LUTHER SUR SA DOCTRINE SEULE JUSTIFIANTE
La foi du Christ opère en moi, elle tressaille d'allégresse dans mon cœur, à cause de votre foi et de votre heureuse adhésion à la vérité! » « Saluez tous nos amis dans la loi, le seigneur Franz ', le seigneur Ulrich de Hütten, et ceux qui se joignent encore à vous'.
« Si tant d'abominations souillent le papisme, ne nous étonnons pas ", dit Luther, « que beaucoup fassent un mauvais usage de notre évangile; heureusemeni nous avons des potences, des roues, des épées, des couleaux : celui dont la volonté n'est pas droite, nous pourrons encore nous en défendre \ » Néanmoins, en dépit des scandales donnés par ceux de son parti, en dépit de toutes les agressions papistes, on verrait bientôt tous les rois, tous les princes spirituels et temporels se « soumettre et se rendre » à son évangile. « J'ai de tristes appréhensions », écrit-il à Frédéric, « et malheureusement je les crois trop fondées; j'ai peur qu'une effroyable sédition n'éclate dans les pays allemands. Dieu, par ce bouleversement, s'apprête à châtier l'Allemagne. Le peuple reçoit et accepte admirablement notre évangile, mais il le prend trop à la lettre, il l'interprète charnellement; il sent bien qu'il est le seul véritable, mais il ne sait pas encore eu faire un bon usage. Ceux qui devraient apaiser la révolte, l'attisent, au contraire. La violence dont ils usent empêche la lumière de l'évangile de briller, ils ne s'aperçoivent pas que de pareils procédés ne font qu'aigrir les esprits et pousser les gens à l'émeute. Us semblent vouloir courir au-devant de la mort, eux et leurs enfants. Trèscertainement Dieu permet ces choses pour nous châtier. » Selon sa coutume, Luther attribue tous les malheurs dont il est l'occasion à
' De Sickirigen.
* Voy. DE Wette, t. II, p. 165, 167-170.
» Sihnmtl. Werke, t. XXVIII, p. 311. — Voy. ce que dit Luther sur les prêtres, moines et religieuses ■ qui se marient et se sauvent de leurs couvents, non dans une pensée chréiienne, mais parce qu'ils sont heureux de trouver dans la liberté évangeliqiie un manteau commode pour cacher leur mauvaise conduite. Cette appréciation est néanmoins précédée du principe : - que le devoir des prêtres est de se marier et que les moines et les religieuses sont libres de s'échapper de leur couvent -. - Cette doctrine, ' dit Luther, . scandalise et courrouce les papistes plus qu'on ne saurait dire, mais cela importe peu. ■ — • Que le mariage des prêtres ait été ordonné par le diable et l'état religieux fondé par Satan, on en trouve l'indubitable preuve dans saint Paul, Tim. I, ch. iv, v. 3. — Il faul confesser qu'ils ont reçu le mariage de Dieu, et ne doivent être contraints par auiuii serment à agir contre la parole de Dieu et de par l'enseignement du diable. • — Le prédicant d'Erfurt, Mechler, bien qu'après être sorti du couvent il se fiU immédiatement marié pour bien établir ses sentiments évangéiiques, se lamentait de la conduite des moines et des religieuses échappés de leurs monastères. • Quand les moines ou les nonnes sont sortis depuis trois jours seulement de leur cloître, les uns font société avec des filles perdues, les autres avec de mauvais garnements, et cela sans se soucier nullement de Dieu. Les prêtres en font autant, ils vont à la première femme venue, de sorte qu'une longue période d'expiation succède promptement à un court mois de baisers. • — Kampschulte, t. H, p. 173.
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la volonté même de Dieu. « La tyrannie cléricale est humiliée, c'est là tout ce que je voulais obtenir par mes écrits; mais je m'aperçois maintenant que Dieu veut pousser la chose beaucoup plus loin, comme il en usa jadis avec Jérusalem et les deux royaumes de Judée. J'ai reconnu récemment que non-seulement l'ordre spirituel mais encore l'ordre temporel devraient, de gré ou de force, se soumettre à l'évangile. Tous les récits de la Bible le prouvent clairement. » « Si jusqu'à présent j'ai ri de l'émeute, croyant qu'elle ne s'en prendrait qu'au clergé -, dit-il dans le posl-sctiptnm de la même lettre, - aujourd'hui j'ai peur qu'elle ne s'attaque d'abord à nos maîtres, et, comme un véritable fléau public, n'entraine ensuite avec elle tout le clergé'. " « Les prémices de la victoire sont à nous ", écrit-il quelques jours plus tarda Vinceslas Link (19 mars 4.522); « nous triomphons de cette tyrannie papale qui jadis a tant opprimé les rois et les grands 1 Combien nous sera-t-il plus facile de vaincre et d'humilier les princes! « Le duc Georges de Saxe excitait tout particulièrement son indignation. Se conformant à ledit de Worms, celui-ci combattait avec énergie les nouvelles doctrines et leurs adhérents, et s'efforçait de déterminer les souverains, les autorités, à prendre en main la défense de l'Église. " Si les princes continuent à se diriger d'après les conseils de ce cerveau stupide* >, dit Luther, .: je crains bien qu'une révolution n'éclate, et ne renverse bientôt dans toute l'Allemagne les grands et les magistrats, enveloppant le clergé dans sa ruine. '• Il lui semblait déjà voir ' l'Allemagne nager dans le sang ». ' Les peuples -, disait-il, « ne sont plus ce qu'ils étaient jadis. Les princes devraient comprendre que l'épée de la guerre civile est suspendue sur leur tète. « Il était, pour sa part, bien éloigné de la redouter; les calamités que les princes avaient attirées sur eux ne le concernaient point, et ne regardaient qu'eux seuls'.
Il n'hésitait pas à déclarer hors la loi les prêtres qui ne recevaient pas son évangile : « Ainsi que je vous l'ai dit », écrit-il le 6 mai 1522 au bourgmestre et aux conseillers d'Altenbourg à propos des chanoines de la ville, - dès que les prêtres réguliers s'opposent à l'évangile, leur autorité cesse d'être légitime; dès lors il faut les fuir et les éviter comme on ferait des loups. Tout chrétien est autorisé à juger leur
' De Wette, t. II, p. 143-H4.
^11 nomme à plusieurs reprises le duc Georges « le pourceau de Dresde» • ille porcus Dresdensis '. De Wette, t. Il, p. 7, n" 319, et t. XXXII, n» 330. Il appelle aussi l'électeur Joacliim de Brandebourg . le Benahdad de Damas». — Voy. de Wette, t. II, p. 3.
* Voy. DE Wette, t, II, p. 157-158. Il croit nécessaire de faire cette remarque en terminant sa lettre : - Sobrius haec scribo et mane. ■ Et précédemment : ■ Haec certe in spiritu loqui me ^rbitror. .
IMTUF.W FAHORTr: SKS PAUTISANS A I-ROSCRIRF: LES I^IVKQÜKS. 1522. 235
doctrine et à discerner ces loups, car tout chrétien doit croire parluiinôme, et être en état de distinguer ce qui est orthodoxe de ce qui ne l'est pas'. " « Dieu nous dispense d'obéir à l'autorité toutes les fois qu'elle est en contradiction avec l'évangile > , dit-il en faisant allusion à la lettre que nous venons de citer, dans une instruction adressée à Frédéric de Saxe : « Aussi le conseil d'Altenbourp; et Votre Grâce sont-ils obligés d'écarter les prédicateurs qui peuvent nuire à la foi, et d'aider à ce qu'un bon choix soit fait, ou du moins à ce que rien n'y mette obstacle; il n'est ni charte, ni sceau, ni lettre, ni usage, ni droit, ni pouvoir quelconque qui puisse aller à l'encontre de ce devoir. Je vous ai déjà prouvé surabondamment que vous aviez le droit et le pouvoir de discerner et de juger la vraie et la fausse doctrine. Ouant aux chanoines, leur droit, leur autorité et leurs revenus ont pris fin le jour niéme où ils se sont ouvertement opposés à l'évangile *. " « Loin d'être répréhensibles ', écrivait-il dans le même sens au comte .lean-Henri de Schwarzbourg, « on est dans le strict devoir en chassant les loups de la bergerie, et l'on ne doit point s'inquiéter de l'abstinence qu'on impose à leur ventre. Ce n'est pas pour nuire, c'est pour venir en aide qu'on accorde dime ou salaire au ministre de la parole (nuire, signifie, ici comme toujours, ne pas prêcher l'évangile luthérien). Du moment qu'il ne sème pas le bon grain, il n'a droit à aucun salaire ^
Mais au dire de Luther, il fallait avant tout chasser de la bergerie « les grands loups % c'est-à-dire les évêques, et dans un traité spécial intitulé : Contre l'état faussement appelé ecclésiastique du Pape et des évêques (juin 1522), il conjurait tous les enfants bieu-aimés du Seigneur, tous les vrais et pieux chrétiens, de travailler à leur expulsion. Or, des mesures de cette nature eussent équivalu au renversement radical des constitutions de l'Empire, puisqu'en Allemagne les évêques n'étaient pas seulement les premiers pasteurs spirituels, mais encore, pour la plupart, les princes souverains des divers territoires.
Luther, « par la grâce de Dieu, ecclésiaste de Wiitemberg «, répétait dans ce nouvel écrit ce qu'il avait si souvent affirmé : sa doctrine seule conduisait au salut. Partant de ce principe, il se croyait autorisé par Dieu même à juger les évêques en dernier ressort : « Ma doctrine >■, disait-il avec une superbe assurance, « ne peut être jugée par personne, même par les anges, car je suis certain de sa vérité; par elle je prétends être votre juge et celui des anges euxmêmes, comme dit saint Paul. J'affirme donc que celui qui ne la
' Voy. DE Wette, t. U, p. 191.
' De Wette, t. Il, p. 192-193.
' De Wette, t. H. p. 258. — Voy. Friedrich, Atlrologit und Reformation, ç. 126-138.