‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 354 sur 477 · ADRIEX VI ET LES ETATS DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

ADRIEX VI ET LES ETATS DE NUREMBERG

Le Pape s'exprimait ; avec une franchise sans égale > sur l'urgente nécessité de réformer l'Église dans son chef et dans ses membres, et particulièrement sur les abus de la cour romaine. ^ Nous savons 11, fit-il déclarer aux Ordres par l'organe de son légat Francesco Chieregato, ■■■ que des actes qu'il faut détester ont été commis dans ces derniers temps, et que les souverains pontifes n'en peuvent rejeter la responsabilité '. Xous avons ä déplorer de graves abus dans les questions spirituelles , la transgression de beaucoup de lois existantes, sans parler des illégalités et des scandales ^ Aussi ne peut-on, en vérité, s'étonner que le mal se soit répandu du chef dans les membres. Tous, nous nous sommes détournés du chemin de Injustice; tous aussi, nous devons rendre à Dieu la gloire qui lui appartient uniquement, et nous humilier devant lui. Nous nous efforcerons, quant à nous, d'accomplir notre devoir avec le plus de zèle possible, afin que la cour romaine, de laquelle peut-être sont venus tant de maux, soit la première aussi d'où parte la réforme, et que la santé reparaisse là où le mal a eu son premier foyer. Nous nous sentons d'autant plus obligés à prendre à cet égard de sérieuses mesures que nous sommes témoins de l'ardeur avec laquelle le monde entier soupire après la réforme de la cour romaine. Nous n'avons jamais ambitionné le suprême sacerdoce; nous n'avons accepté la dignité de premier pasteur que dans l'espoir de rendre à la sainte Eglise, l'épouse du Sauveur, sa beauté primitive, de venir en aide aux opprimés, de donner les hautes charges ecclésiastiques à des homm.es vertueux et savants; en un mot, de ne rien négliger des devoirs d'un vrai pasteur de l'Église et d'un digne successeur de saint Pierre, m Le Pape, animé des intentions les plus loyales, promit aux Ordres que dorénavant les concordats seraient strictement respectés; que pour l'investiture des grands emplois, on n'aurait égard qu'au mérite, et qu'ils ne seraient confiés qu'à des hommes savants, pieux et éclairés. Il réclama ensuite l'avis des États sur les moyens les plus opportuns d'arrêter les progrès des novateurs religieux.

abolissant par conséquent les dispenses qui en dépendaient, supprima un grand nombre de cas réservés, de coadjutoreries, de survivances et autres usages qui peu à peu s'étaient écartés des règles. Il abolit également un grand nombre de charges auxquelles étaient attachés de grands revenus, et qui servaient bien plus les goilts fastueux du clergé que les intérêts de la religion. Il prit soin de ne confier les emplois ecclésiastiques qu"à des hommes pieux, éclairés; il avait coutume de dire ; ■ Je veux orner les églises de prêtres, et non les prêtres d'églises. Pour plus de détails, voyez Höfleu, Adrien II, p. 208, ff.

' " Scimus in hac sancta sede aliquot iam annis multa abominanda fuisse abusus in spiritualibus, eicessus in mandatis et omnia denique in perversum mutata. >

- ' ...Ut primum curia hax, unde forte omne hoc malum processit, rei";>rmetur. •

ADRIEN VI ET LES KT AT. S DE NUREMBEliG. 15Î2. 285

Ce fut un in.s(;iQt solennel dans l'Iiisloire du peuple allemand.

Plein de coufianee et de bon vouloir, le Sainl-Père s'adressait aux chefs s|)iritueis et temporels de ce peuple dont lui-même était issu, et qu'il aimait si profondément. Il leur faisait part de ses douleurs, de ses angoisses paternelles, de ses désirs pour le bien de la clirélienté, réclamant leur conseil, leur aide, et les avertissant que si les institutions ecclésiastiques venaient à s'écrouler, leur chute serait infailliblement suivie de la ruine des inslitulions temporelles. Si l'on lolère ou excite dans le royaume les dissensions relijjieuses, les séditions contre l'anforilé >■., disait-il, «jamais on ne parviendra à opposera la fureur des Turcs une résistance heureuse, et des guerres intestines s'élèveront au cœur même de l'Allemagne. " Le Pape insistait donc pour la loyale exécution de l'édit de Worms. Tous les articles de foi à propos desquels Luther s'écartait du symbole catholique avaient été depuis longtemps définis par différents conciles; il était impossible de remettre en question ce que les conciles généraux, ce que l'Église universelle avait décidé et reçu comme article de foi. " Si nous touchons à ce que l'Église a défini, dès lors il n'y aura plus rien de stable ni de solide parmi les hommes. " « Jusqu'où iraient les disputes, les querelles, si le premier présomptueux venu pouvait à son gré nier ce qui a été confirmé et sanctifié non-seulement par le jugement d'un ou de quelques liommes, mais par l'assenliment unanime de tant de siècles, et par les plus sages d'entre les chrétiens? Si Luther et les siens rejettent aujourd'hui les saints conciles, s'ils anéantissent les lois et les ordonnances du passé, bouleversant tout au gré de leur caprice et plongeant le monde entier dans la confusion, il est évident qu'une telle conduite, s'ils y persévèrent, doit les faire regarder comme ennemis et perturbateurs de la paix publique par tous ceux à qui cette paix est chère '. •; Pour le redressement des abus, la restauration de l'ancienne discipline religieuse, l'apaisement des troubles, le nonce proposait aux Ordres un grand remède : la convocation d'un concile (rcuménique dans une ville allemande-.

' Lettre d'Adrien aux princes, et son instruclion pour le nonce Cliieregato datée du 2^ novembre 1522 dans Reynald, ad armum 1522, n" 60-71. Burmann, Hadrianus II. sivc ânaUcla historica de Hadriano sexto TrajecCino, Papa Boviano [Trajecti adRhenum). 1727, p. 375. Voy. Blchholtz, t. II, p. 7 22. — Voy. HÖfler, Anakcten iur Geschichlc Deulsclilandund llalicns, p. 45-46, ei Adrien II, p. 260-275. Le bref d'Adrien à l'électeur Frédéric de Saxe souvent réimprimé et qui passe pour authentique, n'est pas un acte officiel, mais simplement un travail privé dil à Cochla-us. — Voy. l'article d'OTTO dans le Katholik, ann. LUI, livraison d'août, p. 237-242.

* « Non defuturum pontificem suo muneri in toUendis acerbioribus imperiis, si qua Germaniaï a Roniana curia imposita essent, mitigandis exactiouibus, abolendis corruptelis, si qua' irrepsissent, atque etiam concilium œcumenicum ad restituandam in prislinuni splendorem distiplinam ecclesiasticam, motusque omnes scdandos in Germanica urbe celebraturum. ■ Ray.nald ad annum 1523, n" 2. Chieregato écrivait le 20 janvier 1523 au marquis de Mantoue : « La sola

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