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INSURRECTIONS DANS LES EVÉCHES DE MAYENCE ET DE TRÊVES

mations « qui, après un raiîr examen, sembleraient légitimes et vraiment conformes à la volonté divine . Aussi le comité révolutionnaire, au lieu de se dissoudre, forma-t-il avec les plus radicaux de ses membres un comité plus restreint qui, sous la présidence d'Hans Hammersclimidt, apportait tous les jours de nouvelles demandes au conseil, ajoutant continuellement à ce qui avait été adopté, " imaginant, forgeant sans cesse de nouveaux articles, et s'efforçant de rendre les anneaux de la chaîne toujours plus longs et pUis solides >■.

Dans les villes et villages, de Mayence à Coblent?, les paysans et les bourgeois se soulevaient. A Mayence, le 25 avril, les insurgés s'emparèrent des portes de la ville, et se saisirent de Tartillerie. Le coadjuteur de Tarchevéque, Guillaume, évèque de Strasbourg, et le chapitre, parlemenièrent avec eux, et consentirent à adopter les articles*. Les chefs de la révolte distribuèrent dans tout le Bheingau « des symboles d'alliance, des invitations à l'émeute, des assurances de mutuel secours^ ». Tout le pays était travaillé par des agents révolutionnaires éloquents et habiles, probablement envoyés par Luther; ils représentaient tous les jours aux gens du peuple que si, imitant l'exemple donné par tant de sujets des princes de l'Église, ils savaient se débarrasser du gouvernement des clercs et voulaient enfin être libres, ils n'avaient point de temps à ])erdre, et devaient profiter d'un moment où ils pouvaient compter rur la sûre protection de princes puissants et de seigneurs dévoués ^ Le Rheingau ne tarda donc pas à lever aussi l'étendard de la révolte; le coadjuteur et le chapitre furent sommés d'adopter les articles". Aux environs de Trêves, dans les territoires de Sarrebourg et de Blies -Castel, des insurrections

' Voy. Hennés, Albrechl von Brandeuburii, p. 212-216. — May, t. I, p. 665-669.

- Voy. BODMANN, Rheingauischc AUerlhiimer , p. 416, note 6.

^ Aus den Manualactcn des rhcingauischen Statthalters Vltsthum Heinrich Brömser, dnns BODMANN, p. 419, note 4. — Voy. Falk, Luther und der Bauernaufruhr im liheingav, dans le Katholik, 1877, p. lOi-108.

■* L'un de ces articles portait : » .\ucun Juif n'habitera ou ne séjournera à l'avenir dans le Rheinfïau, àcause du dommage que les Juifs font au pauvre homme. SCHIJNK, Beitrage zur Mainzer Geschichte^ t. 1, p. 181, 201. Un article présenté par les paysans du Sundgau et de l'Alsace demande aussi que « tous les Juifs soient chassés du pays, que les autorités ne leur concèdent ni droit de bourgeoisie ni droit de colon, et qu'elles ne leur accordent ni protecliou ni asile ». La chevalerie du Rheingau déclarait relativement à cet arti; le « qu'en ce qui la concernait, elle l'acceptait entièrement ». — Schreiber, Bauemlricj, t. III, p. 20, 31. Les paysans des environs d'Isenheira voulaient qu'on leur livrât îous les biens des Juifs et des prêtres, pour qu'ils en fassent tel emploi qu'il leur plairait. A Rergheim, lesémeutiers mirent en pièces tous les livres juifs et saccagèrent les synagogues. Hart- FELDEK, Bauernkrieg, p. 27, 83. Les bourgeois de Mayence se bornaient à demander que le commerce, les ventes et les achats de vêtements, d'argenterie, de vaisselle d'étain, d'objets neufs ou vieux, sans en rien excepter, leur fussent interdits.

FHANCFOirr-SUR-LE-MKIN MKNACKE. J5i5 515

t'clnlèrent eu mémo (enips. Wesel et lioppard fureiil sur le point de p;icliser avec les rebelles. La nouvelle de ra|)|)roche des paysans ineendiaires jetait les populations dans réponvanle. « F.n l'espace de (juelques jours >•, écrit l'arclievcVjue liicliard de Trêves le 17 avril, < beaucouj) de hameaux et de villages des bords du Rhin ont été criminellcnieni incendiés, soif tolalemeni, soit en |)arlie, et Ton prétend que des niendianls, des {jeiis sans aveu, ont élé chargés de la beso{;ue '. '•

L' « année unie de l'CJdeuwald ;' s'ellorçail, au moyen de ses émissaires, de contraindre les populations des diverses régions de l'archevêché de .Mayence à embrasser la < sainte cause de l'Évangile » . Francfort aussi, disaient les chefs, devait être obligée à se convertir. Sous la conduite de GiUz de Berlicliingen et de (ieorges >îelzler, l'armée des rebelles résolut de marcher sur cette ville. A celte nouvelle, le conseil de Francfort se iiàia de demander aux corporations s'il pouvait compter sur elles en une nécessité si pressante. Oiielquesunes répondirent < qu'elles exposeraient volontiers leurs corps et leurs biens pour le service de l'honorable conseil et de la commune, et qu'elles avaient bonne souvenance de ce qu'elles avaient jadis promis et juré, mais que, dans la crainte d'attirer de grandes calami»és sur Francfort, elles ne s'engageaient nullement à prendre la défense des clercs et des .luifs ». D'autres déclarèrent que, si les paysans se présentaient, elles étaient décidées à ne plus obéir qu'au comité révolutionnaire. " il y avait dans les corporations ><, dit Konigstein,

qu'ilsii'exerçassent plus le mélier de changeur, qu'ils s'abstinssent de toute espèce de commerce jusqu'.^ la procluiine foire, etc., etc., Sciunk, t. HI, p. 69 19 avril). .\ Francfort, la populace fut sur le point de se ruer sur les Juifs, qui ne durent leur salut qu'à rinterveuiiou de quelques liourjjeois courageux. Dans leurs articles, les Francforlois demandaient • que rinloléraljle usure par laquelle les .luifs oppriment le pauvre homme leur fi*!! absolument interdite, et qu'à 1 avenir il leur fi\i défendu soit d'acheter, soit de vendre, f.e conseil répondit ù ces réclamations que, de son côté, il était résolu à ne plus tolérer linique usure juive, dont, au reste, il n'avait pas élé suffisamment informé: mais qu'il serait difficile de défendre aux .luifs de vendre ou d'acheter à l'intérieur de la ville. - Kirchnep., Geschichte von Franc/uri, t. Il, p. 513-521. Dans une lettre de .Mutian à Frédéric de Saxe '25 avril 15J5', il dit que les entretiens qu'il a eus avec les hommes les plus éclairés de son temps l'ont convaincu que les villes libres, par de secrètes machinations et sous le couvert de l'Évangile, excitaient en sous-main les paysans à la révolte, encourageaient les intrigues de meneurs turbulents, soutenus par les .luifs, rêvaient la ruine des maisons princières, de la haute noblesse, du gouverneur, des évéques et des princes spirituels, et songeaient à donner à l'État la forme républicaine. Ce témoignage est curieux. — Tentzelii Rel. epp. Miuiani, p. 75. En ce qui concerne les plans des villes libres, il ne manque pas de vraisemblance; mais par rapport aux Juifs, aucun fait ne le confirme. En tout cas, on ne peut conclure des paroles de Mutian que les Juifs aient jamais formé quelque alliance avec les paysans. — Voy. \. Stekn, De Juden im grossen deutschen Bauernkrieg 1525, dans le Jüdischen Zeitschrift für Wissenschaft und Leben (Breslau, 1S70', 8" année, 57-72.

' Kraus, Deiiräge, 16-17.

5i6 TRAITÉ CONCLU PAR LE COADJUTEUR AVEC LES REBELLES. 1525.

« bon nombre dé misérables qui se réjouissaient de conduire à l'abattoir les prêtres, les Juifs et les chevaliers de Saint-.lean, et donnaient à entendre qu'ils n'observeraient les articles qu'autant qu'ils les trouveraient ä leur gré. • La maison du grand maître de l'Ordre Teutonique fut menacée de pillage; les compagnons s'emparèrent de plusieurs propriétés foncières appartenant à la ville; ils allaient de maison eu maison, cherchant à exciter l'émeute. Un membre du comité révolutionnaire courut sonner le tocsin, voulant, disait-il, mettre sur pied la populace, surprendre les conseillers et traiter avec euK à sa guise. Le vieux bourgmestre, assailli dans sa maison, dut payer une rançon de cent florins; entre le parti radical et le parti modéré, les choses en vinrent bientôt à une lutte ouverte'.

Heureusement, l' armée de l'Union changea lout à coup son plan de campagne. Ce revirement subit lut pour Francfort comme un sauvetage opéré au moment du plus extrême péril ".

L'armée, après avoir contraint les neuf villes de l'archevêché de Mayence situées dans l'Odemvald et sur le Rhin à faire partie de r Ci Union ", rebroussa chemin, et vint assiéger dans son château le coadjuteur de l'archevêque d'Aschaffenbourg. La bourgeoisie seconda les insurgés de tout sou pouvoir. ■- Nous avions solennellement promis au coadjuteur Guillaume, lorsque nous fûmes informés de la venue des paysans, d'exposer notre corps et nos biens pour Sa Grâce '■ , avouait plus tard le conseil, '^ et le coadjuteur avait accepté tous les articles que nous lui avions présentés, nous donnant eu outre beaucoup de gracieuses assurances. Mais nous avons pitoyablement oublié nos serments. » Le coadjuteur ayant manifesté l'inteulion de s'embarquer pour Steinheim avec sa suite et toute la chancellerie, les bourgeois s'ameutèrent, coururent aux armes, s'emparèrent des portes de la ville, élevèrent des barricades avec des charrettes, des tonneaux, des arquebuses, laissèrent pénétrer dans la ville deux cents paysans de Spessart et, secondés par eux, tinrent durant trois jours le coadjuteur prisonnier dans son château, jusqu'à ce qu'enfin il eût consenti à parlementer avec l'Union et à accepter les articles. Ensuite ils proposèrent aux paysans de Spessart d'assaillir les maisons des clercs, promettant de les y aider, d'emporter tout le vin qu'on pourrait y trouver, et de le boire avec eux. Ils poussèrent aussi à la révolte les villageois des environs, et en envoyèrent un grand nombre seconder les bourgeois qui déjà marchaient sur Wurzbourg ^

' Pour plus de détails, voy. Kriegk, p, 168-178.

* l'eischreibuiig von Montag nach unsers Herrn Frojileichnamslag (19 juin) 1525, dans M.\.Y. Beilauen und Urkunden, p. 145-150. — Voy. la lettre de l'évêque (^iuiliaume à l'archevêque Richard de Trêves, vendredi après Misericordiœ (5. mai; 1525, dans Kraus, p. 30-31.

EM K UTK DANS f, F. V I- C H K [iE \V t: i; Z C 0 U li G. 1525. 5i7

Non-sculcmcnl le coadjiilcur, .ipprouvé pur le chapitre, adopta les douze articles dans le traité qu'il conclut le 7 mai avec les insurgés, mais il eut encore la faihicsse cracceplei' luiil ar-liclcs sup|)léinerilaircs, calculés pour (■Iciidre l'insurreclion à tout le |)ays. Les villes et villages y étaient sommés de i-aliticr le traité, de promettre et de jurer de le niainlenir, et en consé(|uence de se montrer obéissants envers les cliel's élus par l'Union. Les communes qui reluseraieut de se soumettre pouvaient s'attendre à être assaillies. Elles devaient s'engager, en cas de nécessité, â aider et à protéger les Irères chrétiens, c. et à mettre à leur disposition les fusils et pièces d'artillerie -. Tous les nobles devaient, dans le courant du mois, se présenter devant les chefs de l'Cuion et se faire recevoir dans la Fraternité. S'ils s'y refusaient, on devait les y contraindre. Le cler};é de l'archevêché devait fournir, dans un délai de (juinze jours, une somme de (juinze mille florins. « Tous les couvents seraient ouverts », et le prêtre ou le religieux qui continuerait à porter un habit particulier serait exclu de la ^< concorde et union fraternelle . Le coadjuteur souscrivit à tout, et promit en outre de se soumettre à ce qui serait adopté et ordonné dans la suite par des personnes équitables, éclairées, compétentes et propres à bien juger des véi-itables intérêts du pays. Le conseiller du coadjuteur, Max Stumpf, qui eut à cette négociation la part la plus importante, alla jusqu'à promettre aux rebelles de marcher avec eux sur Wurzbourg ',

Le comte Georges de Wertheim ne montra pas plus de courage. Il vint en personne au quartier général de l'armée de l'union, à Miltenberg, où avait été signé ce traité. Il prêta serment de fidélité aux chefs des insurgés en leur donnant la main, promit de les aider de sa personne et de ses biens, leur envoya tout de suite des vivres et, comme l'armée se disposait à quitter Miltenberg, se mit en devoir de la suivre avec son artillerie et d'abondantes munitions-. Il incendia et saccagea deux villages des environs, l'abbaye de Bronnbach, le monastère des Carmes à Grünau, près de Wertheim, et le cloitre bénédictin de Holzkirchen, entre Weriheim et Wurzbourg ^ Aussi l'évêque de Wurzbourg se plaignait-il plus tard amèrement du comte Georges. Il avait, disait-il, lâchement abandonné son seigneur au moment de sa plus extrême détresse. Nonseulement, après en avoir été requis, il avait refusé de lui envoyer

• Voy. Zimmermann, t. II. p. 5Î9-521. — Hennés, p. 205-207.

- Voy. Zimmermann, t. II. p. 521.

' S'il faut en croire le Livre brun des archives de de Wertheim, document qui du reste n'est nullement défavorable au comte. Communiqué par A. Raufmann, dans les Freiburgr^ Diöeeian Archiv., t. II, p. 50.

548 ÉMEUTE DANS L'ÉVÈCHÉ DE VVUIiZBOURG. 1525.

des troupes et de prêler son artillerie, mais il avait été jusqu'à se joindre aux ennemis, à faire cause commune avec eux; il leur avait fourni d'importants subsides, des arquebuses, de la poudre, combattant dans leurs rangs, et portant ainsi un nofable dommage à son légitime seigneur. A la tète de sa petite armée, il avait assailli avec les rebelles le château fort de Wurzbourg, agissant non pas en vassal, mais en révolté'. Götz de Berlichingen, également vassal de l'évêque, ne tarda pas à lui signifier aussi son refus de le reconnaître à l'avenir pour son seigneur. Lui. Georges Metzler, et 1' .- armée générale de l'Union de la vallée du Neckar et de TOdemvald », sommèrent l'évêque d'adopter les douze articles, « et toutes les réformes qui seraient plus tard imposées aux Ordres et autorités. Toutes les lois allaient être modifiées, amplifiées, améliorées ; d'autres seraient promulguées; l'évêque devrait consentir à tout. Jusque-là - le saint Évangile et la parole de Dieu n'ayant été ni annoncés ni expliqués suffisamment, les paysans avaient été non-seulement trains, mais grandement et indiciblement opprimés » ; ils avaient été accablés de si rudes fardeaux < qu'il était impossible à des cœurs chrétiens de les endurer davantage ». L'Union accordait quatre jours à l'évêque pour envoyer ses pleins pouvoirs et conclure un traité. S'il dépassait ce terme, elle le prévenait qu'elle se verrait contrainte de protéger par les armes ses frères chrétiens, répandus dans tout le pays^ Du reste, les sujets de l'évêque invitaient eux-mêmes les pa^sans de l'Odenwald et de la Franconie à assaillir Wurzbourg ^

Tout le pays était en pleine insurrection.

^c Les événements vont si vite chez nous et sont si gros de périls >-, écrivait le 16 avril le chancelier de l'évêque à un de ses parents résidant à Constance, - que tout le monde supporte la vie à regret, qu'il soit maître ou serviteur. Sept villes et neuf bailliages, dans l'espace de trois jours, ont abandonné Sa Grâce, et Wurzbourg se montre si mal disposée pour elle, que personne ne saurait dire si Sa Grâce est encore en vie! " - On n'entend retentir que ce cri : A mort! à mort! Aussi beaucoup de chanoines ont-ils quitté la ville; quelquesuns se sont réfugiés à Mayence, d'autres au château de Wurzbourg, d'autres dans quelque sûr abri. Je ne voudrais pas pour cent florins

' * Handlung zwischen U'ürzburg und H'erthcim zu Heidelberg, vom Montag nach Inrocavit iö27. h'lngeiniyiksn" ^. l'nterlassener Assiilenz des Grafen Jörg und Hilf gegen ll'ürzburq in der Bauerschcn Aufruhr. Dans la Gemeinschaft. Fürstl. Löicensteinischen Archiv, zu U'eriheim. Pftirrsachen, n« 1. Le coiute f^eorf^es chercha dans la suite à se justifier et à prouver • que sa conduite avait été celle d'un gentilhomme loyal eL pieux ». — Voy. aussi la Zimmeritchen Chronik, t. III, p. 59.

* Daté d'Amorbach, 4 mai 1525. Yoy. Laurent Fries, p. 191-194. — Voy. l'excellente réponse de l'archevêque, qui s'était réfugié à Heidelberg, p. 199-200.

^ « Comme j'ai pu m'en assurer par mainte lettre », dit Laurent Fuies, p. 174.

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