EXPLICATIONS DONNÉES SUR DE PRETENDUS PRODIGES
n'était que jeu d'enfant, comparé à cette horrible apparition, où le jugement de Dieu se manifestait si clairement, d'une façon si terrible.
De même que le pape-âne annonçait la chute de l'Antéchrist, le moine-veau signifiait la ruine de toute la monacaille. ■ Le seul aspect de ce veau nous prouve évidemment que Dieu est l'ennemi de la moinerie. Mais les papistes obstinés ne voudront pas accepter celte interprétation; ils n'y verront qu'une nouvelle raison de se scandaliser et de s'abstenir, de sorte qu'ils ne parviendront jamais à la véritable intelligence des choses, et ne corrigeront point leur vie incrédule. De même que Balaam, pour n'avoir pas obéi à Dieu, fut à la fin châtié par une ânesse, et néanmoins ne se convertit pas, ainsi nos pères spirituels, après avoir, comme des vipères, bouché leurs oreilles à l'Évangile, voient de leurs propres yeux comme en un miroir ce qu'ils sont aux yeux de Dieu, l'estime où on les tient dans le ciel, et cependant Dieu permet qu'ils ferment les yeux pour ne rien apercevoir, de peur que, venant à se convertir, ils n'échappent à sa terrible sentence. »
« Par tous ces signes miraculeux », Dieu donnait à entendre ' qu'un grand désastre, une vaste révolution se préparait, révolution qui très-certainement concernait l'Allemagne ». « Quels changements verrons-nous s'opérer, et comment se produiront-ils? C'est aux prophètes qu'il appartient de le dire. = La « lumière évangélique qui s'était levée avec tant d'éclat » avait été suivie de tous côtés - de grands bouleversements, par la faute des incrédules ' ». Les pro-
' Sammil. Werke, t. XXIX, p. 2-16. La lettre de Luther à Link (16 janvier 1523) explique ces dernières paroles : « Unum nionstrorum ego interpréter, modo omissa generali interpretatione monstrorum. quae sifjnificant cerio renan publicarum mutotioiiem per belln potissimum. Quo et mihi non est dubium Germaniœ portendi lel summam belli calamitatcm vel exlremum diem : eiJO tantum versor in particulari interpretatione, quae ad monachos pertinet. » — De Wette, t. II, p. 301. Contre l'explication donnée par Luther du moine-veau, Emser publia sa brochure
intitulée U' y der den falsch genannten Ecclesi asten. II y soutient (feuille t. et V.) » que
le moine-veau ne désigne personne sinon Luther et les meines défroqués qui lui font cortège, car depuis le commencement du monde -, dit-il, » des signes si extraordinaires et s-iirnaturels ont toujours désigné les méchants et non les bons. C'est pourquoi le froc, dans le veau représenté par la gravure, n'est pas entier, mais morcelé et déchiré. » Le Bénédictin Nicolas Ellenbog, d'Ottobeurn, composa quelques années après le l'ituU monachilis Lutheri covfutaiio pro monasiicœ x-iiœ de/cnsione, écrit sur lequel On trouvera d'amples détails dans Geiger, Ellenbog, p. 42-47. «Les monstres •, dit Ellenbog, « les défauts naturels, les créatures venues au monde avec des signes contredisant les lois ordinaires de la vie, ne sont nullement destinés à nous prédire l'avenir. On ne saurait donc en conclure, comme Luther, qu'une tran.^formation est toute prête à s'opérer dans le monde. - - La guerre des paysans », demande-t-il à Luther, « serait-elle par hasard la suite de ce vitulus? A-t-elle été provoquée par un événement surnaturel? N'a-t-elle pas bien plutôt sa raison d'être toute simple dans les écrits pernicieux par lesquels tu excites les paysans et le peuple à se
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pliètes, c'est-à-dire les astrologues, prédisaient depuis longtemps qu'en 1521 de grands prodiges apparaîtraient au ciel et ^^ur la terre, précédant le soulèvement général du peuple, et ce redoutable liundsc/ni/i, qui devait bientôt bouleverser les villes et les campagnes '.
« Les habitants des villes et des campagnes seraient pour ainsi dire forcés de se révolter ", écrivait Cochlaeus en 1522, quand bien même ils ne seraient pas positivement encouragés à prendre en main l'arquebuse et le hoyau pour abattre et détruire ", tant sont nombreux les pamphlets, les libelles qui circulent parmi le peuple contre l'autorité papale et temporelle, et tous ceux qui, ayant en main pouvoir et richesse, refusent d'abjurer la foi de leurs ancêtres. Luther lui-même déclare que son Évangile ne saurait être prêché sans sédition et sans émeute-; il déverse à pleines mains l'outrage et le mépris sur
soulever contre l'Empire et les moines ? • Qua tu, Luthere, ratione, qua philosophia, qua scripluia clocebis illum consequentia : natus est vitulus monstrosus, ergo prétendit nialum Allemannie ? Cur non Ualis, quum tarnen Ilaliam istis temporibus maxiniis beilis attritam sciamus ? Verum quidem est, quod per iiniversam AUtmanniam farta est iiisigniset iiiaudita rusticorum coutra dominossuos conspiratio et tam nobiles quam monachi fu;;ere compulsi sunt de suis locis ad civitates iiiuratas, ne incideient in manus rusticorum furientium. Sed numquid id propter viiuhim tuum factum est? Id potissimum feceiunt tua pesiifera scripta, quibus rusticos et pkbeios contra nobiles et reiigiosos concilasti, et baec evangejii lui novi perfeclio, hic fructus. •
' Voy. plus haut, p. 200-201.
'■^ Dans un sermon publié en 1522 {Sermon pour le dimanche après l'Ascemion du Seigneur], Luther dit : « Ici la raison s'écrie : Pourquoi ne pourrait-on pas prêcher l'Évangile tout simplement, tout rondement, sans qu'il y ait des révoltes dans le monde? Alois tout irait bien ! C'est te diable gui parle ai/isi; car lorsque je crois et prêche que seule la foi dans le Christ opère et dirige tout, je me heurte aux singeries du monde entier, je contredis ce que les plus sages et les plus saints des hommes ont pensé jusqu'ici. Aussi ne peut-on toltrer un tel langage. L'enseignement du Christ et celui des hommes ne sauraient marcher de compagnie, l'un des deux doit nécessairement être vaincu, .le dis donc que la foi chrétienne est uniquement fondée sur le Christ, et qu'il ne faut y ajouter ni œuvres surérogatoires, ni lois humaines. Mais beaucoup ne veulent renoncer à aucun prix à leurs lois, à leurs usages; de là les séditions. les dissensions, les révoltes. Voilà pourquoi là où est l'Évangile et la confession du christ, là surviennent les émeutes et le trouble, car sa parole renverse tout ce qui lui est opposé dans la pensée de l'homme. De même que le Christ ne peut cesser d'être le Christ, de même d'un moine ou d'un prêtre on ne peut faire un chrétien. Par conséquent, là où sont les prêtres et les moines, un incendie doit nécessairement s'allumer, et la guerre est inévitable. » Sümmtl. Werke, t. XII, p. 245-246.
la doctrine des Pères et la foi de sa propre jeunesse '. " J'ose affirmer ", dit-il ailleurs en s'adressant à Luther, « que notre religion n'a pas été outragée par Julien l'Apostat comme elle l'est aujourd'hui par tes libelles et ceux de tes disciples; la presse les répand par milliers en tous pays, dans les villes et jusque dans les moindres bourgades. " « Le bruit court qu'un Bundschuh se prépare, et en effet nous pouvons nous attendre à le voir éclater; il ne lardera pas à mettre en pièces tout ce qui est encore debout dans nos vieilles institutions. » Luther veut enrichir par le Bundschuh les mendiants et les nécessiteux; il veut leur abandonner toutes les abbayes (excepté celles des nobles), les couvents, les oratoires des champs, les chapelles de pèlerinages. En vérité, si la chance les favorise, ils auront là, en effet, un joli bénéfice! « Je suis le premier à reconnaître que malheureusement il existe beaucoup d'abus dans le clergé; mais à cause de cela, faut-il donc jeter bas les églises et les monastères? Alors il faut aussi détruire toutes les cours princières, car certes aucune d'elles n'est irréprochable, toutes donnent asile à de nombreux vices! Tu viendrais peut-être encore à bout de ce dessein à l'aide d'un Bundschuh; mais comment feras-tu pour anéantir aussi toutes les professions, toutes les conditions humaines? Montre-moi une corporation, un métier, un gouvernement, un état, une vie qui soient absolument exempts de reproche! Tu prétends justifier tes doctrines hérétiques en prétextant les iniquités et les scandales du clergé, et par de tels discours tu (lattes adroitement et doucereusement le peuple. Tu ne peux accuser Emser ni moi - de vouloir défendre et soutenir les vices
' cité dans le : Gloss und Comment, ujï LXXX .■ivlilcln und /i'etzereyen der Luther i schert, Bl. L«.
- Jérôme Emser, dans un avertissement contre le soi-disant Ecclésiaste, Bl. M*, N*et R, s'exprime ainsi : ■ Il est quelques abus qiii me déplaisent tout autant qu'à Luther, et je loue les hommes éclairés et savants qui ne combattent ces nombreux al)us qui s'enracinent encore tous les jours parmi nous, que par devoir et charité chrétienne, avec bon sens, mesui'e, safjesse et tous les égards convenable.s, non pour médire des évêques, mais pour affaiblir et extirper tous les scandales qui répugnent à leur loyauté et leur sont insupportables. Mais Luther diffame, maudit, tonne, se démène, rage comme un chien furieux, sans raison, mesure ni sagesse, et l'on s'aperçoit bien vite que ses discours ne proviennent pas d'un esprit de charité, mais d'un sentiment de dépit, de colère, d'envie et de haine. Il ne parle point pour améliorer, mais pour détruire; il en vent moins aux abus qu'aux archevêques et aux évêques, simplement par^e qu'ils sont évêques et archevêques. » " Il est incontestable que nous avons donné à nos accusateurs de grands sujets de prendre le ton qu'ils affectent, que notre vie a été mauvaise, corrompue, que notre passion pour les honneurs et pour l'argent est notoire, car il semble que nous voulions accaparer le monde entier et faire tout entrer dans notre sac. • " Il se pourrait bien que beaucoup, non-seulement d'évêques, mais de simples ecclésiastiques, aient montré trop grossièrement leur cupidité au grand jour, qu'ils aient inventé et ajouté de nouveaux motifs, plausibles en apparence, de grossir la dîme qui leur est due. Il s'en trouve aussi qui prodiguent l'argent,
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et les scandales des clercs! Que Dieu nous en préserve! IJien plutôt voudrions-nous t'aider à déraciner le mal là où la chose serait raisonnable et juste, et où nous y pourrions apporter queUpie remède. Mais Jésus-Christ ne nous a jamais indiqué le chemin où lu marches avec tant d'emportement et d'orgueil. 11 ne nous a jamais parlé d'Antéchrist, de filles publiques, de repaires du diable, de forfaits hideux; il ne s'est pas servi des injures inouïes que tu profères, parlant sans cesse, outre cela, de glaive, de sang, de mains sanglantes! 0 Luther, jamais l'exemple du Christ n'a pu te tracer une pareille voie, car le Christ était doux et humble de cœur! Tu accables l'Église d'injures; tu la diffames publiquement, devant le monde entier, aux yeux des chrétiens, des hussites, des .Juifs; tu ne cesses de l'outrager par tes mille petits livrets, et tu t'élèves non-seulement contre tes frères, mais contre le Père commun des fidèles, contre le Pontife suprême de Dieu! Cependant, malgré tant de rage, tu ne fais rien qui vaille; tu n'arrives ni à aider ni à corriger les âmes. Tu ne réussis qu'à faire naître les scandales; tu es cause de cent mille péchés de médisance et d'insulte. A tout cela, tu mêles beaucoup d'erreurs, et tu gâtes toutes choses; tu fournis et conseilles des moyens illégaux et antichréliens d'abolir les églises et les monastères. ■> « Luther >-, dit plus loin Cochheus, « ne recrute ses partisans que parmi les poètes, les paysans, les ennemis des prêtres ou les pauvres hères qui espèrent gagner quelque chose au Bundscliuh. Ceux-là ne se préoccupent guère de sa doctrine! Les luthériens ne suivent leur chef qu'autant qu'il s'emporte contre la prêtraille et les riches marchands. Si, grâce au Bundschuh, ils pouvaient happer les biens des prêtres et l'argent des gros bourgeois, abolir les redevances et les dimes, ils redeviendraient ensuite bien volontiers tout aussi bons chrétiens que l'ont été leurs parents '. »
et pour lesquels un évêché est un morceau trop petit ^ -Que le Dieu tout-puissant nous accorde la grâce de nous connaître nous-mêmes, d'améliorer notre vie, chacun selon notre état, et nous donne la force d'édifier de nouveau le peuple, afin que non-seulement notre doctrine, mais notre vie soit droite, féconde et sainte! ^ — Voy. aussi les passages cités par Waldau, p. 38-40.
' Gloss und Comment, auf den 1 8 Arlikeln. Bl. B. C. '. Gloss und Comment, au/ 154 Artikeln, Bl. A'. N^ et B'-^. ' Si vous croyez que Lutber vous prêche une saine doctrine, pourquoi ne l'adopiez-vous pas? Pourquoi louez-vous les discours des réformateurs, et des que queliiU'un met ces discours en pratique vous scandalisez- Yous au>sitôt de l'innovation? Si vous, moines vagabonds, vous, prêtres nouvellement mariés, vous n'en observez rien, quel enseignement de Luther mettezvous donc en pratique? car il écrit et enseigne des choses encore plus grossières. » (Bl. A *.) Luilier s'efforce de détacher les chrétiens de l'unité de l'Église pour les joindre à la troupe bohème des hussites : ' Et cependant, Luther, toimême, il n'y a pas bien longtemps, tu avais coutume de blâmer les héi étiques, non-seulement dans tes écrits, mais publiquement, témoin le jour de la dispuie
Charles de Bodmann écrivait à son tour : « Même quand Luther, sans doute pour se faire bien venir de son électeur, répète que l'homme du peuple ne doit pas avoir recours à Tépée, ses libelles excitent à la révolte et flattent toutes les passions. Comme on les répand à profusion et par tous les moyens, il est impossible que l'émeute n'éclate, et n'amène la ruine complète de l'ordre social. Les évêques et autres supérieurs ecclésiastiques sont, à ses yeux, des homicides et des brigands dont on est tenu de détruire le gouvernement et qu'il faut à tout prix expulser du pays. Mais quel système religieux érigera-t-il sur les débris de l'ancien? En vérité, nul hérétique, avant Luther, n'a jamais fait de plus étranges réclamations que les siennes! Il veut que chacun puise sa propre foi dans l'Écriture et soit lui-même juge de l'orthodoxie delà doctrine qu'on lui expose. Or c'est ouvrir la porte à l'anarchie; des disputes sans fin éclateront, et l'on verra s'élever et s'entre-dévorer des sectes de tout genre '. »
« Nous autres chrétiens », dit Emser dans l'Adresse à l'Empereur qui précède sou Avertissement contre le faux ecclésiaste et véritable archihérétique Martin Luther (1524), " nous ne sommes plus appelés chrétiens par les hérétiques; nous sommes à présent des papistes, et les hauts feudat aires, électeurs, archevêques, évêques, princes du Saint-Empire, attachés cà l'Église romaine et tes fidèles sujets, sont outrageusement honnis, méprisés, persécutés, poursuivis et excités les uns contre les autres. Tous doivent accepter d'un cœur résigné
de Leipzig, où tu as dit devant tout le monde : - Le docteur Ecli me représente comme étant le disciple zélé et le protecteur du parti de Bohême. Que Dieu lui pardonne cette calomnie qu'il m'adresse devant tant de hauts personnages! L'idée de causer une scission criminelle ne m'est jamais venue à l'esprit et me restera toujours étrangère; car les hussites, de leur chef et de leur propre autorité, se sont séparés de l'union, et bien que le droit divin fût de leur côté, cependant le droit divin qui doit tout primer consiste dans la charité, dans l'union de sentiment. » « Luther, relis maintenant ces paroles, et tâche de n'en point rougir! - Luther brise et rompt le bercail du Christ ; - I>'un dit ; Je suis bon luthérien, j'aiderai les prêtres à quitter leurs presbytères. L'autre dit, au contraire .- Moi, je suis pour le Pape, et je demeure dans l'ancienne foi. D'où vient une telle division dans l'unique Église du Christ? 0 Luther, tu n'es pas entré dans le bercail par la porte! J'ai peur, ou pour mieux dire je ne doute aucunement que tu ne sois le voleur et l'homicide contre lequel Jésus-Christ nous a mis en garde. Nous savons bien qu'il a ordonné à Pierre de paître ses brebis, mais de toi et de ta mission nous ne savons absolument rien, car tu n'as pour l'appuyer ni l'Écriture ni d'autres témoins. Gloss und Comment, au/ den 18 Ariikeln. Bl. A^. et B. — Voy. Bl. D., la raison pour laquelle Luther n'en appelle jamais aux hussites, mais toujours aux Bohèmes, - bien qu'en Bohême, dans beaucoup d'endroits, il y ait de bons, fidèles et pieux chrétiens, qui ne se sont pas séparés de nous ^ .
' Lticubrationcs. p. 73. Bodmann, à l'appui des jugements qu'il porte sur Luther, cite une instruction de ce dernier publiée en 1523 : Motifs pour lesquels une assemblée chrétienne ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir d'apprécier toutes les doctrines et d'élire ses docteurs. NOUS reviendrons plus tard sur cet écrit.]
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les horribles injures, les ignominies grossières dont la bouche calomniatrice de Wittemberg, donf Luiher, qui se donne pour un ecclésiaste, un prophète, un évangéliste, charge et accable nos pères et nos seigneurs. Sa Sainteté le Pape, Sa Majesté Impériale, les princes et les évéques du Saint-Empire romain. Dans quehiues-uns de ses premiers ouvrages, il se vante effrontément de redouter aussi peu la délaveur de l'Empereur et du Saint-Père qu'un une craint de laisser tomber un .sac. Nos évéques les plus vénérables, il a coutume de les appeler ânes, fantoches, niais, nigauds, assassins des âmes; les princes du Conseil de régence sont à ses yeux des blasphémateurs et des fous. Il ne se gêne point pour leur dire publiquement, en pleine figure : Jean l'imbécile s'entendrait mieux à gouverner que vous! .le ne veux pas répéter ici toutes les paroles grossières, ignobles, par lesquelles cette bouche impudique blesse les oreilles modestes et les cœurs chastes. » Emser conclut de tout cela que Luther n'est ni un véritable ecclésiaste, ni un prophète, mais bien un de ceux dont .lésus-Christ a dit : Gardez-vous des faux prophètes!
Il reconnaît Luther pour fiiux prophète à vingt signes indubitables, dont voici les principaux :
Les vrais prophètes, apôtres et prédicateurs évangéliques n'ont pas coutume de se vanter comme lui. Luther n'admet pas qu'en dehors de lui quelqu'un puisse avoir quelque valeur : lui seul est tout. Il méprise et déshonore également les morts et les vivants; il assure que nul docteur ni Père de l'Église n'a, jusqu'à lui, compris l'Evangile, et qu'avant lui, personne ne l'avait prêché selon son vrai sens. A diverses reprises, Emser foit ressortir dans les paroles de Luther une contradiction flagrante : « D'un côté «, dit-il, a il se plaint d'être condamné par Rome sans avoir été entendu ni réfuté, et soutient qu'il n'a pas été mis en état de plaider l'excellence de sa cause devant les évéques; de l'autre, il déclare ne reconnaître à personne ici-bas le droit de le juger; il ne souffrira pas, dit-il, que sa doctrine soit attaquée, ou par les hommes, ou par les anges. Et maintenant je voudrais qu'il me dise à quel tribunal veut s'en remettre celui qui prétend n'avoir déjuge ni au ciel ni sur la terre '! »
> Luther recherche la faveur et l'amitié du monde, et ce n'est point là le fait d'un vrai prophète. Il a séduit presque la moitié des chrétiens, c'est-à-dire : les prêtres impudiques, auxquels il permet et conseille de prendre femme; item les femmes, pour lesquelles il a considériblement élargi le frein conjugal; item les moines et les religieuses que leur règle gênait, et auxquels il laisse toute liberté, malgré leurs vœux, de s'échapper et de courir le monde, et cela afin
' Bl. cV et B'.
que, comme la reiaede Chypre, il ne soit pas trouvé le seul coupable; item les nobles auxquels il a dédié son livre de réforme, et qu'il exhorte à faire ce que bon leur semble de leur épée, bien qu'ils ne soient que les serviteurs et les sujets de l'Empereur; item le simple peuple, auquel il promet la liberté, lui répétant qu'un chrétien indépendant ne doit être soumis ni aux hommes ni aux lois. A tous ces gens, Luther met un doux oreiller sous la tète; il les attire tous à lui par des caresses et des flatteries. »
" Les véritables prophètes, apôtres et prédicateurs ", dit encore Cochlaeus, « portent le peuple de Dieu à l'amour de la concorde et de la paix; les faux prophètes, au contraire, lui enseignent qu'il doit tremper ses mains dans le sang des prêtres. Car Luther l'a dit ouvertement : quand bien même une grande tempête s'élèverait et déracinerait de ce monde le Pape et lesévêques, il ne faudrait qu'en rire, et c'est d'un pareil sort qu'il les menace. S'il vit, il ne leur laissera pas, dit-il, un seul moment de paix ; s'il meurt, ils seront encore moins en sécurité, car ce sera surtout après sa mort que les grands coups seront frappés '. "
Emser s'attache avec un soin particulier à réfuter la doctrine luthérienne par excellence : la justification par la foi seule. L'Ecriture en main, il expose dans toute sa pureté l'enseignement catholique sur les bonnes œuvres, « doctrine que tous les vrais prophètes et apôtres du Seigneur ont constamment enseignée «.
Sans la foi, il est vrai, les bonnes œuvres n'existeraient pas, puisque sans la foi, qui doit partout avoir le premier rôle, nulle action ne serait agréable à Dieu. « Mais si les bonnes œuvres, accomplies dans la foi et inspirées par la charité chrétienne, ne sont ni méritoires ni efficaces pour la vie éternelle, pourquoi donc Jésus-Christ a-t-il enseigné que celui qui donne un verre d'eau froide aux lèvres altérées recevra la récompense d'un si modique service? Pourquoi a-t-il annoncé qu'au jour du jugement, s'adressant à ses élus, il leur dira : Venez, les bénis de mon père, car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger, etc.? Que si une aussi petite chose qu'un verre d'eau a son prix devant Dieu, quels mérites n'amassent point les fervents religieux qui se mortifient durement, qui affligent leur corps, qui dévouent leur vie pour l'amour de Dieu? Que ne méritent pas les malheureuses veuves, les époux chrétiens, qui portent le même fardeau, partagent le même travail, et élèvent leurs enfants dans la crainte de Dieu et la vertu? Item que ne méritent pas les bons serviteurs qui obéissent fidèlement à leurs maîtres pour l'amour de Dieu, qui leur sont soumis, et s'efforcent
iBl. D.
HÉl'UTATION DE 1>ÜTIIEK ET I)i; N O H V E f, ÉVANGILE. 305
d'être atlcrilils à leurs ordres? Ouels ne sont pas les mérites des iiiagistrals el des autorités qui dirij^ent leurs administrés selon la jusiice, les protéf^ent et leur assurent li sécurité et la paix? Kn somme, il n'y a point de condition dans la chrétienté qui ne soit méritoire, dès qu'on cherche à en accomplir les devoirs avec zèle et conscience, dans la foi, dans la charité, et en vue de Dieu. Ceux qui enseignent que nos bonnes œuvres ne peuvent être ([ue des actions de grâce, qu'elles ne sont ni méritoires, ni nécessaires au salut, sont de purs hérétiques et de faux prophètes, qui vont contre la croyance de rÉp,lise chrétienne et contre les décisions de ses docteurs. Il est vrai (|ue nous devons louer el remercier Dieu chaque foisquenous avousaccompli une bonne action, puisque sans sa{;râce et sa protection nous n'aurions pu ni l'entreprendre ni l'achever; mais celte juste reconnaissance n'empêche point (pie chaque œuvre ne conserve sa valeur; or le jeune, la prière et l'aumône en ont une qui leur est propre. Chacune de ces saintes actions a son mérite spécial el sa récompense particulière, de sorte qu'un jour les humbles seront élevés, ceux qui pleurent consolés, les allâmes de justice rassasiés, et que tous ceux qui auront fait ou souffert quelque chose pour l'amour de Dieu seront récompensés pour cela même, et d'une manière spéciale, car le Seigneur l'a expressément promis par ces paroles : " lléjouissez-vous et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense sera surabondante dans le ciel. » Voilà la saine doctrine catholique et évangélique '. »
Emser revient à plusieurs reprises sur l'importance des l.onnes œuvres pour le salut; il y insiste particulièrement dans les pages oii il réfute les opinions de Luther touchant les vœux religieux : « Luther prétend que ces vœux sont contraires aux commandements de Dieu parce que, selon lui, les religieux se fondent sur un principe impie, contraire à l>ieu, et s'imaginent gagner le paradis par leurs œuvres et leur genre de vie; doctrine judaïque, dit-il, blessant le premier, deuxième et troisième commandement. » « Il ne se lasse pas
' Bl. 1)^-'' et E. Voy. V* et G-. I.a doctrine de l'Église sur les l)onne:i œuvrei est très-fréquemment traitée dans les écrits apoiogiques et polémistes composés pour le peuple à ceite époque, rlusieurs de ces écrits sont de véritables modèles, et ont gardé toute leur valeur. Voy. deux brochures de Jean Dietenberger (1523 etl524), intitulées: La foi sußt-elle pour le sa/ut ? tt : Les chrétiens peuvent-Us nnJriler le ciel par leurs bonnes œuvres? — Dans l'une et l'autre domine cette pensée: « Nos bonnes œuvres n'excluent pas la grâce de Dieu, mnis elles en sont accompagnées, et s'accomplissent par un effet de la miiéricorde de Dieu. » Par conséquent • personne ne peut se croire sauvé par la foi de ses propres œuvres; nous devons tous mettre notre unique espoir en la miséricorde de Dieu, source de nos bonnes actions. Nous n'avons rien en propre dont nous puissions nous glorifier, même nos meilleures actions. ■ Un traité non moins excellent, ccjt le Miroir de la liberté évangélique (1524). Les tristes conséquences de la doctrine de la justification par la foi seule y sont déjà indiquées. Voy. Bl. B.
de revenir sur ce sujet, comme un musicien qui ne sait jouer qu'un air sur sa viole. Néanmoins, comme je l'ai déjà répété tant de fois, on n'offense nullement Dieu par les bonnes œuvres, mais bien par les mauvaises; d'ailleurs, les religieux n'attachent pas une (elle importance à leurs actions qu'ils en attendent l'infaillible salut de leur âme; ils les regardent simplement comme un moyen, comme un chemin bien tracé qui peut les conduire au ciel plus sûrement qu'un autre. Car de même que Dieu ne fait pas croître le blé dans les champs sans notre peine et notre labeur, de même il ne nous ouvrira pas son paradis sans qne nous nous soyons exercés dans son saint service, laissant le mal et faisant le bien. Et maintenant si nous réfléchissons à ce à quoi les religieux s'engagent, jurant de demeurer chastes, pauvres, obéissants, se vouant à la prière, aux jeûnes, aux saintes veilles, au chant pieux, à la louange continuelle de Dieu, nous reconnaîtrons que toutes ces actions seraient des œuvres excellentes, même accomplies par des .luifs ou des païens. Mais parce que les religieux les pratiquent au nom et pour l'amour du Chrisl, ils sont bien éloignes d'agir contre le premier, le second et le troisième commandement, et leur foi ne saurait s'appeler judaïque; car les Juifs ne croient pas au Christ, et d'ailleurs les Juifs ne seront pas condamnés à cause de leurs bonnes œuvres, mais seulemcn! à cause de leur incrédulité. Que les pieux religieux ne s'affligent donc pas de s'entendre perpétuellement appeler Juifs et judaïques. En parlant ainsi, Luther, sans le savoir, dit la vérité, comme autrefois Caïphe, car ils sont en effet ces vrais Juifs dont a parlé saint Paul, qui ne sont point circoncis selon la chair, mais selon l'esprit. '
11 n'est point d'état où ne se rencontrent des gens " orgueilleux, cupides, impudiques, querelleurs, charnels et sans crainte de Dieu « ; pourquoi donc s'étonner si quelques religieux cèdent en ce moment à la tentation, et abandonnent leurs couvents? Le proverbe ne ditil pas que lorsque Satan veut exécuter quelque crime signalé, il se sert généralement d'un moine ou d'une méchante vieille femme? « Luther, pour engager les moines et les religieuses à quitter leur couvent, leur promet les douceurs de la liberté; cependant à peine l'ont-ils écouté, qu'il leur faut, au contraire, devenir les serviteurs de tout le monde; les uns apportent des pierres aux maçons, les autres nettoient les latrines, d'autres chassent les chiens des rues; en un mot, ce que personne ne fait volontiers, ces pauvres gens sont obligés de s'en charger, semblables aux Juifs, contraints, en Egypte, à porter de lourdes pierres sur leur dos. » « Revenez à nous >, s'écrie Emser s'adressant aux religieux séduits; « revenez, frères et sœurs égarés; hâtez-vous de reprendre votre premier vête-
ment, afin que non-seulement nous, mais les anp,es du ciel avec nous, nous puissions fêter votre retour'!
« Ou leconnait les vrais prophètes et les vrais apôtres », dit encore Emser, ^ aux actes do vertu qu'ils accomplissent : ils sont humbles, patients, obéissants, chastes, modestes, disciplinés, pieux, craignant Dieu. Les faux prophètes et les faux prédicateurs, au contraire, produisent des fruits de discorde; ils enseignent aux peuples l'orgueil, l'insolence, la présomption, Tentètement, l'attachement à leur propre sens, l'insoumission, la révolte, la calomnie, l;i haine, l'envie, l'impudicité, la paresse, la gourmandise, l'oubli de foute crainte de Dieu. Or nous voyons tous les jours les résultats de la nouvelle doctrine et des principes dans lesquels la jeunesse est formée depuis trois ou quatre ans. Malheureusement, ces mauvaises semences ont si bien germé qu'on ne voit presque plus de serviteurs disposés à se soumettre à leurs maîtres ou maîtresses, sans parler des rapports de l'enfant avec ses père et mère, ni de l'obéissance des sujets envers l'autorité. Les luthériens ne craignent plus ni Dieu, ni personne au monde; ils méprisent tout commandement, toute loi, toute discipline chrétienne, et Platon, pour ne point parler de Jésus-Christ, ne les eiU jamais soufferts en sa république. » « Jamais on n'avait vu parmi nous une semblable désolation, un tel trouble, un tel esprit de sédition, et c'est la fausse doctrine de Luther qui est cause de tout le mal. "
" El plût a Dieu qu'il se fiU borné à séduire le pauvre peuple, et n'eût pas semé la zizanie entre les rois et les princes, nous préparant encore de plus grands maux! Car si les princes et les seigneurs étaient restés unis de sentiment, ils auraient facilement étouffé l'erreur et empêché le mal. « Emser craignait fort que Luther ne fût cet homme dont il avait été prédit qu'il affligerait toute la terre, troublerait les royaumes et les principautés, et y porterait la dévastation et le désordre *.
Il était impossible de considérer la doctrine de Luther comme « une bonne nouvelle % même en entendant ses partisans s'intituler évangélistes : « Lorsqu'on demande aux luthériens s'ils ont la foi, s'ils sont chrétiens ou luthériens, ils répondent qu'ils sont évangéliques, ce qui est sans doute vrai s'ils entendent parler de l'évangile de Luther, car si sa doctrine est un évangile, ils sont évidemment évangéliques. Mais s'ils veulent parler de cet Évangile dont la sainte Église nous atteste la vérité et qu'elle adopte et enseigne, leurs paroles, leurs manières d'être et leurs actes s'accordent autant
^Bl. 0^ E*. II. Voy. .1. DiETENBERGER, Wider C XXXIX Schlussiede Luiher's ton Gelühdniss und Geiill. Leben, ßl. C.-F. *BI. E. H*.
avec lui que le blanc avec le noir, le feu avec l'eau, le jour avec la nuit, la lumière avec les ténèbres, et il faut convenir que leur évangile à eux ne nous annonce rien de bon. »
Luther contribua indubitablement au sensible abaissement qui se produisit à cette époque dans les mœurs, par les principes qu'il émettait en pleine chaire sur les devoirs réciproques des époux '. Emser consacre à ce sujet un chapitre spécial, où il se plaint de ce que la doctrine chrétienne sur la sainteté du mariage ait été outragée. « Il se voit contraint '-, dit-il, « de rappeler que Jésus-Christ, saint Paul et les docteurs chrétiens les plus vénérés depuis la naissance de l'Eglise
1 Voy. plus haut p. 115, note 1. Cesparoles, tirées de la Captivité de Babylone, sont répétées par Luther dans son sermon sur le niariafie publié en 1522. Il ajoute : « J'ai donné ces conseils étant encore timide, mais maintenant je désire mieux conseiller, et voudrais bien persuader à l'homme (qu'une femme, en ces questions, mène souvent par le bout du nez] que le mariage étant une action purement extérieure et physique, comme toute autre occupation temporelle, il s'ensuit que le chrétien peut se marier et rester uni à un païen, un Juif ou un Turc, sans aucune inquiétude de conscience. Il n'existe ni vice ni crime qui puisse mettre obstacle au mariage. David rompit le mariage de Bethsabée, femme d'Uri, et fit de plus périr son mari; il commit donc deux crimes; et cependant, sans donner d'argent au Pape, il garda Bethsabée pour femme, et eut d'elle le roi Salomon. ^ Par rapport à la séparation des époux, Luther enseigne encore : - Je reconnais trois causes de divorce : la première, c'est quand l'homme ou h femme est impropre au mariage. ...L'autre, c'est l'adultère. A cause de l'adultère, le Christ sépare l'homme et la femme, afin que celui qui est innocent puisse choisir ailleurs." •• Mais pour se séparer ainsi, et de manière que l'un des mariés puisse faire un autre choix, il faut le pouvoir et l'enquête de l'autorité laïiH>\ afin que l'adultère soit publiquement reconnu; que si l'autorité refuse de prendre en main cette affaire, il faut du moins que le divorce ait lieu au vu et au su de toute la congrégation, afin qu'il devienne impossible de se séparer une seconde fois par pur caprice. Que si tu demandes : Mais que fera celui des deux époux qui est coupable? Peut-être ne pourra-t-il pas rester charte'.' Réponse : Voil'i pourquoi Dieu avait ordonné dans la loi de Mo'ise de lapider les adultères, c'était al^n que cette question demeurât inutile. Le bras séculier doit mettre à mort les adultères, car celui qui a violé sa promesse de mariage est déjà comme mort et doit être considéré comme tel. Aussi l'autre partie peut-elle se remarier, comme si son conjoint était mort, s'il veut rester strictement dans son droit et ne pas lui faire grâce. Là où l'autorité est négligente et n'agit pas, celui des deux époux qui a commis l'adultère pourra se rendre dans un pay^ éloigné, et là se marier, s'il ne peut vivre autrement. Mais il vaudrait mieux qu'il fût puni de mort, qu'il ne fût plus parlé de lui, afin que tout mauvais exemple soit évité. Que si quelqu'un prétend combattre cette doctrine et dit : <■ Voilà de l'air et de 1 espace accordé à tous les hommci et femmes vicieux! Us vont maintenant pouvoir se séparer l'un de l'autre, puis aller se marier à leur guise dans les pays étrangers! • Réponse : Qu'y puis-je faire ? c'est la faute de l'autorité! Pourquoi ne met-elle pas à mort l'adultère? Je n'aurais pas besoin de donner un pareil conseil! » Le troisième cas de divorce reconnu par Luther est celui-ci . ^ Quand l'une des parties se dérobe à l'autre, et lui refuse ce qu'elle lui doit. » Tout ce passage est impossible à reproduire à cause de son extrême indécence. Il se termine ainsi : ■^ Il faut qu'ici V autorité temporelle intervienne et contraigne la femme , vu bien la condamne à mort. Mais si l'autorité n'agit pas, l'homme doit s'imaginer que sa femme lui a été ravie par les brigands, ou qu'elle a été assassinée, et chercher une autre épouse. > Summtl. Werke, t. XX, p. 60-61, 65-66, 6J-73.
jusqu'à ce jour, ont recommandé à tous la pureté, la chasteté des corps et des âmes '. »
« O vous, dignes Allemands, pieux chrétiens restés fidèles à la foi du passé '), s'écrie Emser, « je vous exhorte, je vous conjure et vous supplie, par l'amère Passion du Christ, de rester fermement attachés à la religion de vos pères, et de ne vous laisser séduire en aucune manière par ce nouveau Jéroboam, car ce qu'il se propose, c'est de vous détourner, vous et vos enfants, des deux principales vertus du chrétien : la fidélité à ranti([uc loi et Tobeissaiice aux supérieurs. ') u Les hérétiques persuadent au peuple qu'on ne doit plus aux religieux, au Pape, aux évéques, aux prêtres ou aux moines, ni offrandes, ni redevances, ni dîmes, ni rétribution quelconcpie; bien plus, ils soutiennent qu'il est légitime de les dépouiller de ce qu'ils possèdent. Mes amis, pourquoi vous conseillent-ils ceci? Il leur est cependant bien aisé de comprendre que lorsque les prêtres n'auront plus absolument rien, il leur deviendra impossible de s'adonner à la prière, à la prédication, d'administrer les sacrements et de s'acquitter des autres fonctions qui sont indispensables au salut du peuple chrétien et regardent spécialement leur ministère. » < Mais ils savent que le meilleur moyen d'anéantir la foi chrétienne, c'est d'abolir les prêtres, la messe, l'église, l'autel, les exercices et pratiques chrétiennes, afin que toute consolation et espérance de salut nous soit enlevée, que chacun vive ä sa guise, et que celui qui n'a rien vienne puiser dans le sac de celui qui possède. Hélas! le peuple, en son ignorance, ne réfléchit pas à tout cela ! 11 s'imagine que lorsqu'il aura dépouillé et chassé les prêtres, tout ira bien, toute justice sera accomplie, tout deviendra parfait; il ne prévoit guère quelle détresse serait la sienne si les désirs des hérétiques venaient à s'accomplir! ^ « O vous, pieux Allemands, songez â l'avertissement que je vous donne ! »
« Je sais trop à quelles agressions, à quelles menaces, à quels dangers je m'expose en entreprenant de défendre ces principes. J'ai dû souffrir la persécution de ceux-là mêmes qui autrefois étaient mes meilleurs amis. Mais en dépit de leurs torts envers moi, je ne leur en veux nullement, et n'ai pas l'intention de leur causer jamiiis la moindre peine ni le moindre dommage. Je vous supplie tous de n'avoir à votre tour envers eux ni ressentiment ni aigreur,
' Bl. R'-*. Voy. .1. DlETENBEUGER, ion Mcnschenlcr, B. C. '. «L'Éciitlire est al)SOliiment contre toi(Liuher); les raisons que tu apportes ne sont que pure duplicité, tout ce que tu écris n'est qu'hypocrisie, belles paroles fleuries, combinées pour séduire le simple peuple. Ta conscience est faussée; là où il faudrait parler de péché, de conscience, tu ne vois aucun mal; là où il n'y a nul péché, tu en forges. •
3ti0 DÉCADENCE DES LETTRES.
car celui qui hait son frère est uq homicide aux yeux de Dieu, et digne d'être jugé. D'ailleurs, la plus grande partie des hérétiques agit par ignorance; jusqu'ici ils n'ont pas bien compris de quoi il s'agissait, ils ont été séduits, abusés, et très-certainement, lorsque plus tard on les instruira de la vérité, nous les verrons dégager leur main de celle de Luther. Mais, de grâce, vous et eux, et tous ceux qui ne veulent pas être empoisonnés par la fausse doctrine, renoncez aux livres de Luther, tel est le loyal conseil que je vous donne; car bien que de temps en temps on y rencontre quelques bonnes paroles, ils contiennent néanmoins tant de poison, que ce poison finit par étouffer complètement la bonne semence. »
« En lisant le petit livre que voici ' , dit Emser en concluant et s'adressant à l'Empereur, « Sa Majesté Impériale s'apercevra aisément de la confusion d'idées où nous ont jetés la fausse docirine, le délire et le faux zèle de Luther. Nous sommes entraînés et séduits; non-seulement on cherche à nous détourner de la foi du passé, mais encore de l'obéissance que nous te devons, à toi et à toute autorité. Il en résulte que tout état, toute condition sociale est ébranlée jusqu'en ses bases, et chancelle '. »
Les troubles religieux, comme il fallait s'y attendre, ne tardèrent pas à produire un abaissement sensible et général dans la vie intellectuelle.
Les Universités perdirent - en l'espace de peu d'années, et cela avec une rapidité aussi lamentable que surprenante, tout le crédit dont elles jouissaient >'. « La jeunesse studieuse », disait-on dès 1524, « ne s'applique plus aux saines études, et ne s'exerce plus que dans l'art de la controverse religieuse. Les jeunes gens lisent, écrivent, propagent des masses de petits traités et pamphlets; ils deviennent grossiers, leur inconduite est notoire, et cependant ils se donnent pour les apôtres d'une nouvelle sagesse, et prétendent réformer la société*. "
Luther avait appelé les Universités des cavernes de malfaiteurs, des temples de Moloch, des synagogues de perdition ^ Dans un sermon prononcé en 1524 et reproduit par de nombreuses éditions, il
' Bl. V'-\
* Vov. Gloss und Comment, auf LXXX Arlikeln, ni. !,*.
• Voy. plus tiaut, p. 204.
DÉCADENC.K D K S LETTRES. 311
uvait été jusqn'a dire : " On devrait mettre le feu aux Universités, car rien de plus infernal, de plus diabolique, n'a existé depuis le commencement du monde, et jamais la (erre ne connaîtra rien d'aussi pernicieux'. « A son exemple, Mélanchtlion, réfulant Emser, avait dit (1511) « que rien de plus impie, de plus funeste que les Universités, n'avait jamais été inventé; que ce n'étaient pas les papes qui les avaient fondées, mais bien le diable en personne. Wiclef avait eu le premier le mérite de les aj)peler publiquement les écoles du démon; pouvait-il dire quelque chose de plus édifiant, de plus sa[;e? On accusait les Juifs d'immoler des enfants à Moloch; mais dans les Universités, les jeunes gens étaient sacrifiés aux idoles du paganisme; celui qui aspirait au litre de docteur en philosophie n'était plus digne du nom de chrétiens »
La haine passionnée de Luther et, à cette époque, de Mélanchthon pour les Universités, provenait de leur violente antipathie pour la philosophie et pour l'usage qu'on en faisait dans les disputes religieuses. Ils détestaient encore les Universités, parce qu'elles avaient toujours fait grand état de la " lumière naturelle » ; qu'elles avaient célébré la raison comme un instrument donné par Dieu pour scruter la vérité religieuse, et constamment cherché à mettre d'accord la foi et la science '. Au reste, Mélanchthon ne tarda pas à revenir de ses emportements; mais Luther, jusqu'à la fin de sa vie, soutint que la raison « est l'épouse du diable >; que c'est ■■• une belle courtisane, une prostituée maudite, une fille de mauvaise vie revêtue de haillons, couverte de lèpre, et la plus grande gourgandine de Satan ». 11 répétait qu'il fallait « fouler aux pieds sa sagesse prétendue, l'exterminer, lui jeter de l'ordure au visage pour la rendre plus hideuse encore, et forcer cette infâme prostituée à se cacher dans les latrines ^ » .
• Sammil. Werke, t. VII, p. 63. Sermon sur l'épitre aux Romains, t. XV, p. 4-13. La haine de Luther pour Aristote lui inspirait ces jugements. Il eu voulait à « ce païen stérile, vide de science et plein de ténèbres ". Ces passages ne se trouvent que dans les plus anciennes éditions du sermon. — (Voy. Sdmmtl. Werke, t. YI[, p. 63, note 59 — Dans une lettre à Jean Lange, Luther appelle Aristote « calomniateur éhonté, comédien, Protée, le plus rusé corrupteur des esprits. Si Aristote n'avait pas réellement existé en chair et en os, on pourrait, sans nul scrupule, le tenir pour le démon en personne. » Bien éloigné de partager sur ce point les idées de Luther, Mélanchthon se donna plus tard toutes les peines imaginables pour remettre en honneur l'étude de la philosophie d.\ristote. ■ lin vérité, sans cet écrivain », ce sont ses propres expressions, « nori-seulement il ne pourrait y avoir de vraie philosophie, mais encore nous n'aurions jamais possédé une saine méthode pédagogique. > — Voy. Döllin- GEI\, Reformation, t. l (2^ édit.), p. 478, note 101.
' Corp. Reform., t. I, p. 286-358. — Voy. P.vulse.n, p 135-136. ' Voy. DÖLLINGER, Riformation, l. I (2= éd.), p. 476-477.
* Voy. DÖLLINGER, Reformation, t. I (2^ édit ), p. 479-i82. J'ignore de quel écrit