SICKINGE?< CONTRE L'ARCfJEVÉQUE DE TRÊVES
les uns après les autres. C'était aux grands seigneurs, aux Électeurs, aux princes, qu'il apparteniiit de peser les conséquences que pouvait avoir pour eux une pareille audace. Richard était le premier Électeur de sa famille; il pensait aussi en être le dernier, mais il recommandait à ceux à qui la chose importait bien plus qu'à lui, aux Électeurs-nés, aux princes souverains, de réfléchir mûrement à ce qu'il convenait de faire ', et il les suppliait de s'opposer énergiquement aux progrès de Sickingen. Celui-ci ne lui pardonna jamais ce discours. D'ailleurs, Richard était un des plus puissants adversaires de Luther, et, dès la dièle de Worms, le bruit avait couru que Sickingen ne rassemblait des troupes que dans le dessein d'envahir les possessions de l'archevêque *.
Avant même de partir pour la France, Sickingen avait enrôlé des lansquenets dans le but d'aller attaquer Richard dans ses États ^ Toutefois, il ne se décida à commencer la campagne qu'en août 1522. Dans une des assemblées de la chevalerie libre du Rhin, assemblées organisées parlui et alors fréquentes (Landau, 13 août 1522), la Ligue fraternelle de In îioblesse s' é\ai[ définilivement organisée, et Sickingen en avait été élu le chef. Fort de cet appui, il commença aussitôt d'actifs préparatifs de guerre*. Pour attirer plus de soldats sous sa bannière, il s'efforçait de faire croire que les recrutements qu'il opérait n'avaient d'autre but que le service de l'Empereur. 11 eut même la hardiesse de faire porter par ses hommes d'armes la bannière impériale et la croix bourguignonne. Saisi de terreur à l'approche du chevalier brigand qui durant laut d'années avait rançonné et pillé impunément les bourgeois de Worms, le conseil de Strasbourg lui fit offrir une somme considérable ^; mais il ne se laissa pas acheter. Cinq mille cavaliers et dix mille hommes de pied furent bientôt à sa solde".
Pour faire « une trouée à la parole de Dieu, que Richard de Trêves, en vertu d'un pouvoir tout humain, repoussait de toutes ses
1 Flersheimrr C/iroJuÂ-, pilbl. par Waltz, p. 71.
° Voy. la relation d'Aléandre dans Friedrich, p. 142. — Bal.vn, p. 233. — Brie- GER, p. 216.
* Ul'.iann, p. 247.
* Pour plus de détails, voy. Ulma>>, p. 250-259. Ulmann suppose qu'après la réunion où le traité d'alliance fut apporté, la chevalerie neut plus de pourparlers secrets. Cependant les paroles de Spalatin sur cette réunion, - ubi excitata est nova quaepiam socielas conditionihus neque le{îiinis civilibus iieque cliristianisino paruni conseiitaneis ■ (P. 253, note), ne se rapportent certainement pas à celte séance, mais à dautres conférences, tenues très-secrètes.
* Voy. les lettres de juillet et d'aoïH 1522 dans Virck, 1. 1, 55 fil.
' C'est le nombre indiqué par Hartmuth de Cronberg dans une lettre datée du 16 septembre 1522. Voy. Seckendouk, t. I, p. 226. — Sur les relations contradictoires touchant les forces de l'armée, voy. Ulmann, p. 284, note.