‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 338 sur 477 · SICKINGEN ENVAHIT LE P A I, AT 1 NAI · texte numérisé non relu

SICKINGEN ENVAHIT LE P A I, AT 1 NAI

la Hesse et du Palatinat vinrent au secours des assiégés, tandis que Sickingen attendait vainement du renfort. Après cinq assauts inutilement donnés à la cité, le manque de munitions se fit sentir. Le pays avoisinant Trêves était dévasté par des bandes de soldats pillards, et la colère des paysans commençait à menacer. Aussi, le 14 septembre, Sickingen leva-t-il le siège; il s'éloigna, pillant et incendiant sur son passage églises, monastères et villages. Chargé de butin, il retourna dans son château '. D'après un compte établi par l'archevêque Richard, les pertes subies par l'électorat pendant la guerre s'élevaient à 300,000 florins d'or^

Ce fut ainsi que les paisibles habitants du pays de Trêves firent l'expérience, les premiers en Allemagne, de ce que c'était qu'une guerre de religion, et du véritable sens qu'avait cette parole : « Faire une trouée à l'évangile. »

Sickingen " avait cédé à la nécessité >, mais son orgueil, sa confiance dans l'heureux succès de sa cause, sa haine contre « les loups spirituels et la tyrannie des princes restaient indomptés dans son âme ». On espérait encore parmi les siens que non-seulement la noblesse, mais les villes se joindraient à lui. Henri de Kettenbach, celui-là même qui avait rédigé les lettres de défi adressées à Trêves, appelait les villes libres à l'action en d'ardents manifestes : « Jamais », leur disait-il, « vous n'avez eu de plus pressants motifs de venir en aide à la noblesse. Si vous vous entêtez à la desservir, non-seulement vous vous ferez du tort à vous-mêmes, mais vous nuirez à la cause de l'évangile ^ » Pendant que l'archevêque Georges de Spire, frère du comte palatin Louis, s'efforçait de conclure un accord entre Sickingen et les princes alliés de Trêves, de la Hesse et du Palatinat, Sickingen, vers la fin d'octobre 1522, sans même avoir fait aucune déclaration de guerre préalable, envahit avec ses bandes les posses-

> " Obsidionem solvit, in reditu, ut ex animo totam iram effunderet, omnem rejïionem circa igné concremat, sacra quaeque et propbana depopulatur, vastat, depilat atque ita spoliis onustus ad arces suas rediit. ' Ilub. Llodius, p. 302. ■' Pendant la retraite , dit Strauss (t. Il, p. 237), pour imiter Ziska, on détruisit entièrement par l'incendie des cloîtres et des églises! Sur la haine de Siclcingen pour les prêtres, on lit dans Ilub. Leodius, p. 301 : " Acceplissimum Deo sacrificium sese praeslitisse credebat, qui suramo opprobrio foedaque i{;Dominia illos adfecisset. » — Voy. Wegtler, p. 28-32.

- Ulmann, p.'*301. — Bucboltz, t. II, p. 105.

' Ein Praclita practiciil aus der heiligen Bibel uffvicl zukünftig Jahr. Selig sind die, die ihr wahrnehmen und darnach richten, Gott will selber regieren über sein Volk, 1523. — Hagen, t. III, p. 58.

ENROLEMENTS P O L' R SICKINGEN. 1522. 255

sionsducomte palatin, dévastant et rançonnant les environsde Kaiserslautern '. II avait cherché et trouvé des aUiés dans les États mêmes de lÉlecteur, en Souabe, et jusqu'en Bohême; rilluminé Ilartmuth de Cronberg, dont les princes alliés avaient autrefois capturé le château fort-, et le chevalier Jean de Fuchsfein, docteur endroit, avaient activement travaillé à lui gagner des partisans dans ces contrées. Ce Fuclistein, qui chez le comte palatin Frédéric avait autrefois rempli les fonctions de chancelier, était un homme habile, mais d'un esprit retors et vicieux >, dit un contemporain digne de foi. - Chez lui, le droit et l'équitése vendaient à beaux deniers, et dès qu'il entrevoyait la possibilité d'un g;iin, il savait tourner les choses comme il voulait. Outre cela, il avait un méchant renom; ses mœurs étaient corrompues, et pourtant il était dans les bonnes grâces du prince, car sa langue, admirablement déliée, savait si bien colorer et dissimuler ses vices, que beaucoup se méprenaient sur son compte, le tenant pour homme d'honneur, ce que pourtant il n'était guère! » Nommé membre du Conseil de régence par le lieutenant impérial Frédéric, Fuchstein avait adhéré à la doctrine luthérienne et soutenait avec ardeur les intérêts de Sickingen au sein du Conseil. On trouva des lettres écrites de sa main adressées à Sickingen, dans lesquelles il l'exhortait « à prendre courage, parce que la majorité du Conseil était bien disposée en sa faveur et tout inclinée vers lui, et que le Conseil verrait avec plaisir le moment où, grâce à son initiative, l'orgueil des princes serait abattu et la noblesse allemande délivrée de son intolérable servitude^ . Contraint de prendre la fuite à la suite de ses intrigues, Fuchstein écrivait de Prague à Sickingen (1" janvier 1523), ^ qu'il avait reçu de Bohême des promesses de secours, et qu'il restait dévoué, à la vie et à la mort, à celui qui avait pris en main la cause de la noblesse, jurant de la délivrer de son humiliation et d'abattre l'insolent orgueil des princes^ ■. En Alsace, dans le Sundgau, le Brisgau, dans les comtés de Furs-

' Ulmann, p. 317. Lettre de l'électeur Louis au conseil de Strasbourg (15 jan- Yier 1523), dans Virck, t. I, p. 66, n" 113. - Avant d'avoir annoncé la guerre privée ou jeté un défi quelconque au comte palatin, Franz de Sickingen résolut une belle nuit de donner l'assaut au château de Liitzelitein. Mais comme la garde de la place eut vent de ce dessein et sut l'empêcher, il se porta sur Kaiserslautern, qu'il rançonna et ravagea, dévastant par le pillage et l'incendie tous les villages environnants. ' Krieg und Fehdschafun des Edlen Franzen von Sickingen, etc. — Voy. Habels Xacltlass, t. I, p. 3.

' « Les trois princes se rendirent alors avec leurs armées devant Cronberg, car Harmuth de Cronberg avait non-seulement prêté assistance à Sickingen, mais avait en personne aidé le chevalier à attaquer le landgrave et à ruiner sa terre. > Voy. notre premier volume, p. 542. — Krieg und Fehdschafun, etc. Voy. la note précédente.

' Voy. JÖRG, p. 172-176. — Vogt, p. 37.

* Voy. Ulmann, p. 322, notes 2 et 3. — Stern, Ztciilf Artikel, p. 49, - Illustrissimi

Page 1