‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 400 sur 477 · LUTHER FT CARLSTADT · texte numérisé non relu

LUTHER FT CARLSTADT

venu les troiivei*? S'ils étaieQl dans Terrenr, pourquoi ne s'eff orrait-il pas de les instruire avec bonté, au lieu de les injurier ou de les menacer du ban? Au reçu de cette lettre, Luther partit. Mais les coqf'érences n'eurent aucun bon résultai. Un cordonnier, très-versé dans rÉcrilure, prouva par des textes de l'Ancien Testament que Luther était dans l'erreur. Sur l'exclamation de celui-ci : « Mais c'est là me condamner! »le cordonnier riposta : Si tu veux être condamné, soit, je te tiens j)our condamné, toi ei tous ceux qui parleront ou prêcheront contre Dieu et la vérité de Dieu. » « Je dus m'estimer fort heureux », rapporte Luther, < de n'avoir pas été lapidé ou couvert d'ordures, car quelques-uns me donnèrent au départ cette bénédiction finale : « Va-t'en, au nom de tous les diables, et puisses-tu te casser le cou avant d'avoir quitté notre ville ' ! »

L'électeur Frédéric ordonna à Carlstadt de quitter Orlamunde. H prit congé de ses ouailles en deux lettres adressées, l'une aux hommes, l'autre aux femmes de sa communauté. Ces deux lettres sont signées : André Bodensteiu, chassé par Martin Luther, sans avoir été entendu ni réfuté. A ses amis de Saxe, il écrivit qu'au bruit que faisait Luther, à la rage qu'il laissait percer, on pouvait assez reconnaître l'effrayant châtiment de Dieu sur ceux qui ne recevaient point sa grâce. Luther était un homme emporté, sans aucun jugement, " un âne cornu », sur lequel s'exerçait visiblement le courroux du Seigneur.

Proscrit, Carlstadt se rendit à Strasbourg, puis à Bàle. In grand nombre de prédicauts, parmi lesquels Zwingle et OEcolampade, se rattachèrent à sa doctrine de l'Eucharistie-. Vers la tin de 1524, il

' De Wette, t. Il, p 579. — Voy. les œuvres de Martin Reinhard, prédicant de léna et ami de Carlstadt. U'ess sich /)■" Carhtndl mii D' Luther bnedl zu Jena et Die Handlung D^ Luther's mil dem liaih und Gemeine der Stadt Orlamunde, dans Walch, t. XV, p. 2422-2435.

- rette doctrine avait déjà été précliée parle hussite Martin Mauska : « Quod in sacramento altaris non sit verum corpus Cliristi et ejus sanyuis, sed solum panis.qui est signum, solum cumsumitur. corporis et sanguinis Christi. ■ Lorenz V. Brezowa, dans Höfler, Geschichtschreider, t. I, p. 451. La doctrine de Carlstadt trouva en Saxe comme à Wittemberg et dans tout le sud de l'Allemayne de nombreux partisans. Voy. les documents cités par Hagen, t. UI, p. 103-105. Le traité d'OEcolampade sur la Cène produisit le plus j^raud effet. Érasme, au grand déplaisir de son ami Ulrich Zazius, s'exprima sur le même sujet d'une manière vague et embarrassée. « Si seulement », disait Zazius, « j'avais autant de capacité que j'ai de courage, je me jetterais dans la mêiée! si les Pères des premiers siècles n'avaient pas combattu les hérésies plus énergiquement que nous ne le faisons, que serait devenue l'Église? OEcolampade est l'un des hommes les plus dangereux qui existent. La froideur d'Érasme me blesse; lui qui n'a rien à craindre n'emploie ni sa foi ni son génie à réfuter les hérétiques ! .Malheureux temps que les nôtres ! Non-seulement le pauvre peuple, mais les plus savants des honinn s sont entraînés dans l'erreur, et personne ne cioit plus à la révélation du christ! - Voy. Stinzting, Ulrich Zazius, p. 272.

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