‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 346 sur 477 · S DERNIERS ECRITS DE HÜTTEN. SA MORT · texte numérisé non relu

S DERNIERS ECRITS DE HÜTTEN. SA MORT

voir les choses changer promptement de face par l'heureuse expulsion des tyrans. « II adresse à Éoban un nouveau libelle contre ces mêmes « tyrans », c'esl-à-dire contre les princes vainqueurs de Sickingen qui ^ se sont injustement emparés de ses biens -, et il presse Eoban de le faire imprimer le plus tôt possible à Erfurt, t. La chose », lui écrit-il, « peut être faite en silence et en secret, et cela dans votre ville plus aisément que partout ailleurs; là, personne ne s'attend à rien de semblable, d'autant plus qu'on me sait très-loin. Je t'en prie, je t'en supplie encore une fois, ne diffère pas, ne néglige rien dans une question qui est pour nous de la dernière importance! Qu'une protestation énergique contre un attentat inouï se fasse entendre et paraisse au grand jour ' ! « Mais Éoban, l'ancien frère d'armes de Hütten, n'était plus d'humeur à surveiller la publication d'un pareil écrit. A la vérité, il tonnait comme autrefois contre le Pape, 't cet imposteur universel, ce perturbateur de la paix européenne, ce loup sous le masque de l'innocence •• ; comme jadis il .s'élevait contre les partisans du Pape, -^ ces ouvriers d'iniquité^ »s mais il n'était nullement disposé à jouer vis-à-vis des princes le rôle d'apôtre de la liberté. Les efforts des prédicants et de leurs adeptes avaient réu.ssi à ruiner à Erfurt les études universitaires, et Hessus, talonné par la faim% s'était vu contraint de recourir au landjjrave Philippe de Hesse, qui lui avait accordé un poste scientifique à ALirbourg. Aussi n'appelaitil plus Sickingen et ses alliés que '^ les brigands ^ , et témoignait-il souvent au chancelier du landgrave toute sa joie de les voir enfin châtiés \ Hütten ne pouvait donc compter sur lui pour publier son pamphlet t; contre les tyrans -^ : le manuscrit fut perdu.

Hütten, accusé de travailler au renversement de la constitution ecclésiastique, fut obligé de quitter Bàle. Pour le même motif, il lui fallut bientôt fuir de Mulhouse, où il s'était réfugié. Enfin il trouva un asile à Zurich, près d'Llrich Zwingle. 11 mourut dans l'ile d'Ufnau, sur le lac de Zurich, dans sa trente-sixième année, vers la fin d'août 1523, de la maladie dont il souffrait depuis seize ans. -' Hütten ", rapporte Zwingle, ;: ne laissa après lui aucun objet de valeur. 11 n'avait point de livres; de meubles, pas davantage; sa plume seule lui appartenait \ »

' Strauss, t. Il, p. 311-312. — Kampschllte. t. II, p. 191.

* Voy. ScHWERTzELL, p. 41-42. Il ne dissimulait pas qu'il cherchait de temps en temps à faire plaisir aux gens avec lesquels il vivait. - par de semblables attaques ..

' Eoban élait parfois si à court d'argent, qu'il était contraint d'emprunter souvent à ses amis; ordinairement deux florins. Voy. Schwertzell. p. 4 5-45.

* Strauss, t, II, p. .312. — plus tard. Eoban rangeait la défaite de Sickingen parmi les hauts faits de Philippe.

=■ - Nihil reliquii, quod uUius sit pretii. Libros nullos habuit, supellectilem nullam, praeter calamum. . op. Vll, p. 313. Hütten mourant « semble n'avoir

CONSÉQUENCES DE lA DI^'.FAITF DE SICKINGEN ET DE SON PAKTf. 20,9

Avec Sickinf,eri et Hütten, la chevalerie révolutionnaire perdait « ses chefs et ses {guides ». Au bout de bien peu de temps, il ne fut plus question de tant de vastes plans formés par les chevaliers pour le renversement de la constitution de rEmpirc.

Les princes alliés s'emparèrent de tous les châteaux forts de Sickingen, dont la plupart furent briHés. Après leur complète victoire, ils formèrent entre eux une nouvelle alliance pour le maintien de leurs conquêtes, qu'ils s'engagèrent à défendre '■■ de leurs corps et de leurs biens ' » . Peu après, la ligue abattit l'orgueil de la chevalerie de Franconie. Pendant les mois de juin et de juillet 1523, plus de vingt châteaux de brigands furent rasés par ordre des princes*. M Mais ce qui est bien regrettable, c'est qu'on ne put jamais mettre la main sur Hans Thomas d'Absberg, et châtier comme il eût mérité de l'être ce coupeur de mains et de pieds ^ »

C'en était fait de l'indépendance politique de la petite noblesse;

plus invoqué que la déesse Fortune ". Strauss dit en parlant de ses tendances athées (t. II, p. 314) : « Nous trouverons dans les dernières lettres plus de citations tirées des poètes classiques que de sentences empruntées à la Bible. Voyons ici simplement le retour de Hütten à sa nature primitive, aux souvenirs de son éducation d'humaniste. Son commerce avec Luther et les luthériens avait donné ù son langage un vernis chrétien, mais ce vernis disparut dès que, tombé dans la détresse, il resta livré à lui-même. - Sur la conduite peu généreuse d'Érasme à l'égard de Ilutten, même après la mort de celui-ci, voy. Drum- MOND, t. II, p. 146, 111. 158.

' Ulmann, p. 394.

* Pour plus de détail sur la guerre de Franconie, voy. B.iAOEn, p. 70-91. — "Voy. DE ScHnEKE.NSTEiv, 2% p. 250-251. — Voy. aussi la liste • des nids de brigrands détruits », dans Höfler, Fränkische Studien, t. VIII, p. 258. — 1,'archiduc Ferdinand et le Conseil de régence cherchèrent à empêcher les répressions des princes. Voyez .Iorg, p. 71, où, tirés dune lettre du chancelier bavarois Léonard d'Eck, sont exposés les motifs de cette campagne. Mais les princes n'avaient rien à faire avec un personnage comme Hans Thomas d'Absberg. • Il fut procédé par décrets et arrêtés de justice contre ce misérable. • Voy. Ulm.vnn, dans la Jenaer Lilerulurzcitung, 1874, p. 727.

' Hans Thomas d'Absberg, étroitement uni au duc banni Ulrich de Wurtemberg, dont on parlera dans la suite, poursuivit en paix la série de ses atrocités jusqu'en 1531, où il fut assassiné par un .luif, son plus intime ami et son hôte, auquel il confiait ordinairement le fruit de ses rapines. ■ Cet homme le fit boire, de sorte qu'il s'endormit à table. L'autre lui porta alors un coup au cœur avec une arquebuse courte, et, secondé par un autre Juif, l'acheva à coups de bâton comme un chien enragé, avant qu'il ne se filt bien réveillé; il le fit ainsi mourir dans ses péchés, puis il traîna son cadavre dans un champ de blé, où il fut plus tard déterré par des chiens, déjà tout empesté et mangé des vers. - B.iADER, p. 530. Sur les tortures infligées aux prêtres qui tombaient au pouvoir de ce misérable et de sa bande, voy. Baader, p. 144, 179, 383, 414.

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toutefois les tendances révolutionnaires qui s'étaient fait jour dans ses rangs n'étaient aucunement vaincues.

La révolution politique et religieuse faisait des partisans de plus en plus nombreux parmi les classes populaires, et plus d'un chevalier mis au ban et dépossédé soutenait en secret les efforts tentés par beaucoup de prédicants pour exciter et pousser à la révolte les sujets des princes, et particulièrement les paysans.

Mais pour que cette révolte pût éclater, il fallait d'abord que les pouvoirs établis fussent renversés, que le gouvernement central, devenu impuissant, fût tombé dans le plus irréparable discrédit, et que l'anarchie fût complète dans le domaine religieux.

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