INSURRECTION A F R ANC FO RT-S U R-L E-M E I N
férences aux factieux. Avant l'explosion du complot, le 17 avril, il avait rédigé des articles, qui avaient été envoyés en manuscrit de Francfort à Mayence, puis portés à Cologne pour y être imprimés, et enfin répandus par beaucoup d'exemplaires, dans le but avoué d'exciter une émeute, s'il se pouvait, simultanée dans ces deux villes. Ces articles étaient à peu près semblables à ceux des autres révoltés; ils commençaient par rejeter l'autorité ecclésiastique et temporelle; puis ils s'élevaient contre les taxes excessives, l'usure juive, les concussions et déloyautés des avocats, et, comme les autres, se fondaient sur l'Evangile. Dans l'envoi au conseil qui les précède, on lit : " Bien que le Dieu tout-puissant ait communiqué à tant d'âmes l'Esprit de vérité et le véritable sens de son saint Évangile, qui illumine les cœurs dans la foi, cependant les clercs ont continné, sans aucun motif, à opprimer le saint Évangile ; le diable, dont ils sont les serviteurs, a tout fait pour égarer le peuple; ses calomnies, ses injures, colportées par ses agents, ont partout répandu le mensonge, et répété que la parole de Dieu engendre l'émeute. Or, comme il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, il est urgent que nous adoptions entre frères certaines lois ayant en vue la gloire de Dieu, l'honneur de >'otre-Seigneur Jésus-Christ, et le triomphe de l'amour et de lu concorde fraternelle. Il faut que nous nous réformions nousmêmes, afin que des étrangers n'aient point à nous réformer'. »
Déjà, pendant un office du carême, le bruit avait couru dans l'église qu'avant la fin de la messe " on verrait dans la ville quelque chose de nouveau, parce qu'une vaste conspiration e! émeute se tramait, et que nobles et roturiers en faisaient partie ». Le 17 avril, les habitants des principaux faubourgs s'unirent, et quelques jours après, la ville était au pouvoir des insurgés. < L'honorable conseil ", dit la Chronique de la ville, « était semblable à un orphelin surpris, trahi, abandonné et désarmé, et comme ceux qui ne sont plus en sécurité de leurs corps, de leur vie, de leur honneur et de leurs biens*. » Les chefs des insurgés qui avaient formé un comité révolutionnaire composé de soixante et onze membres étaient : le tailleur JNicolas Wild, surnommé ' le Guerrier ", parce qu'il avait servi quelque temps; puis l'ami de Westerbourg, Hans Hamerschraidt de Siegen, " chef hardi des cordonniers et des apprentis cordonniers^ ». Le conseil ayant demandé que quatre de ses membres fussent adjoints
' Voy. Steitz, p. 75.
^ Aufiùhrbuchj p. 7.
S Voy. Kriegk, p. 509, note !09. • Duo ex infima plèbe, alter si:tor, alter sartor, seditionis fuere capita, » lisons-nous dans une relation de l'émeute communiquée par Faust. Fischard dit aussi dans ses Annules: « Duces illiusscdilionis, quorum praecipui eraut Nicolaus Wild, sartor, vir temerarius et inter milites aliquot annis versalus, unde vulgo dicebatur a!io cogncraine N. Krieger, alter
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au comilo, les révoltés ré|)ontlirenl ([»'ils n'avaicnl .uiciin besoin fie conseillers; qu'ils étaient à eux-mêmes leurs conseillers, leurs bourgmestres, leur pape et leur empereur. Les villages environnants pactisèrent avec les rebelles, et vinrent appr)rlcr leurs réclamations au conseil.
Dans une adresse présentée le 22 avril au conseil par le comité révolutionnaire après la remise des articles, nous lisons : u si nous devions nous en rapporter aux anciens contrats et aux lois humaines, comme cela s'est pratiqué jusqu'à présent, il nous faudrait abandonner la parole de Dieu et renoncer à l'amour fraternel; or nous sommes chrétiens, et il ne peut nous convenir en aucune manière de nous laisser plus longtemps opprimer par des maximes païennes, opposées à rKvangile. Nous aimerions mieux perdre nos biens et nos vies que de tolérer que la crainte des homme«, les institutions humaines ou les privilèges portassent plus longtemps atteinte à la parole de Dieu. Cependant si par mégarde il s'était glissé dans un ou plusieurs de nos articles quelque réclamation contraire à l'Kvangile ou blessant la charité fraternelle, et si ce fait nous était démontré par des textes précis, tirés de la sainte Ecriture, nous consentirions aussitôt, pour la gloire de cette divine parole, en toute cordialité et bonne volonté, à nous laisser corriger, et nous aurions égard à la remontrance qui nous seniit adressée. Mais ce fait ne s'élant pas encore produit, nous déclarons ne pas vouloir nous laisser égarer <à l'avenir par les lois humaines, résolus que nous sommes à persévérer dans l'observance de la parole de Dieu et dans la pratique de la charité chrétienne'.
Les insurgés ne cessèrent de menacer et d'intimider qu'après avoir obtenu du conseil et du clergé la sanction de tout ce qu'ils réclamaient. « Le conseil ", lisons-nous dans un acte municipal officiel, « ne sachant comment se comporter dans des circonstances si difficiles, se résigne, en présence de l'injuste violence qui lui est faite, à adopter, comme on le lui demande, les articles proposés. » Les conseillers jurèrent donc d'observer les articles, au nombre de quarante-cinq; puis les bourgeois, levant la main, renouvelèrent leur serment. La révolution paraissait apaisée et la tranquillité rétablie.
IMais on s'aperçut bientôt de l'importance qu'avait l'habile restriction placée à la fin des articles. Les insurgés, eu effet, s'étaient réservé le droit, si le besoin s'en faisait sentir, d'y ajouter les récla-
.loaiines Ilamerschmilt a Sigen, siilor, ambo vicini el veteres amici. - Aufruhrlmch, t. VIII, note 1. Voy. Cochl-EUS, De actis et scn'ptis Luiluri, p. 115. ' Au/iuhibtick, p. 45-46. — Voy. Steitz, Gerhard Wcslcrburg, p. 8"2.