SICKINGEN CONTRE I/ARCHEVEQUE DE TREVES
posait de marcher contre la Hesse : « Nous avons la nouvelle, rannoncc et la preuve , mandait au comte Michel de Wertheim le landgrave Philippe (2 septembre 1522), - que Sickingen, dès qu'il aura fait sa volonté de Trêves, viendra immédiatement nous attaquer '.
Sickingen était si sûr de la victoire, qu'après avoir capturé la petite ville fortifiée de St-Wendel, il s'ouvrit de tous ses plans aux gentilshommes faits prisonniers pendant le combat. 11 comptait être un jour < électeur de Trêves, et mieux encore -. « Vous êtes prisonniers, vous avez perdu vos chevaux et vos bagages, mais votre électeur, quelque chose qu'il lui advienne, est en état de payer pour vous une forte rançon. Quand Franz de Sickingen sera électeur à son tour, comme la chose est fort possible et comme vous le verrez de vos yeux (et non-seulement électeur, mais plus encore), il vous fêtera de son mieux, vous qui aurez été ses prisonniers *. « Ce n'était donc pas à tort qu'on avait attribué à Sickingen l'ambitieux dessein dedevenir un jour roi du Rheingau et duc de Fr.inconie '. « Au nom de l'Empereur , il exigea le serment d'hommage de la principauté de Schaumbourg, puis il pénétra plus avant dans le pays, ravageant, brûlant plus d'un village sur sa route *. Le 8 septembre, il était devant Trêves. Dans les lettres qu'il fit remettre au conseil de la ville, il sommait la bourgeoisie de lui ouvrir les portes, promettant que les habitants seraient protégés dans leurs personnes, leurs vies et leurs biens, parce qu'il n'en voulait qu'aux trésors de l'archevêque, aux clercs et aux religieux du diocèse!
« Sickingen est aux portes de Trêves -, écrivait le chanoine Charles de Bodmann; " un jeu terrible est engagé. Il a beaucoup d'amis et de partisans qui ne rêvent que de chasser et d'humilier les princes ecclésiastiques, convoitent les biens de l'Église, et, tout laïques qu'ils sont, prétendent exercer le pouvoir spirituel et soumettre à leur autorité les curés et autres supérieurs ecclésiastiques. Si la chance
facile cetera expugnari posse videbantur, atqiie inde brevissima in Hassiara via pateret. - llub. Leodils, p. 301.
' Lettre de Philippe, du mardi après Ef^idii (2 septembre 1522), dans les Fürstl. Löjcenslein- ll'ert/ieim'schen gemeinschafll. Archiv, Grufeit-Tagcs-Snchen, n" 20 II Se préparait tous les jours à entrer en campagne, écrivait-il à Philippe, et demandait au comte d'envoyer à Darmstadt, le lundi après l'Exaltation de la sainte Croix (15 septembre), autant de cavaliers qu'il lui serait possible d'en rassembler en toute hAte.
* iLAI.VNN, p. 287.
' Yoy. le rapport de Jean Nibling d'Ebrach, dans Höfler, Fräiikische Studien, t. VIII, p. 255.
* ' ...Ceux de Schaumbourg ont été convoqués, et ont juré au nom de l'Empereur; ce qui ne les a pas empêchés fies troupes de Sickingen) d'incendier plus d'une localité. » lUlation extraite des Archives de Strasbourg, dans MONE, Zeitschrift für die Getchichte des Oberrheins, t, XVI, p. 81.
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favorise Sickingen, nous assisterons, dans beaucoup de territoires de l'Empire, à une transformation radicale de l'organisation ecclésiastique. On clierclie de mille laçons à soulever l'homme du peuple, et celui-ci, espérant tirer profit de la révolution qui se prépare, s'apprête avec.joie à secouer le jouj; que font peser depuis longtemps sur lui les seigneurs laïques et spirituels. Sous prétexte de liberté évangélique, les amis de Sickingcn agitent le peuple, et vont prêchant partout le meurtre et le pillage '.
« Sickingcn est perdu s'il ne remporte sur l'archevêque une victoire éclatante ■■•, écrivait au duc Guillaume le chancelier de Bavière Léonard d'Eck (S sept. 1522). « S'il est vaincu, il perdra aussitôt toute confiance eu son étoile. 11 sait trop ce qui lui adviendrait en cas de non-réussite; il sait que le cor de chasse sonnerait bientôt le lancer, que le ban d'empire le frapperait, ou bien que les princes du Hhin le cerneraient de telle sorte qu'il ne pourrait échapper, et serait promptement désarçonné. Or il ne peut accepter la pensée d'une telle honte et d'un pareil échec; cette humiliation lui serait trop amère, devant Dieu, devant les hommes, devant son propre honneur. Aussi met-il tout en œuvre pour soulever la populace. Ses agents y travaillent de leur côté, et tous les jours arrivent des nouvelles qui font pressentir un prochain ß««(/.?cÄ«/(. > En effet, le cercle des amis de Sickingcn venait de faire paraître un dialogue intitulé : le Xouvcau Karsihans, où le peuple était chaudement invité à faire cause commune avec la noblesse'. « Si donc '•, continue Eck, « le Bundschuh éclate et que le peuple prenne le dessus, les princes du Rhin payeront le déjeuner, Votre Grâce et les autres princes le souper, la petite noblesse le coup du soir, et tous iront au diable de compagnie 1 Au reste, si les princes et les grands chefs doivent être châtiés, ce sera sans doute par la permission divine, car c'est, en vérité, chose étrange que de voir de ses yeux des princes, des gens de guerre honorables, faciliter, par le secours qu'ils apportent, l'envahissement d'un territoire électoral'! »
Parmi les princes qui, non-seulement toléraient, mais allaient jusqu'à favoriser les actes de violence de Sickingcn , l'archevêque de Mayence, Albert de Brandebourg, était au premier rang. On le soupçonnait, dans le cas où Sickingcn réussirait dans son entreprise, de vouloir réaliser un plan qui lui était cher depuis longtemps, et de transformer l'archevêché de .Mayence en principauté
' Voy. plus haut, p. 162, note 5.
' Voy. plus haut, p. 199.
* Dans JÖRG, p. 64.
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temporelle '. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il refusa constamment d'envoyer des secours à Richard, fit une réponse évasive au Conseil de régence lorsqu'il le somma de s'armer contre les periurbafeurs de la paix publique, et laissa tranquillement passer le Rhin aux troupes de Sickingen, en marche vers Trêves. Le grand maître Frowin de Hutîen et le maréchal Gaspard Lerch de Dirnstein, les plus hauts dignitaires de la cour de Mayence, étaient alliés de Sickingen, et ce furent eux qui conseillèrent à son général, INickel de Minkwitz, d'opérer une jonction avec les troupes du chevalier, audessus de Cologne *.
Si le chancelier Ëck augurait mal pour les princes de l'entreprise de Sickingen, il ne fondait pas beaucoup plus d'espérance sur la résistance du Conseil de régence : « Le Conseil est faible et bien malade», écrivait-il; " il est entre les mains de Dieu M «
Du moins le Conseil, dès le 1" septembre, avait-il appelé aux armes plusieurs princes du Rhin et quelques villes libres, les sommant de s'opposera Sickingen, " coupable d'exciter dans l'Empire le trouble, la guerre et la révolte. ' Si l'on ne s'opposait prompteraent et énergiquement au perturbateur de la paix, il était à craindre, leur écrivait-il, ^^ que cette guerre ne fût pas seulement funeste à l'archevêché de Trêves, mais que, grandissant en peu de temps, elle ne causât un irrémédiable dommage, d'abord aux grands Ordres, puis à tout l'Empire ". ) Le 9 septembre, jour qui suivit l'investissement de Trêves, un délégué du Conseil se présenta devant le camp de Sickingen et lui intima l'ordre de renoncer à son entreprise, sous peine d'encourir le ban d'empire et de payer une amende de deux mille marcs d'argent. « Mais Sickingen se comporta avec la dernière insolence envers le représentant du pouvoir suprême. « « Voici le
' Voy. plus haut, p. 218.
* Voy. BucHOLTz, t. II, p. 99-100. — IIennes, Alhrecht von Brandenburg, p. 1G7-170. ~ Ulmann, p. 292, 309. « Albert n'entretenait aucun rapport coupable et secret avec Sicliin;",en", suppose Ulinann (p. 288j, - mais il n'osait prendre parti contre lui aussi longtemps que sa cause semblait avoir quelque cbiince de succès. " — Sur les mesuies prises par l'archevêque de Trêves et ses alliés contre Albert, voy. p. 310-312.
' Dans JÖRG, p. 65.
* * Das Schreiben des liegimentcs an Frankfurt, im Frank/. Archiv, Reichstagsaclen, t. XXXVi, fol. 56. Sur les missives du môme genre adressées à quelques membres des états, voy. Ulmann, p. 292, note 1. Dans un autre manifeste. Francfort est sommée d'envoyer le 12 octobre à Gelnhausen quinze reîtres et cent quinze hommes de pied par ordre de ' la Régence d'Empire » . Mais lescon^eillersde la ville déclarèient qu'ils entendaient ne se mêler de l'affaire que lorsque tout l'Empire y prendrait part. De là une lettre de plaintes du Conseil de régence, datée du 17 septembre 1522. Voy. Ueichsiagsacicn, t. XXXVI, fol. 51. Strasbourg non plus ne voulut s'engager à fournir des secours à l'archevêque de Trêves que dans le cas où tous les États de l'Empire se joindraient à elle. Lettre du conseil de Strasbourg, 27 septembre 1522, dans Virck, t. I. p. 58, n» 101.
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vieux violon fie la Réfrénée ", dit-il à ceux qui l'entouraient, au moment on la volonté du Conseil lui était sifjnifiée; -■ malhcurensemenf, les danseurs manquent! Ce ne sont pas les ordres qui font défaut, mais les obéissants! >> Puis, s'adressant au délégué du Conseil, il lui fit une réponse insultante, en son nom et au nom de tous les siens. Il lui ordonna d'aller rapporter an lieutenant impérial et aux seijvneurs du Conseil qu'ils feraient bien d'y aller plus doucement; qu'il était tout aussi bien qu'eux dévoué à l'Empereur et ne son[;eait nullement à agir contre les intérêts de Sa Majesté, Il n'en voulait (pj'à l'archevéfpie, et savait parfaitement que l'Empereur ne se courroucerait point s'il châliait quelque peu ce prêtre insolent, et reprenait quelque chose des florins d'or que jadis il avait reçus de la France. Sou dessein était de mettre la justice sur un tout autre pied; le Conseil de ré(',cnce n'avait jusqu'à présent remédié à rien, mais lui, Sickinj<i^en, saurait obtenir de bien autres résultats. Quant ä la Chambre impériale de rsuremberg, devant laquelle le Conseil le citait, il comptait la laisser en repos; il n'en avait que faire, car il avait chez lui un tribunal ambulant qui décidait les questions de droit avec des arquebuses et des canons. Quant à son projet de séculariser les principautés ecclésiastiques, il déclara que pourvu qu'on consentit à le suivre, il saurait agir de telle sorte que l'Empereur, à son retour, trouverait plus de terres et d'argent dans son royaume qu'il n'eu allait maintenant chercher bien loin de chez lui. Il comptait couler des jours paisibles, lorsqu'une fois il serait archevêque de Trêves, et ne verrait alors nul inconvénient à ce que Richard lut ( hevalier à sa place. C'était pour mener à bien ce grand projet qu'il s'était établi dans les environs de Trêves. On rapporte encore que Sickin{yen, expliquant une autre fois ses intentions au délégué du Conseil, lui aurait dit « qu'il avait commencé la campagne pour lui, e( la continuerai! pour lui, en dépit même de l'Empereur' ». « Ou je me trompe fort >;, écrivait Spalatin, « ou ce fauteur de guerre civile peut devenir un autre Jules César*. »
Mais les plans ambitieux du chevalier devaient échouer devant Trêves. L'archevêque, " homme énergique, sachant agir el s'aider, €t fort habile capitaine' »,sut venirà bout de tous les obstacles, grâce à sa résolution, à sa prudence, à son sang-froid; la bourgeoisie resta fidèle à son seigneur, malgré toutes les horreurs d'un siège. Metz et Cologne envoyèrent de la poudre et des armes*. Les tro-ipes de
' Voy. Ulmann, p. 297-299, 306.
1 'DuoYSEN, 2'' 107-108.
I '(.'est ainsi que le df'peint la Chronique de FUrsheim, p. 71. I * Écrivait de Nuremberg Hamann de llolzliausen au bourgmestre .lean de €laubourg, octobre 1622. frankfurter Archiv, Reiehstagsaeten. t. XXXVI, fol 66.