SCANDALES ET ABUS DANS LE CLERGE
tienne, de ne point exiger de rétribution pour la confession. Nul bénéfice, nulle charge ecclésiastique ne pourrait plus être achetée sans l'auiorisation de Tévéque compétent, nulle indulgence publiée sans son assentiment. Le nombre des jours fériés serait réduit; la peine du ban et de l'interdit plus rarement prononcée; la loi du jeûne ne serait plus imposée que comme devoir d'obéissance envers T Église, et sa transgression n'entraînerait plus de rigoureux châtiments. Les évêques seraient obligés à la visite annuelle de leurs diocèses, et il leur serait enjoint de réunir tous les trois ans des conciles provinciaux; ils s'entendraient à l'avenir avec les princes temporels, les seigneurs et les autorités pour la mise eu pratique des divers points de réforme. L'autorité temporelle ferait comparaître devant les tribunaux ecclésiastiques, pour y être entendu, tout chrétien accusé d'hérésie, mais aucune sévère répression ne serait exercée '. "
Ces décisions ne contenaient rien de nouveau. Dans leur ensemble, elles étaient entièrement conformes aux anciennes ordonnances des conciles et des synodes. Campeggio, à la diète de Nuremberg, avait déjà fait remarquer " qu'il n'était point nécessaire de promulguer de nouvelles lois pour la réforme du clergé, et qu'il ne s'agissait f|tie de faire observer les anciennes -.
Mais, à vrai dire, l'exacte observance de la discipline était chose bien rare.
" Bien avant que les sectes nouvelles levassent la tête =>, rapporte Charles de Bodmann, écrivain toujours si digne de foi (27 juillet 1524), c< des ac!es très-répréhensibles se produisaient dans le clergé régulier et séculier. Les scandales, les crimes, n'y étaient que trop fréquents; rien n'a plus contribué à propager l'hérésie que les fautes des clercs \ Mais depuis la prédication de ce que Luther appelle rÉvanp,ile, les dérèglements ecclésiastiques, et particulièrement le concubinage, ont augmenté d'une façon déplorable ^ Le
' ConsCiltiiio ad removendos abusus et ordinatio ad ritam cleri reformandam. Ratisbona", édita anno 1524, dans Le Plat, t. H, p. 226. - Ein kurzer Ausszug einer Be/ormalion wie es hinfürler die Priester halten sollen zu Regeiispurgk nechsier l'ersammlimg betracht, berathschlagt und bechlossen im Jar 1524. » Exemplaire unique. Voy. Riffel, t. IL p. 341, 344. IliTTRiCH, Hist. Jahrbuch der Görresgesellschaß, t. V, p. 380.
^ Voy. Chmel. Ferdinand's Instruction, p. 111 ; voy. aussi la Considtatio de articula re/ormatoriis, rédigé plus tard par l'ordre de Ferdinand, dans Gaep.tner, Cor2). juris eccles. cathol., t. 11, p. 275.
^ Dans un mémoire rerais par les Dominicains aux ducs de Bavière et intitulé :
SCANDALES KT A P. Il S DANS I.K TLERGÉ. 359
nouveau clerj^é esl bien loin de ressembler à Timcien, sous le rapport (les md'urs, comme sous celui de l'iuslruction. On ne penl s'expliquer l'insouciante négligence de tant d'cvéques qui, en dépit des faits <jirils ont tous les "jours sous les yeux, continuent à mener une vie fastueuse, restent plongés dans la mollesse et le bien-être, et s'attirent fréquemment le reproche d'être moins préoccupés du soin de paître leurs troupeaux (jue de celui de les écorcher. Ils sont probablement d'autant plus désireux dcjouir de leurs richesses qu'ils se sentent plus menacés de les perdre '. >
Sous le rapport du bien vivre, le luxe avait encore augmenté dans plus d'un palais épiscopal depuis les paroles prononcées en plein synode par Christophe de Stadion, évéque d'Augsbourg : « A la table de ceux qui accaparent maintenant les dignités épiscopales et les hautes charges de l'Kglise », avait dit ce prélat, « on voit circuler les mets les plus délicats, les plus raffinés; les vins qu'ils font venir à grands frais des pays éloignés coulent à flots dans les festins; ou les diversifie savamment, pour mieux flatter le palais blasé. Des serviteurs nombreux se tiennent derrière le siège des hauts dignitaires de l'Église, tous grands amateurs de bonne chère; quelquesuns portent les plats, d'autres dégustent les vins, d'autres encore font brûler des parfums ou agitent les éventails. Je ne puis m'empécher de verser des larmes à la pensée de pareils abus. Les prélats ne vivent que pour flatter leurs corps; ils fuient la solitude, la dévotion, l'humilité; ils se plaisent parmi les entretiens des femmes, se mêlent de commerce, recherchent les procès et les profits ^. » On lit au sujet d'une fête de tir à l'arquebuse donnée à Heidelberg par quelques princes ecclésiastiques et laïques : " Le luxe le plus extravagant y fut déployé par quelques évéques, au grand scandale du peuple. Les prélats dansèrent, et se livrèrent en public à une joie indécente. Presque tous étaient des seigneurs de haute naissance, que l'affliction du peuple au sujet des hérésies touchait fort peu, et qui ne songeaient guère au péril de l'Église; et cependant, certes, ce péril était grand M »
Consiliiim quomodo Twcis sil resisiinJum, on voit que le COncubiiiaffC étail alors considéré comme le vice principal du cler^jé. • Pro ampliando fiscum Christi. Tertio : quod omnes roncii'.jinarii publici multentur et expellantur, rpù sunt Turci iiitesiiiii et demereiilur quod Meus permiltit talem pia^jam saper christianitatem. « 3Ione, Anzeiijcr für hiinde der deutsehen Vorzeit, 1839, p. 295.
• Voy. plus haut, p. (il, 64, 218-2(9.
^ Au synode de 1517. Steimr, Acta selecta eccl. Augustanœ {Au{;. Vind. 1785), p. 68.
* Curieuse Nachrichten, p. 71. Sur cette fête du tir à l'arbalète, voy. Haberlin, t. X, p. G20-621. Entre les princes du Palatinat, de la Bavière, etr , et les évéques de Freisinjy, Ratisbonue, Strasbourg, etc., il fut convenu que tous les ans un des membres de l'association donnerait la fête à l'époque qui lui convien-