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LE CONSEIL DE REGENTE ET LES QUESTIONS RELIGIEUSES

Mais les questions religieuses demeuraient le point le plus grave des discussions de la Diète.

Le Conseil de régence, depuis son entrée eu exercice, n'avait eu nulle part c; le pied solide •■ sur le terrain religieux. Il s'était contenté de laisser aller les choses un peu à la dérive, ' tantôt penchant vers Luther, tantôt s'opposant à ses progrès -. Il avait accordé si peu d'attention à l'édit de Worms, dont l'Empereur avait cependant réclamé l'exécution avec une vive instance, qu'à Nuremberg même, a les livres luthériens étaient imprimés et vendus publiquement, et que dans quelques chaires les prédicants prêchaient en toute sécurité leur évangile, criblant tous les jours de grossiers outrages le Pape, les évêques, les commandements de l'Église et les traditions les plus vénérables -. Les juristes en droit romain, nombreux au Conseil, étaient pour la plupart ennemis déclarés de l'ancien état de choses, •' et fort amoureux des trésors et des biens de l'Église -. Ils aspiraient à l'heureux moment où les biens du clergé seraient partagés et ou, la " morgue cléricale ^ étant humiliée, les évêques et le Pape n'auraient plus aucun pouvoir sur eux. Alors, pensaient-ils, le règne des laïques, le temps où les légistes prendraient ia place des princes et des bourgeois, serait inauguré avec éclat '. En vain le duc Georges s'était-il plaint à plusieurs reprises au Conseil des insultes dont Luther ne cessait d'accabler le Pape, l'Empereur, les princes du Saint- Empire et le Conseil lui-même : le Conseil, lorsque ces libelles lui avaient été présentés, s'était contenté d'écrire au duc : Nous voyons que les outrages proférés contre Sa Sainteté et contre Sa Majesté Impériale déplaisent fort à Votre Grâce, et nous faisons savoir à Votre Grâce que nous ne tolérerions pas davantage l'injure faite à Sa Majesté, si nous pouvions voir de nos yeux et nous rendre compte par nous-mêmes'. » La vérité, c'est qu'on ne voulait rien savoir, rien

de mille florins ira à la maison dAutriche et y demeurera! Grâce ;"i ces contributions, il (l'empereur Charles) pourra exiger des Allemands l'obéissance française et welche, et les mettre sous ce joug qui semble pourtant si intolérable à tous nosprinces. - Eck gourmande les princes qui ont donnéleurassentiment à ce projet : = En cela, nous voyons assez combien Dieu tous a rendus aveugles, princes, pour que vous tombiez ainsi dans la panneau les yeux ouverts, comme des oiseaux dans un piège d'oiseleur! - — Voy. .)öi\g, t. XIV, p. 16.

' ' Clément Endres dans la lettre citée plus haut, p. 274, note 1.

* Voy. la correspondance du duc Georges avec l'autorité ecclésiastique par rapport à Luther, 1522-1523, dans Chmel, Aciemiüche, p. 21-24, 36-.39, 53-56. Voy. aussi HÖFLER, Zur Kritik und Quellunhunde ,\ . II, p. 138-142. Hans de la Planitz à l'électeur Frédéric, le 14 mai 1522, dans Kolde, Friedrich dtr lUeite, p. 63.

r.E rONSIML DE KÉGENCE ET LES OUESTIONS REf-IGIEnsES. 1521-1023. 281

opposer aux agissements de Luther, rien apprendre de ce qui concernait l'active propajjandc luIlK-riennc. « Dans des fjucslions de cette nature disait peu de temps après au duc (;eorf,es le comte palatin Philippe, lieutenant impérial à ce moment, « nous n'avons absolument qu'à laisser faire '. > Lorsque Sickinp,cn avait entrepris sa grande campagne contre la constitution impériale au profit du nouvel évangile, le chargé de pouvoir de Philippe au Conseil de régence, Jean de Fuchsfein avait fait savoir à Sickingen " qu'il pouvait avoir bon courage, parce que la majorité du Conseil était favorablement disposée en sa faveur, et penchait grandement vers son parti* '). Frédéric de Saxe, forcé par un ordre exprès de la Hégence d'assister à la Diète de 1522, allait à peine jusqu'au bon vouloir, jamais jusqu'aux actes; il n'avait jamais voulu se déclarer, et son inertie servait admirablement les desseins de ceux qui trahissaient secrètement l'Kmpereur et l'Empire, en excitant la révolte dans le domaine temporel comme dans le domaine religieux. Sous sa protection, Luther, '■ librement et impunément ' , pouvait à son gré non-seulement décrier et honnir le roi d'Angleterre, allié de l'Empereur, mais encore les princes allemands, les ducs de Bavière, les électeurs de Brandebourg, les princes de HoheuzoUern et le duc Georges de Saxe. Aussi ne se génait-il pas pour les appeler « homicides, tyrans, bourreaux du peuple '. « Dans mes rapports avec Sa Sainteté, Sa Majesté Impériale et les autres Ordres ', écrivait un jour Frédéric à Luther, « j'ai toujours donné à entendre que je n'avais jamais rien eu à démêler ni avec vous ni avec vos partisans '. " 11 écrivait à l'Empereur qu'il

' Voy. Ranke, Deutsche Geschichte, t. II, p. 52.

* Voy. plus haut, p. 255.

» Spalalin à Luther, sous la dictée de l'Électeur, 13 mai 1523. Voy. Ri rkhaudt, Luthers Briefwcclifcl. t. LVII. Frédéric avait fort peu de sollicitude pour les besoins matériels de Luther; il le laissait se tirer d'affaire comme il pouvait dans tous ses embarras pécuniaires. Les lettres de Luther à Spalatin, secrétaire particulier de l'Électeur, sont, sous ce rapport, très-curieuses à consulter. En novembre 1526, Luther écrit qu'il se voit forcé de faire dette sur dette; le trésorier du prince ne se soucie nullement de lui; la nécessité et la misère le chasseront bientôt de Wittemberi;, et il en saisira volontiers l'occasion, car il est dégoilté de la dureté et de l'ingratitude de cette ville (duritiam et ingratitudinemi. De Wette, t. II, p. 433. — Ce fait semble prouver que l'attachement du peuple pour lui ne devait pas être bien vif. Le I" février 1524, Luther fait entendre de nouvelles plaintes. Depuis deux ans déjà les religieux du couvent des Augustins n'ont touché aucune dîme. Le trésorier les traite avec arrogance (satis imperiosus in nos frémit). De "Wette, t. IF, p. 473. — Luther est encore plus amer dans une lettre datée de la fin de 1524. En dépit de ses instantes prières, il ne reçoit rien. L'Électeur ne semble pas se soucier de savoir s'il pourra, oui ou non, rester à Wittemberg; il se serait depuis longtemps fixé ailleurs s'il n'eût craint que ce procédé ne fût peu honorable à la cause de l'Évangile, et n'attirât sur la conduite du prince quelque méchant blâme. Il n'avait pas voulu non plus qu'on parlât de lui comme d'un proscrit, et que les ennemis de l'Évangile aient lieu de se réjouir de le voir humilié. (Nisi contumelia Evangelii atque adeo principis me lenuisset, ne dicerer

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