‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 344 sur 477 · ÉRASME ET HI TT EN · texte numérisé non relu

ÉRASME ET HI TT EN

avait loué et célébré à la face du monde entier, il écrivait, au moment où la tombe venait à peine de se fermer sur lui, des lignes comme celles-ci : « On voit de par le monde certains hommes entretenir et flatter leurs mauvais penchants dès le début de leur vie; ils mettent leurs passions et leurs excès sur le compte de la jeunesse; ils tiennent le jeu, la prodigalité excessive, pour de nobles amusements. Mais pendant ce temps les revenus s'en vont, les dettes grossissent, la réputation dépérit, la faveur des princes, de la bienfaisance desquels on vivait, s'évanouit; bientôt le besoin conduit au vol; on commence par y recourir sous prétexte de guerre, puis, rien ne pouvant combler l'abîme des dettes, pas plus que l'eau ne pouvait remplir le tonneau percé des Danaides, on se permet de méchants tours, et dès qu'il s'agit de happer quelque butin, on ne fait plus aucune différence entre amis et ennemis. Enfin la passion, comme un cheval emporté qui jette son cavalier par terre, précipite brusquement dans la ruine celui qui lui a trop obéi'. - Érasme, en cette même satire, range Hütten parmi les hommes ^- qui, sous prétexte d'évangile, n'agissent qu'en vue du butin et du pillage, se croient autorisés à détrousser les passants sur la grand'route, et après avoir dissipé leur bien avec les filles, le vin et le jeu, jettent le défi à tous ceux dont ils espèrent tirer quelque argent-. -^

Quant à sa propre attitude vis-à-vis de l'Église et du parti luthérien, quant au fond même de la question religieuse, Érasme, dans ce pamphlet, donne, suivant sa coutume, des explications fort vagues et tortueuses. Pour assurer le triomphe pacifique de Tévan-

> Voy. Strauss, t II. p. 331-3:32.

^Visant particulièrement Uutten, Érasme dit à un autre endroit : < qu il voit à la vérité beaucoup de luthériens, mais peu d'évangélistes. Si llutten connaissait des gens qui, au lieu de fréquenter le vin, les filles ou les dés, se délectassent dans la lecture de la sainte Ecriture et dans les entretiens pieux; qui, ne trompant personne sur l'argent qui leur était dû, sussent dépenser libéralement ce qu'ils n'étaient pas obligés de donner aux nécessiteux; qui, au lieu d'injurier ceux qui ne leur avaient fait aucun mal, répondissent d'une manière conciliante à une parole irritante; qui ne se lendissent coupables d'aucun acte de violence, ne menaçant personne, mais au contraire, pour un tort souffert, rendant des bienfaits: qui, loin d'exciter des trouldes établissent partout où ils le pouvaient la concorde et la paix; qui, l)ien éloignés de ve vjuter de crimes ou d'actes qu'ils n'avaient point accomplis, rapportassent au seul Christ tout le mérite de leurs bonnes œuvres; si llutten lui montrait de tels évangelistes, aussitôt il se joindiait à eux avec joie. Mais s'il en existait, ils étaient, à vrai dire, excessivement rares! > Strauss, t. II, p. 293-294. — Dans une lettre au conseil de Zuricli datée du 10 août 1523), Érasme se vante d'avoir jusque-là travaillé assidûment h répandre la doctrine évangilique ; et cependant llutten a publié contre lui un petit livre rempli de mensonges et d'injures; llutten ne doit qu'au conseil la permission de séjourner à Zurich, mais il n'a pas le droit d'abuser de cette permission pour puldier un libelle insolent et pervers. Cet écrit nuirait trèscertainement aux int.rcis évangélitjucs, aux belles-lettres, à la chose publique, et pouvait dans l'avenir porter un grand préjudice à la ville de Zurich; quant à Hütten, • chacun savait qu'il n'avait plus rien à perdre. ■ Dans Egli, 245, n" 565.

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