‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 360 sur 477 · NOUVEAUX LIBELLES DE LUTHKK · texte numérisé non relu

NOUVEAUX LIBELLES DE LUTHKK

fussent en assez {jrand nombre pour n'avoir aucune humiliation à redouler, aucun risque à courir; mais il faudrait pour cela que la chose passât pour louable et honorable aux yeux de tous. » Luther exhortait donc les chevaliers à montrer le chemin à leurs frères, et à donner « un consolant exemple ". « Voyez, voici maintenant le temps favorable, voici le temps du salut! La parole de Dieu luit et nous appelle. Vous ne manquez pas de bons motifs pour suivre mon conseil; vouS êtes libres, et de plus il est de votre intérêt temporel denrccouter. La seule chose qui puisse vous arrêter, c'est le jugement d'un monde insensé. En effet, on dira : Voilà qui va bien! les chevaliers de Sainl-.lean en font de belles! Mais ne savons-nous pas que le prince de ce monde est déjà jugé? Ne doutons point que ses opinions et celles du monde ne soient réprouvées par Dieu. " " Si Ton allègue que la coutume des vœux religieux est une ancienne tradition qui remonte aux apôtres, qui a été enseignée et confirmée par un grand nombre de conciles et par les saints Pères , sachez que tout cela n'est qu'aveugle folie, car Dieu a dit : Je veux que tu aies une aide, je ne veux pas que tu vives seul. Or Dieu était avant tous les conciles et tous les Pères. Item, l'Écriture est aussi plus ancienne, et elle a une bien autre autorité que tous les conciles et tous les Pères mis ensemble. Item, les anges sont tous du côté de Dieu et de l'Écriture. Item, l'usage établi depuis Adam est plus ancien que l'usage établi par les papes. » Il n'était pas besoin d'attendre sur ce point les décisions du futur concile, et Luther va jusqu'à tracer les lignes suivantes : « Quand bien même un, deux, cent, mille conciles et plus encore, auraient décidé que les clercs peuvent se marier tout en restant fidèles à la parole de Dieu, j'aurais plus d'indulgence, plus de confiance en la grâce de Dieu pour celui qui aurait eu pendant sa vie une, deux ou trois concubines, que pour uuautre qui, afin de se conformera la décision d'un concile, n'aurait eu qu'une femme légitime, et sans cette décision, fiit resté dans le célibat. Je voudrais enseigner à tous, au nom de Dieu, que personne ne doit se marier parce qu'un concile l'y a autorisé, sous peine de perdre son âme, et qu'il n'a qu'une chose à faire, c'est de commencer par s'essayer à vivre dans la chasteté, puis, s'il comprend qu'une telle vie est impossible, de ne point se décourager de sa faiblesse et de son péché, et d'invoquer le secours de Dieu '. "

Dans un autre écrit, intitulé : Comment les vierges peuvent quitter leur monastère sa7is désobéir à Dieu (avril 1523), il appelle Léonard Koppe, bourgeois de ïorgau, qui, sur son conseil, venait de « déli-

• Siimmtl. Werke, t. XXIX, p. 17-33. — Voy. l'analyse de celte lettre, « chefd'œuvre de sophistique cbarnelle •, dans Rass, Convertiten seit der Reformation, t. I, p. 443-446.

294 NOUVEAUX LIBELI-ES DE LUTilEH. 1523.

vrer ' du couvent de Nimptsch neuf religieuses (parmi lesquelles se trouvait Catherine de Bora), le >< bienheureux larron ■■. Luther le compare au Christ, qui, lui aussi, a été ici-bas un puissant ravisseur, ayant par sa mort dépouillé le prince du monde de son armure et de ses biens. « Tous ceux qui sont du parti de Dieu doivent regarder le rapt de ces religieuses comme une action très-louable, et Léonard peut être certain que tout a été conduit par Dieu même, sans que sa volonté ou son industrie y aient été pour quelque chose '. » Dans une lettre adressée au Conseil de régence, il affirme que les vœux religieux imposent à l'homme un devoir impossible à remplir : « Quel est celui d'entre vous qui, ayant fait voeu de voler comme un oiseau, pourrait accomplir sa promesse sans un miracle? Eh bien, il est tout aussi difficile à un homme ou à une femme de garder le vœu de chasteté, car Dieu n'a pas créé l'homme pour la chasteté, puisqu'il lui a dit : Crois et multiplie. Celui qui voudrait retenir sa fiente ou son urine ne le pourrait pas : que pouvons-nous donc faire '^^ "

Et dans un sermon sur le mariage, il donne comme un commandement regardant tout le monde la doctrine suivante : « De même qu'il n'est pas en mon pouvoir de n'être pas un homme, de même il n'est pas en mon pouvoir de rester sans femme. Et vire versa : de même qu'il n'est pas en ton pouvoir de n'être pas une femme, de même il n'est pas en ton pouvoir de te passer d'homme. Car il ne s'agit pas ici d'une chose laissée au caprice, ou simplement d'un conseil; il s'agit d'un devoir de nature, d'une obligation indispensable. Tout homme doit avoir une femme, et toute femme doit avoir un homme. La parole que Dieu a prononcée : Croissez et multipliez, n'est pas un commandement, elle est plus qu'un commandement; elle procède d'une disposition divine qu'il n'est pas en notre pouvoir d'entraver ou de laisser de côté, parce qu'elle est tout aussi impérieusement vraie que mon titre d'homme est vrai. L'acte du mariage est de nécessité plus urgente que le manger et le boire, plus imposé que le vomissement ou le crachat, le sommeil ou la veille. » Sans un appel particulier de Dieu, eùt-on fait mille vœux et serments, employât-on la discipline d'acier ou de fer, personne ne devait se laisser détourner par de vains raisonnements de ce commandement divin : Croissez et multipliez. « Tous les moines et religieuses qui n'ont pas la foi et se confient dans leur genre de vie et dans leur chasteté «, dit Luther, « ne sont pas dignes de bercer un enfant baptisé ou de lui faire de la bouillie, même s'il s'agissait de l'enfant d'une fille ; car leur couvent et leur Ordre ne sont pas fondés sur la

Voy. DE Wette, t. II, p. 321.

De Wette, t. II, p. 372

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parole de Dieu, et ce qu'on y pratique est moins agréable à ses yeux que ne Test la mère d'un enfant, même illejyitimc ' ! )-

Lullicr avait dès lors uu tel sentiment de sa puissance, qu'il n'accordait aucune atlention aux ordres de l'électeur de Saxe. Frédéric ayant décidé que le service divin serait célébré comme par le passé à Wiltemberg, et que le culte calliolique y serait mainlenu, Luther, aux yeux duquel ce culte était « une abominable idolâtrie ', enjoint aux chanoines de la caihédrale (11 juin 1525) d'avoir à l'interdire, pour ne pas donner aux gens le moindre motif de penser que la parole de Dieu restât sans ibrce et sans fruit à Wittemberg. (Jue si les chanoines refusaient de se « soumettre » et d'adhérer au saint Évangile, Luther les avertit « qu'il ne les regardera plus comme chrétiens ". Frédéric « pouvait à sa guise donner ou refuser son consentement » , les fidèles n'avaient nullement à s'en préoccuper, par la raison qu'il s'agissait là d'une question de conscience. Et comme les chanoines, comptant sur l'appui de l'Électeur, ne faisaient pas mine d'obéir, Luther leur adresse une lettre de menace : ' Comme je pressens et m'aperçois «, leur déclare-t-il, « que la grande patience que nous avons exercée envers l'idolâtrie, envers les usages diaboliques et établis dans vos églises, n'a porté aucun fruit jusqu'ici, mais plutôt a augmenté et fortifié votre obstination et votre audace, je vous prie maintenant très-cordialement de mettre fin â toute cette comédie séditieuse et sectaire, et je vous exprime le sérieux désir de vous voir abolir les messes, les vigiles et tout ce qui est contraire au saint Évangile; prenez en gré cet ordre, afin que nous puissions affirmer devant Dieu et devant les hommes que vous êtes décidés à renoncer à votre société diabolique et à la fuir désormais. Que si vous vouliez résister, soyez certains que je n'aurai de repos que quand je vous aurai contraints à l'obéissance et saurai bien me passer de vos remerciments. Dirigez-vous d'après cet avis, et sachez que je vous demande une réponse précise et nette, un oui ou un non formel, dès dimanche prochain*. » La liberté évangélique, si hautement proclamée par Luther, consistait donc, pour les chanoines, à renoncer à leur foi, malgré leur conscience, pour adhérer (^ à l'Évangile -. Quant à l'exécution de sa menace, Luther,

' Sämmtl. ll'erkc, t. \x, p. Ô8-59, 79-80. Les femmes aussi ie firent les apôtres de semblables doctrines. Argula de Grumbacb, femme auteur d'un certain talent, zélée disciple de Lutber, ardente à le défendre, écrivait en septembre 1523 au duc Guillaume de Bavière : ■ Prononcer le vœu de chasteté, c'est comme si l'on faisait \œu de toucher le ciel avec le doigt, ou bien de voler; cela n'est point au pouvoir de l'homme. » Lipowski, Beilage, VI. — Voy. les vers facétieux adressés à Argula par un étudiant dliigolstadt, et sa réponse, Beilage, IV et V.

- Voy. DE Wette, t. II, p. 354-356, 365. — Voy. ces lettres dans Kolde, Friedrich der ll/'eise,p. 65-68.

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