‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 345 sur 477 · DERNIERS ÉCRITS DE HUTTEN. SA MORT · texte numérisé non relu

DERNIERS ÉCRITS DE HUTTEN. SA MORT

{jile, il indifiue les moyens les plus sinjjulicrs. Pour lui, répète-l-il, il n'apparlicnl à aucun parti, son indépendance lui esl chère avant tout '. La querelle luthérienne a commencé sans sa participation, et dès le début, l'esprit entêté de Luther lui a beaucoup déplu. C'est à tort que Hütten lui fait un crime d'avoir protesté de son attachement envers le Siège apostolique. Sans doute, il est résolu à ne Jamais s'en séparer, mais aussi longtemps, toutefois, que le Saint-Siège ne se séparera pas du Christ! L'Eglise, dans sa lutte contre les nouvelles doctrines, n'était, aux yeux de « l'oracle de la science -, qu'un parti en présence d'un autre parti. Les deux opinions devaient apprendre à vivre en paix l'une avec l'autre, ce qui pourrait d'autant plus facilement se faire qu'on était d'accord sur les articles principaux de la foi et de la discipline, et que la querelle ne se rapportait la plupart du temps qu'à certains paradoxes, en partie incompréhensibles, en partie insignifiants ! Les potentats spirituels et temporels, l^aisant trêve à leur lutte passionnée, oubliant leurs propres intérêts, feraient bien d'accepter le conseil d'un simple particulier : les savants devaient renoncer aux disputes, aux invectives, et conférer entre eux sur la manière d'éviter le schisme et sur les intérêts généraux de la chrétienté, puis exposer le résultat de leurs conférences dans des lettres privées, adressées soit au Pape, soit à l'Empereur*. C'est d'un pareil remède qu'Érasme attendait la guérison des maux de son temps.

Mélanchlhon craignait que le ressentiment de Huttencontre Erasme n'eût de fâcheuses suites : « Hütten =>, écrit-il, « est furieux de voir en quel péril est notre cause. Malheureusement sa colère nous compromet inutilement auprès des bons, et il est à craindre qu'Erasme ne s'irrite encore plus contre nous que contre lui. Pour nous, nous entendons rester complètement étrangers aux rancunes de Hütten ^ r>

" Erasme a lâchement abandonné la cause de l'évangile -, écrit Hütten à Éoban Hessus (21 juin 1523); " toutefois il se repent du mauvais marché qu'il a conclu. >' « Pour moi, obligé de prendre la fuite, je me suis réfugié en Suisse, où j'ai devant moi la perspective d'un exil encore plus long que les précédents, car dans les circonstances présentes, l'Allemagne n'est pas en état de me tolérer. Mais j'espère

' Au sujet du peu de franchise d'Érasme, Luther écrivait à Spalatin, le 15 mai 1522 : • Melior est Eccius eo, qui aperta fronte hostem profitetur. Hune autem tergiversanlem et subdolum tum amicum tum hostem détester. " Dans de Wette, t. II, p. 196.

' Voy. Strauss, t. II, p. 289-291.

* Corp. Ri'fonn., t. I, p. 626-627. « C'est ainsi que Mélanchthon se dégageait avec ingratitude, pour ne pas dire avec lâcheté, de toute connivence avec Hutien, auquel cependant là cause de la réforme avait tant d'obligations, ■ dit IIagen, t III, p. 60.

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