I.AHMKi; ÉVANfJÉI.IQUI': A IIEILBROW
Les champs seront réparfis enlre les pauvres; les moines et les religieux seront chassés. » Vers le milieu d'avril, presque toute la corporatiou des vignerons d'Hcilbronii riait en bonne intelligence avec les cmeutiers, et, dans la ville même, un p;irli puissant s'étail déclaré contre le conseil. Ce parti se composait d'ouvriers à leur aise, de bourgeois ayant autrefois servi, et de nombreux prolétaires, dont un inventaire tombé plus tard entre les mains des princes va nous permettre d'apprécier les ressources : l'un d'entre eux ■ ne possède rien qu'un bois de lit, un traversin et deux oreillers, sur lesquels sont couchés ses six enfants » ; un autre « n'a qu'une table, un petit lit et quatre enfants ; un troisième <^ a pour tout bien, lui et ses quatre enfants, un vieux lit, une cruche et une cuirasse . Tous étaient d'avis qu'il fallait sans délai défendre l'Evangile, soutenir la cause de Dieu, et " passer les riches au crible . Le boulanger Hans Müller, surnommé Flux, qui avait visité les paysans dans leur camp, vint redire aux amis d'Heilbronn : - îSos frères se mettent en marche avec une armée si considérable que les ennemis ne pourront jamais en venir à bout. Ils m'ont fait part de lous leurs plans; ils marcheront devant eux aussi loin que le monde est grand. Je les ai vus à l'œuvre à Lichlenstern, où ils ont détruit et brisé tout ce qui se trouvait ! A nous de tomber sur les nonnes et les moines! à nous de châtier les affameurs qui les soutiennent! à nous de faire jouer le glaive ! »
Le conseil d'Heilbronn, " divisé contre lui-même, privé de chef ", ne résista pas longtemps. Le dimanche de Pâques, 16 avril, la révolte éclata sur la place du marché. Ceux qui tenaient pour les paysans envoyèrent des messagers à Georges Metzler et à Jacques Rohrbach, les invitant « à se rendre promptement à Heilbronn, parce qu'il serait très- facile d'y pénétrer -. Si les conseillers refusaient d'ouvrir les portes, on ferait sauter leurs tètes pardessus les murs ". Lue bande d'insurgés se rua sur l'hôtel de ville, criant : -. A mort les scélérats qui sont là dedans! ' Ce ne fut qu'à grand'peine que le prédicant de Saint-Nicolas, le docteur Lachraann, ami de Mélanchthon, parvint à les calmer. Lorsque la nouvelle de l'attentat de VVeinsberg se répandit dans la ville, « les conseillers tombèrent dans le trouble et le désespoir ». Aussitôt après le forfait, quelques bourgeois qui y avaient pris part ou avaient été de connivence avec les révoltés revinrent à Heilbronn. Parmi eux se trouvait Christian Weyermann, t dont la pique, encore dégouttante de sang, gardait des débris de cheveux et de chair humaine -. En franchissant la porte d'Heilbronn, il s'était écrié : - C'est maintenant que la danse va commencer pour de