‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 359 sur 477 · NOUVEAUX LIBELLES DE LUTHER · texte numérisé non relu

NOUVEAUX LIBELLES DE LUTHER

temps qu'il eût dû « empoigner plus vigoureusement " ce turbulent despote. Il n'ignorait pas que le ton violent de ses écrits les faisait attribuer au diable. En les lisant, on s'était attendu à voir le ciel tomber sur la tête de leur auteur; mais il en était arrivé tout autrement : " Nous sommes maintenant en un temps où l'on s'en prend aux grands personnages, malgré toute la surprise qu'ils en éprouvent. On verra bien, avec le temps, ce que Dieu avait en sa pensée '! » Il est certain que Luther trailait le Pape encore plus brutalement que Georges. Lorsque Adrien eut mis au nombre des saints Bennon, évéque de Meissen (31 mai 1523), Luther publia un pamphlet intitulé : Contre le nouveau J?tiche et le vieux diable quoii va béatifier à Meissen. « Satan, qui vit toujours pour se moquer de Dieu «, y disait-il, " se fait maintenant glorifier et adorer avec des vases d'or, d'argent, et le plus pompeux appareil, sous le nom de Bennon. « « Dieu permet, dans sa colère, que des tyrans et des persécuteurs aveugles et endurcis comme le Pape et sa séquelle, qui ne veulent ni tolérer ni entendre l'Évangile du salut, mettent leur confiance dans le mensonge, l'imposture inouïe, l'œuvre du diable, afin d'être plus sûrement damnés. » Dans ce nouveau libelle le Pape était de nouveau appelé « hypocrite, détestable ennemi de Dieu et de sa parole >•. Six éditions le répandirent dans tous les territoires allemands ^

La Diète avait décidé que les prêtres qui prendraient femme, les religieux qui abandonneraient leur couvent, perdraient leurs privilèges, leurs bénéfices et prébendes.

Luther, comme si tout cela eût été non avenu, publie, le 23 mars 1523, une instruction adressée aux chevaliers de l'Ordre Teutouique où il les exhorte à « violer leurs vœux, à se marier, puis à partager entre eux les biens de l'Ordre ". " Vous jouissez », leur dit-il, " d'un rare privilège; il a été largement pourvu à votre entretien lemjiorel; il vous est donc facile de partager entre vous vos revenus, et de devenir ensuite propriétaires, fonctionnaires, en un mot de vous rendre utiles au pays d'une manière quelconque. Vous êtes à l'abri du misérable motif qui retient tant de moines mendiants ou autres religieux dans leurs monastères : je veux parler des nécessités du ventre. « 11 n'était guère probable, selon lui, que les chevaliers eussent quelque chàtimeat à redouter : « Je suis presque certain que beaucoup d'évêques, d'abbés et autres seigneurs ecclésiastiques se marieraient bien vite, pourvu que d'autres consentissent à leur en donner l'exemple, que la voie leur fût aplanie et que les affranchis

' Le 4 février 1523 (mercredi après la Purifica(ion). De Wette, t. II, p. 306. — Voy.HöFLER, Zum Kriiik und Quellenkunde, t. II, p. 135-137, et les passages extraits des lettres de Planitz à l'électeur Frédéric, dans Buchholz, t. II, p. 26, note.

2 Sammtl. Werke, t. XXIV, p. 237-257.

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