EMEUTES DAMS LE WURTEMBERG. 1Ô
les paysans se persuadaient que Dieu était avec eux et prenait luimême leur défense. Les conseillers de Gmünd furent invités à plusieurs reprises à se joindre à la « Fraternité ». Si vous hésitez », leur écrivaient avec menace les bandes de Gaildorf, « de par la justice divine et le courage que Dieu nous a mis au cœur en nous révélant sa sainte parole, nous marcherons contre vous, et ne vous regarderons plus que comme des impies et des ennemis de Dieu. «
Mais les paysans du Wurtemberg dissuadèrent les incendiaires de Gaildorf de pénétrer plus avant dans le pays. ^- lis se sentaient en état V, disaienl-ils, - de purifier eux-mêmes les couvents et les coffresibrts du duché. »
« Voilà déjà le septième jour que je marche avec les paysans ', disait le général de la horde de Stuttgard à un enseigne qui lui amenait un renfort de deux cents hommes; 'j'ai cru d'abord qu'ils ne se proposaient que le règne de TÉvangile, mais je vois bien à présent que la plupart d'entre eux ne songent qu'au vol et au pillage, ^i
Le duc Ulrich, qui avait conclu depuis longtemps une aUiance en règle avec les insurgés du Hegau et de la forêt A'oire, et qui, d'Hohentwiel, leur avait envoyé toute son artillerie, ne se trouvait pas en personne parmi les bandes dévastatrices de Wurtemberg; mais son conseiller et chargé d'affairef, Fuchs de Fuchstein, marchait avec le quartier général et rendait compte au duc de tous les mouvements de l'armée. Lorsque les révoltés se furent emparés de Sulz, ville appartenant au comte de Geraldseck, Ulrich, alors à llothweil, où il s'était établi avec sa cavalerie, fit dire à Fuchstein « qu'il devait s'efforcer de soustraire la ville à la domination du comte, car autrement les hordes n'agiraient pas fraternellement envers lui >•. - Lorsque vous êtes sur le point de livrer bataille -, disait Ulrich aux paysans, « faites toujours votre possible pour que les choses se passent rondement et que l'assaut soit donné avec entrain et vigueur, car cela est très-important. Si nous agissons avec énergie, nous ne pouvons douter qu'avec l'aide du Seigneur la victoire ne soit nôtre '. Dieu est pour nous! »
' ZiMME[iM\NN, t. II, p. 337-385 — Wagner, p. 233-244. — Stalin, t. IV, p. 288- 295. Parlant de son alliance avec les paysans, Ulrich écrivait le 29 avril 1525 à schaffhouse : ■ Comme Dieu et la nature nous permettent d'adopter et de chercher tous les secours possibles pour recouvrer notre bien, nous nous sommes mis d'intelligence avec l'assemblée des paysans, maintenant réunie dans le Hegau et la forêt \oire, et nous avons reçu d'eux l'assurance qu'ils nous aideraient à recouvrer notre terre et nos gens avec toutes nos propriétés, nous permettant ainsi de rentrer dans notre droit.» — Schreiber, Bauernkrieg, t. II. p. 69. Sur le séjour d'Ulrich à Rothweil, voyez la Chronique de Villinger, dans Mo>e, Quellensammlung, t. II, p. 85. Voyez la lettre d'Ulrich à Fuchstein du 7 mai 1525 dans OEschle, p. 349. . Beaucoup disaient , écrit le chroniqueur de Berne Anshelm, t. VI, p. 287, >. que Dieu avait permis que le duc ne fiU pas choisi
GÖTZ DE BERLICHINfJEN, GÉNÉRAL i;\ CHEF DES REBKI.LES. 5:i9
" Lc Saint-Esprit se déclare pour le peuple, Dieu le veut, tout doit nous réussir! » (elle «'lait aussi la eonviclion des liorrles incendiaires qui s'étaient rassemblées dans le mar{;raviat de Bade, et se ruaient sur les couvents et les châteaux. « Ton bien est mon bien, mon bien est ton bien «, disait un prolétaire à un comte, : car nous sommes tous frères, tons é{;aux dans le Clirisf ' ! » Durlach pactisa avec les insurgés et laissa pénétrer environ trois mille hommes dans ses murs. Bientôt, aux paysans badois vinrent s'unir les hordes de l'évéchcde Spire venues du Brulirain; elles au.ssi s'élaient assemblées pour prêter assislance à la jusiice de Dieu; elles s'étaient emparées de Bruchsal et y avaieni installé un nouveau pouvoir (23 avril). Il avait été décidé qu'a l'avenir, deux de leurs chefs, Frédéric Wurm et Jean de Hall, refîneraient sur le pays, dirigeraient et conduiraient tout au nom des paysans. Les ^ hordes unies des pays de Bade et du Bruhraiu « dévastèrent toutes les abbayes et châteaux des environs. < En somme, les paysans sentaient leur cœur bondir d'allégresse à la vue des ruines qu'ils avaient amoncelées. >' Des pourparlers de paix enlamés par l'évèque Georges de Spire et le margrave Philippe de Bade, et basés sur les réclamations des révoltés, n'eurent aucun résultat; les voies de fait, les pillages continuèrent de plus belle. Dans le Palatinat, où l'émeute s'était également soulevée presque partout, les énergiques efforts du comte palatin Louis pour aj)aiser la révolte et mettre fin aux dévastations n'eurent aucun effet durable^.
Après la prise d'FIeilbronn, les hordes des émeutiers de Franconie, dispersées de côté et d'autre, se réunirent à Gundelsheim, où les chefs tinrent conseil. Wendel Hipler, chancelier et premier secrétaire des rebelles, proposa de solder les lansquenets qui se trouvaient en grand nombre dans les environs, et de les employer à l'instruction militaire des paysans, afin qu'on put s'appuyer sur un noyau de troupes expérimentées. Mais les paysans repoussèrent ce plan,
par les paysans pour général en clief, parce que son conseil et son habileté auraient plongé tout l'Empire dans la détresse, ou bien qu'il eût tout conquis pour lui-niéine, étant donné les forces dont il disposait et la faible résistance qui lui était faite. »
' Voy. ZiMMEivMWN, t- II, p. 584-58G.
^ Battcinkrieg am Oberrheim, dans Mo.NE, Quellensammlung, t. II, p. 18-31. — Haarer. p. 27-34, 36, 50-59. — Voyez IUrtfeldf.r, Bauernkrieg, p. 198. — GEISSEL, p. 275-