‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 390 sur 477 · GEORGES DE SAXE SUR L'ETAT MORAL DU CLERGE · texte numérisé non relu

GEORGES DE SAXE SUR L'ETAT MORAL DU CLERGE

Tonnantes; on les récompense comme s'ils avaient fait une belle et loyale action; ceux (lui les ont engagés à quitter leur genre de vie ne rougissent pas de s'en vanter, bien que la loi de notre pays punisse de mort les religieux infidèles à leurs vœux. El ce qui est plus triste encore, celui qu'on ne parvient pas à tirer de son couvent au moyeu de prédications ou de lectures, on l'y décide par des promes.ses d'argent, et lorsque ce moyen même échoue, on le soumet à de tels traitements, à de si révoltantes injustices, qu'il est enfin contraint de céder; alors ces mêmes seigneurs qui, par la ruse ou la force, l'ont ainsi forcé d'apostasier, jouissent de ses biens comme s'ils étaient leur légitime héritage. D'où il ressort clairement qu'ils metlent bien au-dessus du bonheur de voir Dieu bien servi, la satisfaction de jouir des richesses de ce monde. Nous signalons ces faits, et nul ne les pourra nier. Quant aux offenses faites au Dieu tout-puissant dans le Très-Saint Sacrement de l'autel, quant à ce qui concerne les saints de Dieu, ce qui se passe au milieu de nous paraîtrait affreux, quand bien même les Turcs ou les païens en seraient les auteurs. »

" Nous ne voulons pas dire par là «, continue Georges, « que les abus manifestement contraires à la loi de Dieu ne doivent pas être réformés. Si quelqu'un, par suite de l'avarice des prélats et contrairement au commandement de la charité chrétienne, a été injustement chargé; s'il arrive qu'un chrétien persiste dans d'étranges et superstitieuses illusions au sujet de la messe ou des sacrements; si un clerc n'a pas eu une intention droite en entrant dans l'état ecclésiastique, partout, en un mot, où l'erreur a pu se glisser, il faut aviser à la réforme, et c'est l'œuvre des missionnaires ordonnés et envoyés à cet effet par les premiers pasteurs, afin que le peuple ne soit pas détourné de l'unité de rÉglise chrétienne. One si, par ignorance, une pauvre âme a été entraînée dans l'hérésie, il faut s'efforcer, par de sages moyens, par un meilleur enseignement, de la ramener à la saine doctrine. Voilà la conduite louable, loyale et salutaire qu'on devait tenir; et avant tout il faudrait songera instruire le peuple, .Mais s'il est advenu qu'un prêtre se soit montré cupide, indigne de ses fonctions, prévaricateur, il ne faut pas réprouver à cause de lui toutes les autorités instituées par Dieu, encore moins les remplacer par des coquins défroqués. Si un prêtre a péché en célébrant la sainte messe, toutes les messes ne sont pas pour cela dignes de mépris. Si quelqu'un, dans son ignorance, a cru qu'au moment de l'offertoire Notre-Seigneur allait de nouveau mourir et être crucifié sur l'autel, il faut lui expliquer que c'est mystiquement que le sacrifice du Christ doit être entendu, comme l'Église chrétienne l'a toujours enseigné. Parce qu'un doigt est malade, il ne faut pas châtier tout le corps, mais prendre bien garde que le

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mal ae vienne à envahir toute la main. De même si, dans un cloître, il s'est trouvé un ou deux moines indifjnes de leur saint état, il ne s'ensuit pas qu'on doive chasser lou^ les relijjieux. Si ces choses et d'autres encore étaient mieux comprises, ou pourrait espérer le retour à Dieu de plus d'une àme. «

« Mais il n'est jamais question de réforme; on ne parle que du renversement total de lout ce qui existe; les princes, les comtes, les autorités des villes peuvent blasphémer impunément le Saint Sacrement, le fouler aux pieds, détruire les abbayes, prendre et dévorer le fruit des aumônes, ciiasser du couvent les vierges consacrées à Dieu ou les en arracher de force. Toute obéissance est anéantie, de sorte qu'il est à craindre que le sort de l'empire grec ne soit réservé à l'empire allemand. Luther et sou Évangile ont si bien fait, qu'il est rare que, dans une maison, on rencontre entre les membres d'une même famille quelque conformité de sentiment. De plus, Luther a rejeté tout droit écrit, et soutient que la loi est dans la conscience, et non dans les codes. On peut donc aisément en conclure que, s'il en est ainsi, il n'y a point de droit du tout. Aussi tout homme accusé de quelque méfait s'absout devant sa conscience et crie à l'injustice s'il est poursuivi. Kn détruisant l'Église, son unité, sa hiérarchie, on a donné à l'individu la liberté de se faire une morale à lui, et personne n'a plus confiance qu'en son propre Jugement. Ainsi les esprits sont divisés, et il y a plus de sectes et d'hérésies que la foi chrétienne n'a d'articles'. '

' Actenstüche aus dem Dresdener Staaisarckir, dans IIÖfler, Dcnhwûrdigkeilen der Chariias l'irlheimer, LVIII-LXXIV', que lIoHer ratiye avec raison - parmi les sources les plus impuiiantes de l'histoire de la réforme -. Voy. aussi l'instruction du duc Georges pour Hans de Schönberg. CVII-CXII.

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