‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 45 sur 477 · INSTRUCTION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION CHRÉTIENNE

de VVeeze paraK considérable si on le compare, soif à celui de i'arcliitcctc de la calliédrale de Francfort, qui recevait annuellement de 10 à 20 florins ', soit à celui du premier chambellan de la mère du prince Philippe, électeur palatin, (jui ne dépassait pas 30 florins-.

« Les autorités constituées et les instituteurs de la jeunesse ont droit au même respect, à la même estime •', dit le Guide de l'âme. « Les maîtres d'école ont bien du mal et du travail pour élever et maintenir les enfants dans Tordre et la discipline chrétienne. S'ils le font, tu dois les respecter, les aimer et chercher à leur être a^yréable'. '

En quoi consistaient cet ordre et cette discipline chrétienne? AJbert Dürer nous eu donne quelque idée dans les vers placés par lui au bas d'une de ses gravures, datée de 1510. Cette p,ravure représente un instituteur qui tient un bâton dans sa main droite, et dont la main gauche repose sur un livre ouvert. Devant lui, assis sur des escabeaux, sont rangés des écoliers qui paraissent écouter avidement la leçon. Un encrier est suspendu à leur ceinture. Voici ce qu'on lit, entre autres choses, dans la leçon qui leur est dictée :

« Que celui qui veut devenir sage et prudent eu demande la grâce à Dieu pendant toute sa vie. Évite soigneusement toute mauvaise médisance, afin d'en être un jour récompensé. Empêche aussi les autres d'interpréter en mal tout ce que fait le prochain, tu préserveras ainsi ton cœur de toute amertume ; l'envie et la haine en seront bannies, et ceux qui t'écouteront apprendront à te juger favorablement. Dis ton opinion avec simplicité et droiture. Reste vrai, ne mens pas. Ne cherche jamais par ruse et finesse à paraître autre que tu n'es au fond de ton cœur ^ »

Toute éducation chrétienne devait commencer dans la famille. Tel était le désir formel de l'Église. La maison chrétienne devait être la première école de l'enfant. « Les enfants sont tout particulièrement l'espoir de l'Église s lit-on dans le Guide de l'âme. « Il faut donc com-

• Voy. GwiNNER, Kunst und Künstler in Francftirl, 6-7.

2 Voy. Hautz, L'rhiindliche Geschichte der Stipendien und Stiftungen am Lijceum zu Heidelberg (Heidelberg. 1856).

' P. 17. Vérifier les citations dans Meister, p. 26-27.

* Heller, p. 683-685. — Th.vnsing, Dürers Briefe, p. 155-157. Le revers de médaille du système scolaire de ce temps, c'est le changement trop fréquent des instituteurs et la conduite de ceux qu'on appelait les - écoliers de passage, bacchants et arquebusiers >. Voy. Nettesheim, p. 113, 131.

mencer par bien exhorter les parents, afin qu'ils élèvent leurs enfants dans la discipline chrétienne et le respect de la religion. La mai'^on doit être, pour les enfants, dès l'âge le plus tendre, la première école et la première église. Mère chrétienne, lorsque tu tiens sur te:^ genoux ton enfant qui est l'image de Dieu, fais le signe de la sainte croix sur son front, sur ses lèvres et sur sa poitrine. Prie avec lui dès qu'il pourra parler, afin qu'il répète, après toi, ta prière. Tu dois bénir ton enfant, lui enseigner la foi, le conduire de bonne heure à confesse, et lui apprendre comment il faut faire pour bien se confesser. • " Les pères et mères doivent donner à leurs enfants l'exemple d'une bonne et honorable conduite, les mener à la grand'messe, au sermon et aux vêpres les dimanches et jours de fête; outre cela, il est bon do les conduire à la messe de la semaine de temps en temps. Les parents doivent les punir aussi souvent que cela est nécessaire. - « Les parents sont obligés », dit le catéchisme de Dederich Coelde (chap. xxxvii) '. d'apprendre à leurs enfants, eu langue allemande, le Noire Père Y Ave Maria, le Credo et différents points de doctrine contenus dan>^ ce livre. Item : on doit encore leur enseigner à honorer I\Larie, mère de Dieu, leur ange gardien et tous les saints de Dieu; le soir et le matin, les parents doivent bénir leurs enfants, et le soir les faire agenouiller devant leur lit pour remercier Dieu. Item : il faut que les enfants soient instruits dans la religion dès leur jeunesse, car dans l'âge mûr ils ne sont plus flexibles, et ne veulent ni ne peuvent plus bien faire. Les parents doivent apprendre à leurs enfants le BencdicitCj les Grâces, et à louer Dieu. Les enfants doivent être formés à la modération dans le boire et le manger, et à marcher modestement dans les rues. Item : il faut les habiller simplement et non d'une façon mondaine, et les conduire à i'église pour entendre la messe, les vêpres et le sermon. On doit encore leur enseigner à servir la messe. Les parents doivent inspirer à leurs enfants le respect pour les supérieurs, les tenir éloignés des mauvaises compagnies, les punir avec modération, mais, lorsque cela est nécessaire, leur faire sentir fortement la verge. De la mauvaise éducation dans la famille, est-il dit au commencement de ce chapitre, viennent la plupart des maux de ce monde. Le salut de l'enfant dépend d'une discipline sévère. Les parents qui laissent grandir leurs enfants dans l'exercice de leur propre volonté se préparent à eux-mêmes la verge. Que la maison chrétienne soit un temple chrétien, mais surtout les dimanches et autres saints jours, quand tous, père, mère, enfants, sei'viteurs et servantes, jeunes et vieux, sont réunis, pour louer Dieu, prier et lire. Ils pourront aussi chanter, jouer et se réjouir. " — " C'est surtout en ces saints jours que les parents doivent donner à leurs enfants l'aliment de la doctrine chrétienne; qu'ils fassent donc

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plus d'aumônes que de coiitiinio ef jîraliqiicnt toutes les œuvres de miséricorde; qu'ils pardonnent les olCenses reçues; c'est donner aux enfants une bonne leçon de doctrine chrétienne, et elle ne sera pas perdue '. " C'est dans le même esprit que Jean Nieder, dans son sermon sur les dix commandements, exhorte parents et enfants : Si tu es pauvre et ne possèdes rien, si tu ne peux rien donner au malheureux assis à la porte de l'éf^lise et n'as rien à mettre dans sa sébile, mcls-y du moins un Pater, afin qu'il supporte sa peine en patience. Si tu vois faire le mal par quelqu'un des tiens, punis-le; si quelqu'im t'a fait quelque malice, remets-t'en à Dieu : il en reviendra du profit à ton âme. ^'- ^- Le chrétien doit assister à la messe et au sermon les jours saints, puis, en de semblables jours, il doit aussi lire de bons livres allemands (jui le portent au recueillement, lui et les autres; il peut aussi chanter des chansons de son métier, ou d'autres, mais jamais de chansons mauvaises et i";rossières -. »

Etienne Lanzkrana, prévôt de Sainte-Dorolhée à Vienne (1477), trace uu charmant tableau de famille chrétienne dans la Roule du Ciel, à l'endroit où il exhorte le père de famille à se rendre au sermon après le repas avec lout son petit peuple ■ . - Ensuite, assis en sa maison avec sa femme, ses enfants et son petit peuple, il leur demande ce qu'ils ont retenu du sermon, il leur dit ce dont il se souvient lui-même. H les questionne sur ce qu'ils savent et comprennent des dix commandements de Dieu, des sept péchés capitaux, du Pater, du Credo, et il les leur explique. Il fait ensuite apporter quelque chose à boire, puis i! chante avec tous les siens un beau cantique à la louange de Dieu, de Xotre-Dame ou des chers saints du Paradis, et il se réjouit ainsi saintement en Dieu, avec tout son petit monde. '^ Pour les dimanches matins, les fidèles sont averlis " que tout chrétien arrivé à l'âge de raison doit entendre une messe tout entière, de sorte qu'il ne s'en aille pas avant la bénédiction du prêtre... Il faut rester pendant le sermon et l'écouter attentivement... On doit prier ces jours-là pour les divers besoins de la chrétienté et des fidèles, et réciter publiquement le Confiteor et les commandements de Dieu. Ce qu'on a entendu du sermon, on fait bien de le mettre par écrit, lorsqu'on ne peut le retenir autrement '. ;>

<> Sache que si toi, père chrétien, tu n'entends pas le sermon et l'explication du Credo et des commandements, et comment il faut faire et pratiquer une véritable pénitence, dit le l'etit Jardin béni (1509), tu ne pourras pas instruire tes enfants et tes domestiques, le

' Seclenfiihrer, p. 5.

- Tiré dun manuscrit de 1474. Voy. II.vsak, Der christliche Glaube, p. 12-15. ' Himmelstrasse, édi(. d'Augsbourg, 1484, p. 50-51. C'est un des livres les plus importants pour l'histoire des mœurs et de la civilisation au quinzième siècle.

soir, après le travail, sur la doctrine et sur les commaudements, ains? que c'est ton devoir. Écoute donc attentivement tous les dimanches la parole de Dieu... Assiste au sermon le matin et dans l'après-dinée. Reçois religieusement la parole de Dieu dans ton cœur, médite-la intérieurement, interroge quelqu'un d'éclairé sur le sens de ce que tu n'as pas compris dans le sermon que tu as écouté, ou consulte tes livres, et explique ensuite ce qui était resté obscur pour toi â tes^ enfants et à tes domestiques. Ouc la parole de Dieu soit le flambeau de ton chemin. Il est très-salutaire d'entendre prêcher, et il est également salutaire d'acheter de bons livres spirituels, d'y faire souvent des lectures, afin d'être instruit dans la foi, dans les commandements, les péchés, les verfus et dans toute vraie doctrine chrétienne '. ')

C'est aiasi que l'éducation du foyer cl de l'école devait seconder les prédications e( les instructions religieuses de l'église. L'église, la maison et l'école devaient mutuellement s'assister et concourir ai* même but dans une alliance fidèle.

Les actes synodaux et toiis les livres d'enseignement destinés à l'instruclion du clergé et aux besoins populaires prouvent avec évidence l'importance qu'on attachait à la parole sainte annoncée dans la chaire -. Le synode diocésain tenu à Bâle en 150.3 dit expressément que c; les pas(eurs des âmes doivent expliquer tous les dimanches à leurs paroissiens l'Évangile du jour en langue vulgaire, et les instruire en chaire au commencement de chaque carême sur la manière de se confesser. Les fidèles doivent en ce temps être exhortés sérieusement à venir entendre les prédications et autres instructions. A cette époque de l'année, tout chrétien doit aller assidûment à l'église et mettre du zèle à entendre la parole de Dieu. Ceux qui s'y refusent doivent être dénoncés à l'évêque ou à son vicaire. ' — Tous

' IVeihegiirtleln. 3. — Voyez les documents rassemblés par BnrcK, p. 7-8. — HiPLEU, ChristUchc Lehre, p. 32-34.

- Du oôté des protestant.s, c. Schmid est le premier qui, dans son Traite sur les études thèologiques, ait combattu les jufjemcnts défavorables prononcés contre les prédicateurs allemands avant h Réf. rme. — Voyez aussi Gfffckkn, BUlercaicchismiis des füii/zchnicn Jahrhunderts, 1855. Du côté des catholiques, les meilleurs travaux relatifs à ce sujet sont dus à M. KrnKnrs. Tiihin[)cr theologische Quartnlschri/t, 1861-1862, et à L. DvcHEi \. Hevuc catholique de l'Alsace. — Voyez Cruel, p. 647-651. Les critiques de Kawerau ont été réfutées dans mon travail intitulé : A mes critiques, p. 193-205.

PRESCRIPTIONS TOUCHANT LES P RK D l CA T I ONS. 27

ceux qui annoncent la parole de Dieu doivent insister souvent dans leurs sermons sur la bonne éducation des enfants et soutenir fidèlement les droits des pauvres, des lépreux, des veuves, des orphelins ou de toute autre personne tombée dans le malheur '. " Le synode de nambcr[j (1191) fait roblijjation aux prédicateurs d'expliquer clairement et in(elli{;iblement le Nouveau TeslamenI et, une fois au moins par an, les dix commandements -. Là où une population slave se trouve mêlée à la population allemande, il faut, en chaire, avoir éjjard à l'une et à l'autre, l'ne ordonnance du synode diocésain de Meissen (1504) porte que tout curé - dans la paroisse duquel se trouvent des Slaves est obligé de s'adjoindre un prêtre auxiliaire parlant le slavon (wende), afin qu'une partie de son troupeau ne soit pas privée de l'instruction religieuse et des prédications ^ i. Les livres ascétiques de l'époque sont unanimes à représenter aux pasteurs le devoir qu'ils ont de prêcher tous les dimanches et jours de fête. Comme le sermon prêché après la messe Ibrmait alors une partie très-importante du service divin, lorsqu'une église devait être construite, on en combinait les proportions d'après le nombre des assistants qui venaient écouter les prédications. La plupart des chaires du moyen âge qui subsistent encore datent de la fin du quinzième siècle.

Les supérieurs ecclésiastiques restaient fidèles, dans leurs ordonnances, au principe que le célèbre prédicateur et défenseur des constitutions papales, .lean Ulrich Surgant, avait énoncé dans sou Manuel de théologie pastorale (1503) K « La prédication, y est-il dit, contribue plus que tout autre moyen à la conversion de l'homme. C'est elle surtout qui opère le retour à Dieu du pécheur par la pénitence. Lorsque tu laisses perdre quelque chose de la parole de Dieu, tu commets un aussi grand péché que si, par une négligence sacrilège, tu laissais tomber à terre une parcelle du Corps de Notre-Seigneur. >'

" On ne saurait exprimer le profit d'un bon sermon prêché par un prêtre pieux et éclairé qui aime Dieu et le salut des âmes, car nulle parole ne surpasse la parole divine, et la plus abondante bénédiction de Dieu se répand sur celui qui prêche et sur tous ceux qui écoutent prêcher avec humilité et sans malice. On puise dans la prédication une ferme résolution de faire de bonnes œuvres; on y trouve la nourriture et la consolation de l'âme, et les biens infinis que dis-

' HvRTZHEiM. p. 6, 8-9. 23-24.

- Id., t. V, p. 628-629. Voy. V, 477. et VI, 8, ordonnances du synode de Passau, 1470. — Voy. Cri EL. p, 610-614. 649.

^ llARTZHEIM, t. VI, p. .H3. — Voy. KERkEIl. p. 403.

* Manuale sacerdotiim. Voy. Geffcken, p. 196-203. — Kerker, p. 379-381.

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pense la grâce, comme Tont expcrimcuté souvent ceux qui cnteudent volontiers la parole de Dieu '. " — « En effet -^ écrivait révèc|uc de Spire, Mathieu (1471), « les meilleurs prédicateurs de Spire ont toujours pu constater par expérience que l'audition attentive de la parole sainte procure la gloire de Dieu, le bien de l'Église, l'exaltation de ia foi orthodoxe et le salut des âmes; ils ont été témoins des bienfaits innombrables qui en découlent pour le peuple ^ "

Aussi les fidèles étaient-ils instamment invités à fréquenter les prédications. Dans les synodes diocésains, on ordonnait aux prêtres d'exhorter les paroissiens, et même sous peine d'excommunication, à assister les dimanches et jours de fête à la messe et au sermon jusqu'à la fin ^ Les examens de conscience de Lübeck demandent (juc " ceux qui ne veulent pas assister à tout le sermon le dimanche soient exclus de la paroisse '. — Nicolas Rus de Rostock disait aussi : « Les laïques qui sortent de l'église quand le prêtre commence à annoncer la parole de Dieu, doivent être bannis par l'évêque K " Tous les examens de conscience du temps regardent comme un péché mortel l'abstention du sermon i)ar négligence ou par mépris. — <= Si tu n'entends pas la messe et le sermon les dimanches et jours de fête, dit Wolff dans son examen de conscience, tu pèches contre le troisième commandement. "

Le Miroir des pccheiirs (1470) dit, s'adressant aux pères de famille : « Si tu as dans ta maison déjeunes garçons ou de jeunes filles, et que tu ne les aies pas conduits à l'Église lorsqu'ils étaient parvenus â l'âge d'adulte, c'est-à-dire à douze ans pour les petites filles, à quatorze pour les garçons, et qu'ils n'aient pas entendu la messe et le sermon, eux et toi ne pouvez être exempts de péché mortel, car tout chrétien parvenu à cet âge a l'obligiation d'écouter attentivement et d'un cœur recueilli une messe entière et un sermon ^ »

Les anecdotes qu'on mêlait aux sermons sont très-intéressantes pour celui qui veut être initié à la manière de penser de cette époque. Nous lisons, par exemple, dans la Consolnlion de l'âme (1483), qu'un saint homme vit un jour un démon qui cheminait portant un grand sac. 11 lui demanda ce que le sac contenait : le démon Uli répondit : " .le porte des boites d'onguent -, et il lui montra une petite boite noire. ^ Vois, dit-il, c'est un baume avec lequel je ferme les yeux des gens afin qu'ils s'endorment pendant le sermon. Le prédicateur me fait trop de tort auprès de l'homme; celui que j'ai eu

' Seelenfûltrcr, p. 0.

- Voy. Gkissel, Cathèdrah' impiriak' de Spire, t. !I. p. G3.

^ Voy. Bi\TEi\ni, t. VII, p. :;;02-497.

■* Geffcken, p. 15.

* Id., SuppL, p. 59.

FONDAT KJNS \)E (JJAIfiES. 29

trente ou quarante ans en ma puissance nréchappe après l'audilion d'un .seul sernion '. >'

De même que les prescriptions de rÉ[;lise elles livres spirituels, les règlements des maisons chrétiennes faisaient tous un devoir rigoureux aux domestiques et aux servantes de Tassistauce à la messe et au sermon tous les dimanches et jours de fête, et cela même sous peine de renvoi. Le comte d'Oettingen faisait à ses gens la déclaration suivante (1497) : « Celui qui est à mon service, qu'il soit serviteur ou servante, et qui ne veut pas écouter le sermon le dimanche et autres saints jours jusqu'à la fin, tranquillement et respectueusement, sera renvoyé de chez moi ^

Prêtres et laïques faisaient dans les églises et chapelles de nombreuses fondations eu faveur des prédicateurs, afin d'assurer à ceux-ci des loisirs illimités qui leur permissent de se livrer à l'étude et de préparer à leur aise leurs sermons. Voici le nom des plus connues de ces fondations : chaire de hi cathédrale de Mayence, 1465; de Bâle, 14G9; de Strasbourg, d'Augsbourg et de Constance ^ 1478. La chaire de Strasbourg, que Geiler von Kaisersberg illustra pendant trente ans et rendit l'une des plus célèbres de l'époque e! des plus fécondes en heureux résultats, fut fondée grâce aux subventions de l'évêque et du chapitre, principalement par les riches donations de l'ammeister Pierre Schott. Les lettres de fondation portent que " la charge de prédicateur doit rester éternellement attachée à cette donation. Celui qui exercera cette charge doit être un homme connu, nonseulement par ses bonnes mœurs et par une sage vie, mais encore par son talent et sa science; il devra prêcher à toutes les grandes fêtes et dans les occasions solennelles ; tous les dimanches après diner, et pendant le Carême, tous les jours. » — A Augsbourg, le prédicateur de la cathédrale devait, selon les lettres de sa charge érigée par l'évêque Frédéric de Zollern (1 Ô04), prêcher aussi fréquemment que celui de Strasbourg, et, outre cela, trois fois par semaine pendant l'Avent, et pendant les processions générales organisées pour obtenir la victoire sur les infidèles, ou en temps de guerre, ou pendant les épidémies, les orages et semblables calamités \

Un renseignement fourni par Jean Cochlœus donne une idée de la fréquence des prédications dans les principales villes allemandes. Il écrivait de Nuremberg en 1511 : '^ La charité est extraordinairement vive à Nuremberg, aussi bien par rapport à Dieu que par rapport au

' Voy. Geffcken, p. 15.

- Curieuse Nachrichten, p. 43. — Voy. Règlements pour les domestiques r on Konigsbruck, MONE, Zeitschrift, t. I, p. 183.

' Voy. Falk, Domjiredigerslellen, 6-7. — Die Mainzer berühmtesten Prediger, p. 7-14, * Voy. Kerker, p. 385-389. — F.\l1v, Dompredigerstellen, p. 88-91.

prochain. Les prédications sont assidûment suivies, même lorsqu'on prêche eu treize égUses à la fois K "

Mais ce n'était pas seulement dans les grandes villes, c'était aussi dans les petites, et même dans les villages, que des chaires étaient fondées. Dans le seul comté de Wurtemberg, ou compte onze fondations de ce genre toutes antérieures â 1514 : à Stuttgard, Waibling:en, Schorndorf, Blaubeuren, Sulz, Dornstetten, Bottwar, Balingen, Brackenheim, Neuffen, Göppingen. L'acte de fondation de la chaire de la chapelle de Saint-Nicolas à Waiblingen, eu 1462, portait : « Le prédicateur est tenu de prêcher dans la chapelle ou bien â la paroisse tous les dimanches, aux quatre grandes fêtes de l'année, aux fêtes de Aotre-Dame et des saints, et les mercredis et vendredis de carême. » A Stuttgard, la fondation de la chaire était due à une confrérie; â Schorndorf et a Göppingen, à toute la commune; à Waiblingen et Balingen, à un bourgeois; â Neuffen, à une bourgeoise; à Blaubeuren, Dornstetten, Bottwar, à un vicaire; à Brackenheim, à un prêtre de la localité; a Sulz, â un curé de village. Ce dernier, nommé Thomas Pflüger, curé de Leidriugeu, fonda la charge de prédicateur en 1492, - dans la conviction que la prédication assidue et un enseignement sain de la parole de Dieu apportent à l'homme un profit multiple pendant qu'il est ici-bas et encore dans le temps de la grâce, et l'aident à acquérir la félicité éternelle. Car, par la prédication, l'intelligence humaine est éclairée et conduite â la connaissance du Dieu tout-puissant, et les chrétiens sont ainsi attirés et élevés à l'amélioration de leur vie, à la pratique de la parole de Jésus-Christ et aux bonnes oeuvres, de sorte qu'ils deviennent capables de plaire à Dieu. La prédication les encourage puissamment et les attire à l'observance de la loi sainte ^ «

Le nombre considérable de sermonnaires, de plans de sermons, de répertoires, de recueils d'exemples à l'usage des prédicateurs publiés dès les premiers temps de l'imprimerie, prouve combien la prédication était fréquente à cette époque. Aujourd'hui encore nous possédons les exemplaires de plus de cent éditions différentes d'ouvrages de ce genre, d'une valeurplus ou moins grande. Ce sont des

' Otto, p. 48. — Trois et quatre mille personnes assistaient quelquefois aux sermons du prédicateur de la ville à Francfort. — Voy. Falk, Zur Beurtheilung des fünf zehnten Jahrhunderts, p. 407-408. On prêchait si fréquemment qu'on en arriva à mettre quelque restriction au zèle des prédicateurs. — Voy. Die Predigt

am Anfang des sechszehnten Jahrhundert, dans le Journal de l'Eglise silèsiennc, 1873, p. 337- 338. — Voy. HiPLEU, Christliche Lehre, p. 40-42. — Voy. aussi Ordonnances de l'évèque Dietrich de Samland, vom fahre 1471. — Voy. les uotes de Falk, dans le Hist. pal. Dl. (1878, t. LXXXI, p. 34-47).

- Kerker, Erste Abhandlung, p. 389-391. — Voy. Leuthenmayr, p. 544.

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