EXPLICATIONS DONNÉES SUR DE PRETENDUS PRODIGES
en cette occasion, ne pouvait compter sur le bras séculier, carTElecteur avait promis sa protection aux chanoines. En cas de résistance, il eiU été obligé de s'appuyer sur la populace. Mais les chanoines ne le mirent point dans cette nécessité. Ils cédèrent. Luther obtint ce qu'il désirait : le culte catholique fut aboli à Wittemberg.
« Tous les moyens te sont bons pour propager tes hérésies ", s'écriait un polémiste contemporain en s'adressant à lui ; " mais les miracles, prétends-tu dans ta folie, ne sont pas expédients en ce moment. Tu donnes ainsi à entendre que tu pourrais en opérer le jour où cela te conviendrait'. Et dès maintenant, pour c)ntenter et ta langue venimeuse et ta rage contre le Pape et l'Eglise, tu essayes de te rendre populaire eu invoquant de prétendus prodiges-. ;>
Il en était vraiment ainsi. Luther et Mélanchthon, pour combattre l'Église , exploitaient les bruits qui circulaient parmi le peuple touchant des monstres fantastiques, des signes merveilleux dans le ciel, des naissances prodigieuses sur la terre. Ainsi, par exemple, le Tibre, à Rome, avait, assurait-on, vomi un animal épouvantable qui avait la tète d'un àne, la poitrine et le ventre d'une femme, les pieds d'un bœuf, un pied d'éiéphanl à la place de la main droite, des écailles de poisson aux jambes et une tète de dragon au bas du dos. Un autre animal merveilleux, produit avorté d'une vache, était venu au monde à Waltersdorf, près Freiberg, en Misnie. Ces » animaux prodigieux • remplissaient de terreur les imaginations, et Luther et Mélanchthon entreprirent d'expliquer au peuple le sens mystérieux de ces apparitions étranges. Cette Explication des deux horribles figures, l'ànc-pape de Rome et le moine-veau de Freiberg, fut propagée par beaucoup de brochures précédées de gravures (1523) '\
i: De même que Daniel avait prédit le règne de l'Antéchrist de
' Allusion au sermon pour le jour de l'Ascension publié par Luther en 1522. Nous y lisons : ■ Maintenant que rÉvan[;ile est partout répandu et qu'il est connu dans le monde entier, il n'est plus nécessaire de faire des miracles comme au temps des apôtres; m;iis si la né'^essité le demandait, si la cause du saint Évangile était en péril, il faudrait nous y mettre, et opérer des miracles plutôt que de laisser outrager et opprimer l'Évangile. Toutefois, j'espère que cela sera inutili\ et que les choses n'en viendront pas là. Il en est de même pour le don des langues. Il n'est pas nécessaire que je parle neuf langues, puisque vous pouvez tous m'entendra et me comprendre! • « Personne", ajoutait-il, « ne devait avoir la témérité d opérer des miracles à moins d'une nécessité urgente! > Sämmtl. Werke, t. XII, p. 200-201. — Voy. plus haut, p. 167.
^ Gloss uttd Comment, uff LXXX Artikeln und Ketzereyen der Lutherischen, etc. Bl. 11.
' Voyez-en ia liste dans les Sämmtl. Werke, t. XXIX, p. 1-2.
EXPIJCATIONS UONNÉES SUR DE PRÉTENDUS PRODIGES. 1523. 297
Rome afin que tous les vrais chrétiens pussent être préservés de sa malice, de même de nos jours, et dans le même but > , dit.Mélanchthon expliquant l'ûne-pape, •• beaucoup de signes nous sont envoyés par Dieu. " Dans l'animai merveilleux de Rome « le Seigneur lui-même » avait voulu figurer l'abomination du papisme. La tête d'âne signifiait le Pape; le pied d'éléphant, son gouvernement spirituel, par lequel il foulait, angoissait et martyrisait les âmes. Le pied de bœuf désignait les serviteurs du Pape, les docteurs papistes, les prédicateurs, curés et conlesseurs, et tout particulièrement les théologiens scolastiques, ' car cette race maudite n'est occupée qu'à faire peser sur le pauvre peuple les intolérables lois du Pape, dans ses prédications, docirincs et confessionnaux, tenant captives, comme sous un pied d'éléphant, les consciences malheureuses; ils sont comme les colonnes, le pied et la base du papisme, qui, sans eux, n'aurait jamais pu se maintenir si longtemps, car la théologie scolastique n'est que vanité, rêverie, mensonge, damnation, bavardage de Satan, songe de moine «. — -' Le ventre et la poitrine de femme représentaient les cardinaux, les évêques, les prêtres, les moines, les étudiants, et semblables gens débauchés et pourceaux engraissés. Les écailles de poisson signifiaient les princes et seigneurs temporels, attachés au papisme et à son gouvernement. Ces princes soutiennent le papisme comme s'il était légitime et comme s'il émanait de Dieu; ils défendent son gouvernement spirituel et temporel, ses lois odieuses, ses doctrines, ses canons; ils conservent et augmentent ses revenus, à l'aide desquels le clergé fonde des abbayes, des couvents, des Universités, des églises, où les magisters, prédicateurs, confesseurs, docteurs casuistes ou théologiens poursuivaient leur complot sur (,me large échelle, le consolidant et l'affermissant à leur aise. " Mais la tête placée au bas du dos annonçait que le papisme touchait à sa fin, et que, sans l'appui de mains humaines, il tomberait bientôt de lui-même de vétusté. " C'est pourquoi j'avertis tout le monde > , concluait Mélauchlhon, ' de ne pas mépriser ces g^rands signes de Dieu, de se garder de l'Antéchrist maudit et de toute sa troupe, et par conséquent des princes séculiers qui soutiennent le Pape. »
Luther fit suivre cette explication d'un ^ puissant Amen ».
L'âne-pape n'aurait rien de particulièrement effrayant «, dit-il, ' si Dieu lui-même n'avait envoyé et manifesté de telles merveilles et de si monstrueuses images. Le monde entier doit en frémir (l'épouvante, car la souveraine majesté de Dieu les a créés et présentés à nos yeux pour que son dessein et sa pensée fussent clairement révélés au monde. » Si l'on ne pouvait s'empêcher de ressentir de l'effroi à l'apparition d'un esprit ou d'un démon; si l'on tressaillait malgré soi dès qu'un bruit violent se faisait entendre, tout cela