‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 395 sur 477 · LUTHER RECONNAIT LE DROIT DAPPRECIER LÀ DOCTRINE · texte numérisé non relu

LUTHER RECONNAIT LE DROIT DAPPRECIER LÀ DOCTRINE

« Quelle nouvelle foi faut-il adopter? > deraaadaieut avec Charité Pirkheimer tous les catholiques demeurés fidèles à T Église quand on les pressait d'adhérer à 1" Évangile . « Les nouveaux docteurs se contredisent l'un l'autre sur les dogmes les plus essentiels de la foi chrétienne, et chacun appuie ses opinions sur des textes de la sainte Écriture qu'il accommode à sa guise. Et comment pourrait-il en être autrement, si, comme Luther l'affirme, lout chrétien doit former sa croyance sur la Bible, et si les décisions en matière de foi sont abandonnées à la libre appréciation des communautés'?

Luther avait en effet déclaré, dans une instruction publiée en 1523, que toute assemblée chrétienne, ou communauté, a le droit et le pouvoir de décider sur la doctrine et d'élire ou de déposer ses pasteurs. ' Partout où le pur Évangile (c'est-à-dire sa doctrine) est prêché, se forme aussitôt la communauté chrétienne, quel que soit le petit nombre de croyants ou leur imperfection. Partout, au contraire, où l'Évangile n'a pas été introduit, il n'y a que des païens, quel que soit le nombre, la sainteté ou la pureté de vie des habitants. » ■; 11 s'ensuit donc irréfutablement que les évèques, les recteurs, les prieurs, ou autres, ne sont plus chrétiens depuis longtemps, et ne sauraient constituer des communautés chrétiennes, bien qu'ils prétendent en avoir seuls le droit ; donc les actes ou décisions de tels personnages doivent être considérés comme païens, et purement humains. ^

i. Toute communauté », dit-il plus loin, « a le droit de prononcer sur la doctrine, et d'élire ou de déposer ses docteurs et pasteurs. »^ H ne fallait nullement se préoccuper des lois humaines, du droit,

événements de son époque. Lochuer juge avec beaucoup d'impartialité les mesures violentes du conseil de Nuremljerg. Soden, Beiträge zur Geschidue der lifformaiion , p. 206, parle d'un ton dégai^jé des procédés employés envers les trois religieuses. Binder, p. 223, note 45. David Strauss, dans sa biographie de Ilutten, f li, p. 349, parlant des faits révoltants que nous venons de rapporter, est d'avis que des procédés semblables étaient indispensables à l'établissement du nouvel Évangile : ^ Ilufler croit-il donc », s'écrie-t-il, ^ qu'au temps du premier établissement du christianisme des actes de violence absolument semljlables n'aient pas é:é commis ? ' Assurément les tyrans de la foi à Nuremberg, dans leur œuvre de destruction, n'allèrent pas aussi loin que Sickingen, le chevalier révolutionnaire, et voici cependant ce que dit Strauss ^t. II, p. 237), à propos de l'attentat de Trêves : « Sickingen, opéra sa retraite en bon ordre; pendanc cette retraite,

des églises et des couvents furent complètement rases par l'incendie. ^

' Glos und Comment stir les L\X\ Arlicleln und Ketzereien der Lutherischen Bl F-.

LUTHER RECONNAIT I,K DROIT DAPPRÉCFER f.A DOCTRINE. 387

de la tradition, de l'usage, de la coutume, « qu'ils aient été établis par un pape ou par un empereur, par des princes ou par des évéques, le monde entier ou la moitié du monde lesedt-il adoptés depuis un an ou depuis mille ans. C'est une loi humaine qui prétend qu'il n'appartient qu'aux seuls évéques, docteurs et conciles d'apprécier la doctrine, car le Christ a déclaré tout le contraire. 11 a dépossédé les évéques, les savants, les conciles, du droit et du pouvoir de décider en matière de foi, et il les a remis à tous les chrétiens, le jour où il a dit : Mes brebis connaissent ma voix; mes brebis ne suivent pas le mercenaire, elles s'enfuient loin de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la voix du mercenaire. Item, tous sans exception sont des voleurs et des homicides, voilà pourquoi les brebis n'entendent point leur voix! " ' Tu vois ici clairement à qui appartient le droit de décider sur la doctrine. Les évéques, le Pape, les docteurs et le premier venu peuvent enseigner, mais les brebis ont seules le droit de certifier que leur voix est bien la voix du Christ. Que veulent donc dire ces atomes qui rabâchent sans cesse : Concile! concile! Rapportons-nous-en aux docteurs, aux évéques, à celui-ci, à celui-là! Il faut respecter les usages, la tradition! " Crois-tu donc que la parole de Dieu soit esclave de ta tradition, de tes coutumes, de tes évéques? Jamais! Laissons donc les évéques et les conciles décider et rabâcher tout ce qui leur plaira! Là où la parole de Dieu nous guide, tenons-nous-y, au lieu de nous en rapporter à ce qu'ils disent, et sans remarquer si leurs discours sont bons ou mauvais; ce sont eux qui doivent nous céder, c'est à eux de nous obéir! « " Tous les évéques, recleurs, prieurs. Universités qui ont usurpé sans pudeur le droit des brebis, ne sont autre chose que des homicides, des larrons, des loups et des renégats! ' Dans sa prodigieuse logique, Luther conclut des paroles du Christ : « Gardez-vous des faux prophètes ", qu'il ne peut y avoir de faux prophètes parmi les auditeurs de la parole, et qu'il ne s'en rencontre que parmi les docteurs. Aussi tout docteur est-il obligé de se soumettre, lui et sa doctrine, aujugement de ses auditeurs: < Nulle doctrine, sous aucun prétexte, ne peut être établie avant d'avoir été examinée et adoptée par la communauté. Et non-seulement les auditeurs ont le pouvoir et le droit d'apprécier l'orthodoxie de ce qui leur est enseigné, mais encore ils y sont strictement obligés, sous peine de perdre leur âme, et d'eucourir la disgrâce de la divine Majesté. »

" Il nous est donc facile de comprendre la conduite antichrétienne que les tyrans ont tenue envers nous en nous dépouillant d'un tel droit, d'un tel devoir, pour l'accaparer à leur profit. Aussi ont-ils largement mérité qu'on les expulse de la chrétienté, qu'on les traque comme des loups, des larrons et des homicides, eux qui,

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