LES PROPHETES DE ZWICKAU A WITTEMBKRG
compagnons, afin d'y annoncer son nouvel évangile. Le 27 décembre 1521, jour qui suivit les fiançailles de Carlstadt, les prophètes entrèrent à Wittemberg et commencèrent à prêcher ^ que tous les prêtres devaient périr, même si déjà ils avaient pris femme, et que dans un court espace de temps (environ cinq, six ou sept ans), un tel changement surviendrait dans le monde, que nul homme impie et pervers ne pourrait y demeurer en vie •. Comme Luther et ses partisans, les nouveaux prophètes voyaient dans la sainte Écriture Tunique source de toute science. En matière de foi, il ne fallait accepter que ce qui y était clairement indiqué; c'est pourquoi le baptême des enfants, si contraire, selon eux, à l'enseignement formel du Sauveur: < Oui croit et sera baptisé sera sauvé n, devait être aboli. Mais après tout, la sainte Écriture n'étant qu'une parole morte, il ne fallait pas lui attribuer une valeur permanente. Dieu et le Saint- Esprit faisaient directement part aux fidèles des vérités divines par des visions et des ravissements; il leur communiquait ses ordres de la même manière.
Les prophètes firent une profonde impression sur l'esprit de Mélauchthon, auquel ils expliquèrent la manière " singulière, certaine, manifeste, dont Dieu se communiquait à eux r-. Il ne doutait pas que certains esprits n'agissent en eux, mais quant à la nature de ces esprits, il pensait qu'il n'appartenait qu'au seul Luther de décider. Les prophètes étaient d'un avis tout différent; ils disaient .> que Martiu avait eu raison sur la plupart des points de sa doctrine, mais que dan* plusieurs autres il s'était étrangement trompé, et qu'un propliète nouveau s'élèverait bientôt au-dessus de lui, doué d'un esprit beaucoup plus sublime' «. Mélanchthon, plein d'anxiété, se tourna alorvers l'autorité séculière; il eut recours à Frédéric de Saxe. En sa qualité d'Électeur chrétien et de proiecieur de l'Église dans les temps actuels, c'était à lui, selon Mélanchthon, de décider en de telles circonstances, et il pressait le prince de danner son avis sur le baptême des enfants. ~ Cette question trouble ma conscience ", lui écrivait-il; .<■ elle me jette dans une grande perplexité ^ •-; H avait ouvert sa maison à l'un des prophètes, homme d'une éducation cultivée, et lui avait confié l'instruction de plusieurs enfants. Dans leurs assemblées publiques, les prophètes prêchaient ouvertement le nouveau règne du Christ. Ils firent tout pour attacher étroitement Carlstadt à leur parti.
Carlstadt, d'abord hésitant, puis devenu bientôt l'un des plus
' StrOBEL, Miscellaneen, t. V, p. 127. — Voy. GlESELER, 3', p. 101-105.
* Lettre de Mélanchttion (27 décembre 1521 ; à l'Électeur et à Spalatin. Voyez 1 expression de ses syrapattiies pour les prophètes de Zwickau dans la lettre du 1«' janvier 1522, Corp. Reform., t. I, p. 513-515, 534. — Voy. Jager, Carlttadt, p. 259. — GiESELEP., 3», p. 103.
CAHLSTADT PRÉCUK LE BRISliMENT DES IMAGKS. •2ir,
ardeols parmi les prophètes, avait déjà institué uu jiouveau rile pour la célébration de la Cène, et, dans un écrit spécial, insisté sur la nécessité « <le purifier les églises » et d'en arracher les images. « Les iin;iges », avait-il dit, « sont une abomination, et nous devenou'^ a!>ominal>le* en y atiachaut nos cœurs. Nos temples pourraient êire justement appelés fies repaires d'assassins, car notre âme y est mise à mort. Le diable soudoie hs papes, et les papes, pour lui obéir, inventeni toutes sortes de manières de nous exterminer, de nous égorger. » « Il vaudrait beaucoup mieux que les images fussent dans renier ou dans le four ardent que dans la maison de Dieu. » Carlstadi n'ignorait pas que les catholiques n'adorent pas les images et ne les vénèrent pas pour elles-mêmes, mais il n'en persistait pas moins à réclamer leur ai)olition : « Si quoiqu'un ose dire : i\on, je n'adore pas les images, je ne les honore pas pour elles-mêmes, mais uniquement à cause des saints qu'elles représentent; àcului-là Dieu lui répondra brièvement et nettement : Tu ne dois pas les adorer, tu ne dois pas les vénérer. Si quelqu'un vi'Ui ensuite et dit encore : Les images enseignent et instruisent les laïques comme les livres enseignent et instruisent les savants; je lui répondrai : Dieu m'a défendu les images, et je ne veux rien apprendre par elles. Si ua troisième se présente et dit : Les images nous prêi hent, elles nous rappellent la passion du Sauveur, et bien souvent, grâce à elles, on récite un pater, on pense à Dieu, au lieu que sans leur secours ou ne songerait ni au Seigneur ni à la prière; à qui te parle ainsi, réponds : Mou chrétien. Dieu a défendu les images. Aucune excuse ne t'aiderait, quand bien même tu répéterais mille fois : Si j'honore ceux qui ont été déclarés saints, ce n'est pas en vertu de leurs propres mérites, mais à cause de Celui qui les a sanctifiés. «
Carlstadt soutenait que l'autorité avait le droit et le devoir de faire disparaître les images des églises : « PhU à Dieu que nos maîtres ressemblassent aux pieux rois et seigneurs de l'Ancien Testament! La sainte Écriture leur donne tout pouvoir dans les églises; ils ont le droit d'y interdire tout ce qui est préjudiciable à la foi. « L'autorité devait donc presser le clergé d'abolir les images, car le clergé était, « de droit divin », assujetti en toute chose à l'autorité. Aussr n'élail-il pas besoin d'attendre - que les prêtres de Baal aient enlevé leurs vases, leurs bhics et leurs souches » ; le bras séculier devait ordonner et agir '.
'Jager, Carlsiadt. 254, 271-273. Contre le livre de Carlstadt sur l'abolition des images, Jérôme l inser piil>lia en 1522 Touvraf^e intitulé : Que l'on ne doit ni profaner ni abolir les lainiei imagei dans les églises. Il y traite excellemment de la doctrine et de la pratique constante de l'Église par rapport aux images. — Voy. par exemple