‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 353 sur 477 · ADRIEN VI ET LES ETATS DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

ADRIEN VI ET LES ETATS DE NUREMBERG

devrait cependant, comme il l'en avait tant de fois supplié, ne pas exiger qu'il s'occupât de ces questions; il était affaibli par l'âge et la maladie, incompétent dans ces matières, et d'ailleurs il savait peu de chose ou rien, quant au remède qu'il conviendrait d'appliquer au mal '. Son ministre, Jean de la Planitz, déclara au Conseil de régence que l'Électeur, malgré l'édit impérial, avait parfaitement le droit d'autoriser Luther à rester à Wittemberg, car Luther n'enseignait aucune hérésie, et si l'on avait l'imprudence de le proscrire, ses disciples et émules s'élèveraient à sa place, et prêcheraient alors non-seulement contre l'Église, mais contre le christianisme et contre Dieu, de sorte qu'une complète anarchie religieuse suivrait une mesure si impolitique -.

Il n'était que trop vrai, et déjà un semblable malheur, conséquence naturelle de la révolte contre l'autorité de l'Église, se faisait pressentir de tous côtés. " Les colonnes du temple imprudemment ébranlées faisaient chanceler avec elles tous les pouvoirs temporels : la porte était ouverte à l'arbitraire. '

« Ceux qui ont insulté les lois de l'Église et les saints conciles •', écrivait Adrien VI aux Ordres réunis à Nuremberg; « ceux qui n'ont pas craint de jeter dans les flammes ou de lacérer les décrets des saints Pères, refusant toute obéissance au suprême sacerdoce, se soumettront-ils aux lois de l'Empire? Espérez-vous que des hommes

expuisus et l?etificarenliir hostes pietatis, quod sperant.) De Wette, t. II, p. 584. La même année il se plaint à Jean Hess de l'avarice des princes : - Xikil viirum, si principes in Eranjelio sua quœrunt et raptores novi raploribus veteribus insidieniur. Lux orta est, qua videinus quid sit mundus, neinpe regauin Salanae. De Wette, t. !I, p. 592. En 1525, Luther reçut en don de l'Électeur, qui s'était attribue la libre disposition des biens ecclésiastiques, le couvent des Auijustins, ainsi que les meubles, les ornements déj^lise et le jardin du monastère. Luther donna asile dan.^ ce couvent à beaucoup de religieuses et de prêtres échappés de leurs couvents. '' Un grand nombre d'objets ayant appartenu au couvent ont été dérobés '•v dit-il dans 1 inventaire qu'il dresse de tout ce qui était resté dans la maison. Il vendit les plus belles chasubles, et du prix qu'il en retira nourrit et entretint des religieuses et religieux (parmi lesquels se trouvaient plus d'un vaurien) — Voy. Sfidemann, Luthers Grundbesitz, p. 481-483.

' Le 6 janvier 1523. Voy. Blchholtz, t. II, p. 10.

* Ranke, t. II, p. 50-51. Planitz écrivait le 14 mai 1522 à Frédéric de Saxe qu'il ne serait pas éloigné d'admettre la doctrine du salut par la foi, mais qu'il était scandalisé des paroles outrageantes, des injures perpétuelles que Luther adressait sans cesse au Conseil de régence et à l'Empereur. Ce qui le concernait personnellement lui était indifférent, mais il craignait qu'avec le temps ces discours ne causa>sent des troubles fâcheux et n'aigrissent les esprits contre l'Électeur. Frédéric lui répondit (26 mai) : - Nous n'avons point de part à ces choses; ce n'est pas à notre connaissance et de notre consentement que le docteur .Marlin Luther publie ces écrits, car s'il eût voulu nous en croire, il n'aurait pas envoyé à notre cousin de Nuremberg son petit traité sur la communion sous les deux espèces, et se fût abstenu de faire paraître bien d'autres ouvrages encore, caries livres acrimonieux n'ont jamais été de notre goût. ■ — Kolde, Friedrich der Weise, p. 64.

ADIUKN V[ ET LES KTATS DE NÜREMBEKG. 1522. 283

<|ui sous nos yeux s'emparent dos biens les plus sacrés n'élendroat pas leurs mains sacrilèges vers les richesses des laïques? Épargneront-ils vos tôles, eux qui ont frappé les oinis du Seigneur? »

Adrien se proposait de traiter les affaires religieuses avec les Etats dans un esprit d'extrême condescendance.

il était impossible d'être animé d'intentions plus droites. Né à Utrech, issu d'une famille bourgeoise d'Allemagne, élevé chez les Frères de la vie commune, à ZwoUe, Adrien avait conquis de bonne heure le respect général par sa piété, sa science et l'austérité de ses mœurs. A Louvain, il avait occupé une chaire de théolo{>,ie; plus tard, nommé précepteur du jeune Charles d'Autriche, il avait été char{'é pendant quelque temps de la direction des affaires d'Espagne en qualité de lieutenant impérial '. A la mort de Léon X, survenue le 1" décembre 1521, il avait été élevé au trône pontifical par le colléjje des cardinaux d'une façon tout à fait inattendue, et « à la joie de tous les bons >. Depuis lors toutes ses préoccupations, tous ses efforts s'étaient portés vers la réforme religieuse, l'amélioration du clergé, la délivrance de la chrétienté du joug des Turcs, et la tin des dissensions religieuses dans sa patrie d'Allemagne*.

' HÖ1LEU, Adrien VI, p. lO'J. Vov. le parallèle qu'il établit entre Adrien et Léon \, p. 114. 280-201, 222.

^ V()\ . sur Adrien les ju{;ements portés par les contemporains. Höfler, Wahl und Throbestcigunrj Adrians 11, p. 36-37. — Voici Comment Alber{^ati Vianesio, bien que peu prévenu en faveur des Allemands en sa qualité d'Italien, appréciait le caractère d'Adrien dans une lettre adressée au sénat de Bolo{;ne : ...méritasse la sua santissima rila, che curlo in queslo mondo non ha pari : da poi ancora e piacciuto alla divina dementia, che sia stato eletto in Somma l'ontifice... di che la christiana repul)lica se n' ha da rallej^rare et rendere infinite jjratie all' Altissimo, mag(i;iorrnente li subditi délia Santa Apostolica Sede. ■ F.^^ntuzzi, .Votizie degli scrittori Bnlognesi, t. I, p. 137. — Le meilleur de tOus les plans de réforme est celui qui fut remis au pape Adrien par le cardinal Egidius de Viterbe, général des .VugUSiins. Voy. Hofler, Analecten zur Geschichte Deutschlands und Italien. Compte rendu de la section historique de l'Académie des sciences de Bavière, t. IV, p. 62-89. Kgidius supplie la cour de liome de s'appliquer à la réforme des abus. Il demande la cessation absolue de la pluralité des bénéfices, la complète abolition des commendes, la levée des bénéfices réservés, etc. Il réclatne la nomination de personnes compétentes et capables aux grandes charges ecclésiastiques. Par des concessions, de secrets accords ou même des contrats positifs passés avec les princes, les choses en étaient venues à un tel point que la plus grande partie des droits et des affaires ecclésiastiques échappaient à la juridiction du Saint-Siège, pour être entièrement remis à la libre disposition des princes. Il était urgent de restreindre le plus possible ces concessions et de réformer ces abus. .Mais ces mesures si nécessaires devaient être prises avec une grande circonspection, puisqu'il n'était que trop vrai que les pontifes précédents, aux vues courtes et cupides, n'avaient pas rougi de faire un tort profond à l'Église pour un avantage momentané, etc. C'est sur le mémoire d'Egidius qu'Adrien se guida dans ses réformes; il nomma une commission spécialement chargée d'écarter dans la question des indulgences tous les abus dont les ennemis de l'Église s'autorisaient pour justifier leurs nouveautés. Il diminua de beaucoup les cas d'empêchements aux mariages.

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