‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 326 sur 477 · CARLSTADT PRECHE LE BRISEMENT DES IMAGES · texte numérisé non relu

CARLSTADT PRECHE LE BRISEMENT DES IMAGES

Il tenait le même langagfe dans ses sermons, où le peuple accou rait en foule. ' Ceux qui autrefois n'allaient que rarement ou jamais entendre les prédications s rapporte un contemporain, ' ne manquent maintenant aucun prêche'. « Carlstadt, d'accord en cela avec Gabriel Zwillin^y, exhortait le peuple à faire, de sa propre autorité, des chanjjemenis dans le culte; il démontrait à son auditoire que « la confession était un commandement diabolique, issu

les p. B'-* et F-, où sont exposés les motifs du culte des images; c'est une de ses meilleures démonstrations. Il ne prétend pas excuser les abus. iVoy. p. Q*-^.)ll met au nombre de ces abus les tableaux peu décents que les peintres exécutent de nos jours . - :\lais lorsque nous contemplons les tableaux d'autrefois •, dit-il, - nous n'en saurions tirer qu'édification. Tous les membres y sont couverts, et personne ne peut y trouver le prétexte d'un mauvais désir ou d'une pensée impure. Dieu châtiera nos peintres, il leur retirera leur mission s'ils n'abandonnent leur honteuse habitude. .le prie tous les pasteurs et prélats de l'Église de veiller, pour l'amour de Dieu, à ce que certaines mesures soient prises au sujet de ces tableaux; il faudrait en revenir aux décisions des Pères et des conciles, afin que les hérétiques n'aient plus aucun sujet d'insulter les images d'une façon si cruelle pour nous, et ne les mettent plus en pièces, comme cela est arrivé en quelques endroits - .le crains fort que cette conduite des hérétiques n'ait d'autre but que le désir d'arracher complètement de nos cœurs le respect et le souvenir des chers saints. Ils ont dès longtemps enseigné qu'ils ne peuvent nous venir en aide ni prier pour nous; ils espèrent ainsi nous détourner de la confiance que nous avons en leur intercession, m^is comme nous persistons dans notre créance, et qu'ils s'aperçoivent que les images, chaque jour sous nos yeux, ne nous permettent pas d'oublier nos saints, ils ne songent qu'à les détruire, .\insi fait non-seulement Caristadt, mais encore son niaitre Luther. Car Luther a beau reprendre ses moines, les blâmer d'avoir si vite fait disparaître les images (ce qui veut dire qu'ils eussent dû cacher et retarder encore un peu leur jeu. jusqu'à la conriusion de la diète de Nuremberr;), il ne peut cependant nous dissimuler ce qui se passe en son cœur dhérétique, et il nous avoue qu'il faut s'efforcer d'oler de l'esprit des gens le goAt des images coloriées, et que peu à peu, par la force même des chose>, on les verra disparaître. Mais je ne doute pas que les vrais chrétiens ne ferment l'oreille à ces discours creuxet vulgaires. L'Église chrétienne ne cédera pas sur ce point. Et puisque Luther lui-même fait peindre son précieux visage et permet la vente publique de son portrait, pourquoi l'Église ne tiendrait-elle pas en dignité et en honneur les images de ses saints bien-aimés? Qui a jamais compris, enseigné ou écrit autre chose sinon que Dieu seul donne la grâce, le secours, la consolation, le s;ilut et la béatitude .' Dieu est l'unique source d'où jaillit tout bien, d'où découle tout ce qui est bon au ciel et sur la terre! Mais pourquoi conclure de là qu'avec l'Église chrétienne nous ne puissions réclamer le secours et l'intercession des saints, et dire de tout notre cœur : Saint Pierre et saint Paul, priez pour nous! -^ Dieu demeure la source de toute grâce, mais cette grâce s'écoule aussi par les précieux ruisseaux et canaux de la communion des saints. Tel est l'ordre divin ; mais les hérétiques, en gens aveugles et obstinés qu'ils sont, ne veulent ni le voir ni le reconnaître, aussi s'opposent-ils violemment à la vénération, au souvenir et aux images des chers saints; et pourtant, nous les honorons de telle sorte que Dieu n'est aucunement lésé dans le divin honneur qui lui est dû, et qu'il lui en revient au contraire plus de gloire ■ - Les laïques, qui tousles jours entendent et reçoivent sur ce point et sur beaucoup d'autres la saine doctrine chrétienne, ne sont pas assez niais pour placer leur consolation ou leur espérance dans les images; et si, en souvenir des chers saints, ils leur sont dévots et attachés de cœur, cela ne saurait leur être imputé à idolâtrie. • ' .lAGER, Carlstadt, p. 260.

ÉTAT KELIGIEUX DE r/ÉLKr;T 0 11 AT DE SAXE. 16ÜI. '^71

de la tyrannie papale, et que le Pape et les évoques étaient les vicaires (•( les messîifjers du diable . Enfiu, à la tête d'une bande d'émeuticrs, il se mil a Id'uvre : les autels et les croix Curent abaflus, les images des saints brisées, les prêtres qui passaient dans la rue assaillis à coups de pierres, et le cloître des Carmes déchaussés menacé d'un assaut.

Le duc Geor};es de Saxe, se tournant alors vers ses cousins, Frédéric et Jean de Saxe, les avertit des événements qui venaient de se passer (16 novembre 1521). il leur représenta que les choses prenaient exactement en Saxe la môme tournure que l'hérésie du siècle précédent en Bohême, cette hérésie à laquelle leurs pères avaient opposé une si énergique résistance, versant leur sang, offrant leurs vies pour la défense de la religion! Déjà dans les États de l'Électeur, beaucoup avaient complètement perdu la foi, et allaient jusqu'à nier riminortalité de l'àme. Luther avait causé tout ce mal. Le duc Georges ne pouvait assez déplorer qu'à VVillemberg, la première ville do l'électorat, des émeutes comme celles qui venaient de se produire aient pu avoir lieu. Il conjurait le duc Jean d'employer le crédit qu'il avait sur son frère, et d'obtenir que Frédéric se décidât enfin à sévir contre les novateurs; Georges le suppliait de se déclarer du moins nettement contre eux. Quant à lui, il était prêt à agir, il était tout disposé à mettre au service de la vérité les conseils de son expérience. « Nous voici parvenus tous trois ", disait-il, " audernier quartier de notre vie; nos cheveux et nos barbes idanchis nous en avertissent assez; il est temps de prendre en main la défense de la bonne cause. 1 A diverses reprises, Georges, dans ses lettres, rappelle aux princes Ihérésie de Bohême. En Bohême aussi, les églises et les couvents avaient été pillés, et les princes pouvaient considérer l'état où la religion se trouvait actuellement réduite en ce pays. Le clergé y était tombé dans la dernière misère; il y était méprisé à tel point que l'on se voyait forcé d'attirer à l'état ecclésiastique jusqu'à des bourreaux et des bouchers. Partout de nombreuses sectes divisaient les chrétiens, la foi était presque entièrement éteinte et tombée au niveau d'un conte de vieille femme. Frédéric était invité à réfléchir sérieusement à ce qui se passait dans son propre pays : à Wittemberg, ou venait d'introduire un nouveau rite; à Eilenbourg, la maison du curé avait été assaillie; un homme assis sur un âne était même entré dans l'église; les autels et les images avaient été brisés; les moines se sauvaient de leurs couvents, les prêtres se mariaient, et Georges avouait ne savoir plus comment défendre Frédéric contre ceux qui lui imputaient la responsabilité de tous ces événements. « Songez ", lui disait-il, <• que celui qui n'empêche pas

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