‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 435 sur 477 · RÉVOLTE D'ALSACE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE D'ALSACE

de prétexte aux nouveaux croyants de Strasbourg pour provoquer un brisement d'images ". Les paysans insurgés se donnaient pour si experts dans la science du « véritable Évangile », qu'au rapport de Capito, ils sommèrent les abbés et les prêtres de se rendre dans leur camp, pour avoir avec eux une dispute publique sur des questions théologiques, menaçant d'envahir tous les couvents qui refuseraient d'envoyer leurs représentants. Strasbourg, en 1524, avait eu la faiblesse d'accorder droit de cité à plusieurs bourgeois et paysans chassés des principautés voisines pour y avoir excité des troubles. Aussi la ville se voyait-elle actuellement gravement menacée. Le bruit courait que le conseil avait fait emprisonner seize bourgeois ' soupçonnés d'avoir voulu faire pénétrer les hordes insurgées dans la cité, pour piller ensuite avec eux clercs et laïques^ ». Saverne, résidence de l'évéque de Strasbourg, ville munie de bons ouvrages de fortification, ouvrit ses portes aux révoltés et prêta serment « à l'Union chrétienne ». Ce n'étaient partout qu'incendies, vols, profanations d'églises, criminelle destruction des plus nobles ouvrages d'art. Dans l'abbaye princière de Maurusmiinster, près de Saverne, les émeutiers, après avoir tout saccagé, mirent le feu à la bibliothèque. Pour pénétrer dans la maison des chevaliers de Saint- Jean, il fallait marcher ' jusqu'aux genoux dans les débris de livres et de papiers ». Dans le camp des paysans, tout reluisait de calices, patènes, orfèvreries d'église d'or et d'argent, ornements d'autel de tous genres \ A Wissembourg, l'un des bourgmestres et plusieurs conseillers étaient du parti des révoltés *, dont le plus grand nombre appartenait aux corporations de vignerons. L'abbaye fut pillée, l'église de Saint-Étienne assaillie; des voitures remplies de livres, de registres de dîmes, amenées sur la place du marché, et leur contenu livré aux flammes. Dans un récit de ces dévastations, écrit par le chapitre de l'abbaye, on se plaint plus amèrement encore des bourgmestres et des conseillers que des paysans. « Les paysans », y est-il dit, « n'ont demandé le sang d'aucun prêtre, au lieu que ceux de Wissembourg se sont montrés d'un tout autre avis, comme ils le savent mieux que personne ^ ■'

voy. ViRCK, t. I, p. 107-194. — Hartfelder, Slmssburg wahrend des Bauernkriegs, p. 225.

• L'archiduc Ferdinand écrivait le 20 mai 1525 au pape Clément VII : « ...quae apud Argentinam acta sint, pudet referre; nusquam locorum magis est spreta religio quam illic. • Communiqué par Chmel, dans les Sitzungsberichten der lUiene: .académie der Wissenschaften, t. II, p. 28-34. — BaLAN, p. 457.

-Lettre du 27 avril 1525, dans Schreiber, Bauernkrieg, t. II, p. 63. — BaumaN.\, Quellen, p. 786. — Uxrtfelver, Strassbtirg tcuhreiid des Bauernkriegs, p. 245.

^ Voy. Zimmermann, t. II, p, 575-576.

■* Voy. BOELL, p. 27, 46.

' BOELL, p. 15-16, 23, 60, 67, 71.

UKVOLTE D'ALSACE. 1525. 513

A Schclestadt, le conseil eut toutes les peines du monde à empêcher la populace (le piller les couvents '. Au dire d'un chef de paysans, le coinfe Louis de llanau-Lichlenberj;, dans l'espoir de tirer bon paru de l'émeute, fournissait les insurjjés de poudre, de plomb et de vivres ^ < Au nom du -Sauveur Jésus-Christ », les chefs insurgés d'Alsace exigeaient que chaque ville, hameau ou village envoyât un homme sur quatre rejoindre la horde. Dès que le tocsin sonnait dans quelque bourgade, les cloches des paroisses environnantes devaient s'ébranler \ Dans leurs articles publiquement répandus, les révoltés alsaciens allaient bien au delà des réclamations « des douze principaux articles des paysans de Souabe ». Ils refusaient de payer petites et grandes dimes, redevances ou tailles quelconques, réclamaient l'enlière liberté des rivières et des forêts, et déclaraient ne reconnaître d'autre prince et seigneur que celui qui leur conviendrait. ;< Grâce à l'Evangile », disaient ceux d'Obernai, - tout sera changé; celui qui est maintenant bourgmestre ne sera plus rien; celui qui est maître de corporation sera à peine un balayeur. Un Jettera par la fenêtre les seigneurs de la Régence, et nous serons les mai très ^. »

' Les paysans d'Alsace sont ivres de pillage et d'incendie », rapporte un chargé d'affaires de l'archevêque de Trêves; " mais parmi la population des villes qui demande à partager avec les riches, il y a encore bien plus d'excitation que parmi les gens des campagnes. Là, les mécontents s'écrient d'une seule voix : Non-seulement nous voulons nous emparer des couvents et des châteaux, mais dans les villes aussi nous voulons châtier, piller, être les maîtres! Ils sont d'intelligence avec plusieurs bandes venues de Lorraine, et avec les grandes hordes de la forêt Noire. Ces dernières se sont rendues maîtresses de presque tout le Brisgau, et parlent de contraindre Fribourg à leur ouvrir ses portes ^ >

Depuis le printemps de 1525, Fribourg était dans le plus extrême péril, " et ne savait comment échapper aux paysans ». Dans la ville même, par les secrètes intrigues d'un boucher séditieux, la populace avait noué des 'elations avec les hordes insurgées °. " Tout chez nous est dans l'emoi et le trouble », écrivait Ulrich Zasius à son ami Amerbach; < à toute heure du jour, nous nous attendons à une catastrophe. Luther, l'ennemi détestable de toute paix, le plus dangereux de tous les hommes, a plongé l'Allemagne dans un tel délire

' Voy. Schreiber, Bauernkrieg, t. II, p. 61-63.

- Hartfelder, Scrassburg während des Bauernkriegs, p. 277.

^ Circulaire du 29 avril 1525, daus Schreiber, t. II, p. 70.

•• Gyss, Hisl. de la ville (i'Oienia/ : Strasbourg, 1886\ t. I, p. 353.

5 Voy. plus haut, p. 495, note 2.

« Voy. Martin SuUer's Urfehde, 8 mars 1525, dans SCHREIBER, t. II, p. 23.

Page 1