devant Luther, et le primat d'Allemagne s'humilia devant « un moine excommunié « qui le menaçait de faire des révélations '. Dès 1522,

' Dans IIOTTINGER, Histor. eccl., l. Il, p. 520-526.

* Lettre de Mélanchthon, Corp. lie/cirm,, t. I, p. 462.

» Voy. la lettre de Luther à Albert ^l" décembre 1521), dans de Wette, t. Il,

LA PRÉDICATION DES NOVATEUHS REI.IGIKCX A UIITEMBKIU; 15*.>l 221

Charles de Bodmana exprimait la crainle qu'il ne se mariai, ne transformai rarchevêclié de Mayeuce eu priucipauié lemporelle, er n'y laissât librement pénétrer révanj;ile de Luther. Carisladt annonce à ses lecteurs à la fin d'un de ses ouvrajjes ' une heureuse nouvelle : Il sait, à n'en pouvoir douter «, que l'archevêque de Ma\ence est favorable à la vérité évangélique, qu'on n'est pas sans espoir de voir d'autres évéfjnes rejeter comme lui le joup, romain et, sans plus se soucier de l'investiture et de la confirmation du Pape, commencer enfin à régner par eux-mêmes '. - De son cùté, Capito, en 1523, vantait en pleine chaire la tolérance d'Albert, énumérant les prédicants luthériens qui, dans ses villes et domaines, avaient toute liberté de prêcher ouvertement « l'Évangile* -.

Cependant, à Wittemberg comme à Erfurt, des troubles ne tardèrent pas à se produire. Le 6 octobre 1521, Gabriel Zwilling, surnommé Didyme, moine auguslin, haranguant les étudiants rassemblés dans le cloître, leur démontre que l'adoration du Saint Sacrement est une idolâtrie, et que personne ne doit plus assister au culte idolàtrique de la messe, parce que le Corps et le Sang de .lésus- Christ ne constituent pas un sacrifice, et ne sont que le symbole de la rémission des péchés. << Nous ne savons encore ce qui arrivera, mais ce qui est certain », écrivait à un ami un jeune étudiant comme une curieuse nouveauté de la ville très-chrétienne de Wittemberg (18 octobre 1521), - c'est que nous communierons bientôt sous les deux espèces, dussent le Pape et toute sa bande en crever de dépit! A moins que Mélanchthon n'ait menti, en disant ouvertement dans la salle des cours : '• Je crois que nous introduirons bientôt l'usage de « la communion sous les deux espèces ^ >• -• Aujourd'iiui, 23 octobre -, écrit un autre étudiant, " les Augustins ont aboli la messe. Carlstadt a organisé, séance tenante, une dispute publique. Il eût souhaité que l'on prêchât d'abord contre l'abus de la messe, et qu'ensuite toute la ville de Wittemberg se rassemblât pour en sanctionner l'abolition; il craignait que, sans cette mesure préalable, la concorde chré-

p. 112-115, et la réponse pleine de soumission d'Aliiert (21 déceiulire 1521\ dans Walch, Luthcr's Werke, t. XI\, p. 661. — Voy. Hennés, Albrechi von Brandenburg, p. 156-159.

' Voy. Jager, Carlstadt, p. 235-23'J.

- lettre de f.apito, du 30 juillet 1524, dans Baum. p. 74. Le 20 novembre 1524, le duc Jean de Saxe écrivait à son frère l'élecieur Frédéric que l'archevêque de Mayeuce lui avait confié qu'au fond de son cœur il voulait du bien à Luther, parce que celui-ci prêchait et écrivait selon la vérité : « Il me dit encore : Lorsqu'on arrête les prêtres (ceux qui étjient attachés à la doctrine de Luther et qu'on me les amène, cela arrive sans mon ordre et je ne le vois pas d'un bon ceil; mais je suis oblij;é d'avoir égard au Pape et à l Empereur. '■ — Voy. Kolde, Friedrich der ll'tise, p. 56.

* Albert Burrer à Beatus Rhenanus ; voy. Baum, p. 65-66.

222 LA PRÉDICATION DKS NOVATEURS KELIGIfcll X A WITTEMBERG. 1521.

îieaoe ne souffrit (juelquc atteiüte. Mais les moines ont été d'avis qu'avant toutes choses ou devait avoir devant les yeux le péril de la foi, et que la messe était la principale cause du dépérissement de la religion. Enfin on a porté la question devant .Mélanchthon, qui, d'accord avec Carlstadt, a nettement déclaré que le Sacrement ne devait point être adoré, parce que le Christ était éternellement présent dans le ciel. Si saint Paul n'avait pas craint d'abolir la circoncision chez les Corinthiens, pourquoi donc serait-il si coupable d'abolir la messe? Les Augustins, en prenant les devants, avaient donné le bon exemple. Et comme Carlstadt émettait l'avis qu'on ferait peut-être bien d'attendre, de réfléchir encore, Mélanchthon s'écria avec impatience : ' Il a été assez prêché dans Capharnatmi! D'oii vient donc qu'on y demeure si attaché aux cérémonies? Les moines ont pour eux le Christ, peu importe que les Pharisiens se scandalisent et perdent oui ou non la raison! » Bien qu'en pQt dire Carlstadt, Mélanchthon soutint qu'il n'était nullement nécessaire de déférer à l'autorité dans cette question : celui qui avait mis la main à la charrue ne devait pas regarder en arrière'-. Le 12 novembre, le prieur des Augustin«, Conrad Helt, se plaignit à l'électeur de Saxe qu'une partie de ses moines, après avoir abandonné le couvent, tournaient en dérision leur ancien genre de vie et le livraient au mépris des bourgeois et des étudiants, excitant contre le monastère et contre les moines restés fidèles à leurs vœux la haine des gens de mauvaise vie, de sorte qu'à chaque instant le couvent était en danger d'être assailli*. Peu de semaines après, les étudiants d'Erfurt et de Wittemberg se pressaient, couteaux nus à la main, dans l'église paroissiale, arrachaient les prêtres des autels, leur jetaient des pierres, et exhortaient le peuple à - détruire les autels, puis avec leurs débris à construire des potences et des échafauds, l'office des bourreaux étant beaucoup plus utile que celui des prêtres idolâtres; ceux qui persistaient à assister à la messe exposaient le salut de leur âme ^ .

Pour ■- affranchir par son exemple et en prenant les devants tant de pauvres prêtres abusés, pervertis, dignes de compassion et captifs du démon* ■■ , Carlstadt résolut d'embrasser l'état du mariage, auquel Dieu, disait-il, " avaitconviétoussesprêtres -. Enprésence de Mélanchthon et d'un grand nombre de professeurs de l'université, il célébra ses fiançailles avec la fille d'un pauvre gentilhomme, annonçant en

' Ulscénius à Capito, dans Jager, Carlsiadt, p. 508. — Baum, 66-68. — Voy. Kolde, Augustiner Congrégation, 367 ff.

- Dans le Corp. Reform., t. I, p. 484.

^ Voy. Jager, Carlsiadt, p. 246-250.

■ Lettre de Carlstadt à Frédéric de Saxe, du 6 janv. 1522 dans le Corp. Reform., t. I, p, 538.

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