GÖTZ DE BERLICUINGEX, GENERAL EN CHEF DES REBELLES
n'étant nullement disposés à partager avec d'autres le fruit de leurs rapines. En revanche, ils adoptèrent le second projet de Hipler, et élirent pour leur général en chef Götz de Berlichingen. Götz, depuis longtemps leur ami ', se présenta donc au camp de Gundelsheim et fut reçu solennellement dans la Fraternité. On lit dans une circulaire datée du 21 avril lô2ô : « Moi, Georges^ .Metzler de Ballenberg, général, et les autres chefs des hordes chrétiennes, nous faisons savoir à tous que nous avons reçu dans notre association et Fraternité le très-loyal chevalier Götz de Berlichingen ^ - Le plan des révoltés était de soumettre d'abord les territoires de Mayence et de Wurzbourg, puis de se porter vers Trêves et Cologne.
Le 30 avril, l'armée des rebelles, commandée par Götz de Berlichingen et Georges Metzler, parut devant Amorbach, abbaye bénédictine. Les deux chefs déclarèrent à l'abbé et aux conventuels, • avec force menaces et graves paroles ", qu'ils étaient venus en qualité de frères chrétiens pour réformer le couvent, et que les religieux devaient « leur remettre de bon cœur tout l'argent comptant, les ouvrages d'orfèvrerie, les joyaux, enfin tout ce qu'ils possédaient, sous peine de perdre la vie ». Pendant qu'on parlementait, la ■• horde fraternelle ') pénétra dans l'abbaye, pilla et détruisit tous les objets de prix qu'ils y trouvèrent : vêtements, vases sacrés, missels précieux recouverts d'or et d'argent, vins et céréales, bestiaux et meubles; l'autel fut profané, le magnifique orgue de l'église brisé. « Et tout cela -, dit une relation du temps, « les chefs, et surtout Götz, eussent pu aisément l'empêcher; mais leur propre intérêt les égara; ils crurent que là où était la guerre, le pillage devait jouer le premier rôle. » Götz eut sa part du butin. Un lot de joyaux valant cent cinquante florins lui fut assigné; la riche crosse de l'abbé en faisait partie, et sa « digne épouse » en arracha aussitôt les perles et les pierreries pour se faire un collier. « Outre cela, les paysans abandonnèrent au chevalier-brigand une somme de cinquante florins. L'abbé, dépouillé de son habit religieux, revêtu d'une blouse de laine que quelqu'un lui avait prêtée par compassion, dut assister au banquet. " On ne but guère que dans les calices, dont seize avaient été dérobés à l'abbaye. Comme l'abbé ne parvenait pas à dissimuler sa douleur, Götz lui dit avec ironie : >< Soyez donc de bonne humeur! ne prenez pas la chose si à cœur, ne vous affligez pas tant 1 j'ai été moi-même trois fois ruiné, et pourtant je suis encore ici! L'habitude vous manque! » « Un pauvre paysan apporta trois hanaps, dont l'un d'or massif et les deux autres d'argent doré. Il les avait, dit-il,
' Voy. plus haut, p. 525.
- Dans OECHSLE, p. 342.
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Irouvés dans le clocher, sous les ardoises, où le sacristain les avait c;ichés. Les chefs s'eu saisirent, et fircnl fo(iciU;r rie verjjes le sacristain '. >'
Ü'Amorbach, (iötz et .Meizler, en leur qualité de premiers chefs du conseil cl delà conin)unaulc deGundelsIieiin > , firent publier un ordre sévère enjoi[;naut de détruire cntiérenieni et de raser -^ sans nid délai le château d'Horncck, ancienne résidence du {jrand maître de l'Ordre Teutoniquc. A AmorJjach, les chefs décidèrent aussi le massacre de tous les princes, seijyneurs et nobles; cependant ils s'enp,ageaient à ne point in((uiéler les {gentilshommes qui viendraient de leur plein gré leur jurer foi et homma[ie^
Bientôt on apprit à Francfort-sur-le-Mein que l'armée évangélique marchait sur la ville, et se proposait d'exterminer les chevaliers de l'Ordre Teu Ionique et les Juifs'.
A Francfort aussi, pendant ces fêtes de Pâques que les paysans célébraient de tous côtés, cette année-là, par des émeutes et des pillages '■, une émeute avait éclaté. Le docteur Gérard Westerbourg, de Cologne, beau-frère de Carlstadt \ partageant toutes ses vues, en avait été le véritable instigateur. Il se donnait pour ^ un homme de Dieu »; il avait fondé '• une Fraternité évangélique ", et dans sa maison, ordinairement pendant la nuit, faisait de fréquentes con-
' Tiré du cahier des doléances de Mayence, dans OEciisle, p. 350-352, Zimmermann, t. Il, p. 504-506.
^ Berlichingi;n-K()Ss.\h. Gesch. des Ritters Götz ton Berlichingcn -Leipzlff, 186l'i. p. -230. — Voy. Wegele, p. 15!)-I64, où il est ainplemeiit prouvé que Götz n'était pas aussi innocent qu'il s'est représenté dans ses mémoires. Voyez l'article de A. Baumgartner sur G(ilz, dans les Stimmen aus Maria-Laach. 1879, p. 298-315.
^ Aveux de Dyonisius Schmid, dans OLcusli:, p. 372.
* Sur l'insurrection de Francfort, voyez pour plus de détails Ki\iEr.K. Frank/uiicr Bürgerzwiste und Zustande, p. 137-203, et Steitz, Gerhard lieslerburg, 70-102. Le premier de ces historiens envisage les événements plutôt au point de vue politique, le second se place surtout au point de \ue relifjieux t-t social, a I'o!]vrage de Kriegk comparez les articles d'Otto dans les Histor. pol. Bl., p. 74, 32t!- 332. Sur la rédaction îles articles de Francfort par Westerburfj, voy. le .Journal de Königstein, n» 86, p- 2-20. et les Annales de Fichard, dans Fichard' s Frankfurter Arcliir. für ältere deutsche Lilteralur und Gesch. (Francfort, 1811), p. 16. Quant à l'origine des articles, comme Otto l'avait déjà remarqué, les recherches n'ont pas encore donné de résultat certain. — Voy. Stern, Die Artikel der Frankfurter vom April 1525, dans les Forschungen zur deutschen Gesch., t. I.V, p. 631-641, et Stiucker, dans les Mitlhcilungen des Vereins für Frankfurts Gesch. und Allerthumskundc, t. IV, p. 195.
ä Voy. K RAFFT, flricfc Und Documente, p. 85.