MATIÈRE DES SERMONS
>ermons pour (ous les dimanches et f(Mcs de Tannée, pour l'Avcnt, le Can'ine; fies séries d'iuslrucl ions sur le /V//c/-, les dix eomniandeinoiils, les sept péchés capilaux ou d'autres sujets; des sermons sur les devoirs d'état, des discours pour les maria^jes, des oraisons funèbres, etc.
Les plus remarciuables de ces recueils sont dus au Carme Dyonisius, au Franciscain Henri Herp, à (Gabriel Biel, prédicateur de la cathédrale de Mayeuce, et à Geiler de Kaisersberjj *.
De tous ces sermonnaires, â peine en est-il un qui n'ait eu plusieurs éditions consécutives, et souvent dans cinq ou six villes diflérenles. Ainsi, par exemple, les sermons du Dominicain Jean Herolt n'eurent pas moins de quarante et une éditions *, antérieurement à 1500, ce qui autorise à penser que plus de quarante mille exemplaires en furent répandus.
Les sermons étaient prêches en langue vulgaire, mais écrits en latin; et lorsqu'ils étaient imprimés, ils paraissaient également dans cette langue. Ce fait n'a rien qui puisse nous surprendre, en un temps où les études de théologie, de philosophie, les lectures des Pères, des scolastiques, des auteurs ascétiques, se faisaient en latin. Les prédicateurs qui profitaient des sermons d'autrui avaient du moins la peine de les traduire. Il leur fallait aussi, selon le conseil que leur donne Ulrich Surgant, dans son Manuel de théologie pastorale, « faire ce travail avec intelligence, ne pas traduire littéralement, prendre surtout l'esprit de ces sermons préparés, puis bien s'enquérir des habitudes de langage du pays où ils prêchent, afin de ne pas s'exposer à employer des expressions inintelligibles ou d'un sens douteux ^ ».
Les prédicateurs des villes supposaient souvent des connaissances trop élevées à leurs auditeurs; et malheureusement beaucoup d'entre €ux apportaient en chaire la science de l'école : les sermons de Gabriel Biel, par exemple, sont en partie de véritables traités sur les points les plus ardus du dogme, sur la sainte Trinité, le péché originel, les sept sacrements ^ D'autres orateurs commentent des livres entiers de la Sainte Écriture dans des suites de longs sermons. " Il est d'usage, dit
' Geffcken, p. 10-14. — Kerker, Zweite Abhandlung, p. 267-279. — Hupfauer, Cher den Passaucr Domherrn Paul IVaun und seine Schriften (Landshut, 1801). — Le livre intitulé Gabriel Biel prédicateur , par Plitt, est très-partial (Erlangen, 1879J. — Pour plus de détails, voy. Cruel, p. 451 et ss. — Voy. les Sermons de Geiler, sur la Nef des fous.
^ H.iiN, u» 8473-8515.
3 Pour plus de détails sur ce qui vient d'être dit, voy. Geffcken, p. 10-14, et Kerker, Ziceite Abhandlung, p. 280-301. L'idée erronée que la prédication se faisait autrefois en latin est maintenant tout à fait abandonnée. — Voy. Statuta synodalia. A. Wenceslao episc. IVratis. a. 1410 publicata ean. 17.
* Voy. Linsenmann, p. 222. — Voy. Keppler, Im histor. Jahrbuch der Görres gesell- -scÄa/i (Munster, 1882, t. III, p. 285-315).
Erasme, que le curé explique à ses paroissiens, dans l'ordre oîi ils se succèdent, les Évangiles, et les Épitres de saint Paul '. >• On faisait trois, quatre et cinq sermons de suite sur chacun des commandements de Dieu-. C'était alors la coutume de mêler à presque tous les sermons des récits plus ou moins longs, des légendes, contes, fables, anecdotes pieuses ou même profanes, destinés à graver plus sûrement dans la mémoire renseignement moraP; mais ces récits tombaient trop souvent dans un merveilleux de mauvais goût ou dans la grossièreté \
Dans les campagnes, le prédicateur se bornait d'ordinaire à rappeler les passages les plus frappants de TP^vangile, qu'ils faisaient précéder ou suivre d'une leçon de catéchisme sur quelque point de doctrine ou de morale K « L'usage que de pieux prêtres ont établi dans les villes et les villages est bien louable », dit le Guide de L'âme ; u le matin ou dans l'après-chnée, ils expliquent aux jeunes et aux vieux les articles de la foi et les commandements de Dieu ; puis ils les interrogent, afin de s'assurer s'ils les ont bien compris. C'est ainsi que les sermons sont rendus intelligibles au peuple, et que les tableaux des commandements, des confessions, et autres qui sont suspendus dans les églises, sont bien compris ". »
L'instruction sur le catéchisme qui terminait souvent le sermon était donnée de beaucoup de manières différentes dans les villes et dans les villages.
Les images sont les livres des ignorants, tel était alors le principe fondamental del'instruction religieuse populaire. C'étaitpouriustruire le peuple par les yeux qu'on avait imaginé la représentation de ces scènes dramatiques appelées mystères, où se déroulait toute l'histoire de la rédemption du monde; dans le même but on reproduisait fréquemment des sujets empruntées aux Bibles des pauvres (Histoire sainte populaire) dans les sculptures, vitraux, retables d'autels; on peignait la danse des morts sur les murs des cimetières, et dans les églises on plaçait des tableaux représentant les stations douloureuses du Sauveur. L'Église attachait à l'exercice du Chemin de la Croix des indulgences spéciales.
' Voy. Kerker, Zweite Abhandlung, p. 278-279.
- Voy. BüCHius, p. 927, 502, et Grube, p. 113.
" F. Pfeiffer, Germania, t. III, p. 407, 444.
* Spéculum excmploriim, II.viN, n» 14915, VOn 1481. — SCHEEG.VNS, p. 132-134.
^ Kerker, Erste Abhandlung , p. 405-408.
Oii se livrait avec uue exlrèmc aclivilé à la compositioa de ces catéciiismes populaires illustrés, surtout dans la seconde moitié du quinzième siècle : JNicolas de Cusa avait probablement ouvert cette voie, car dans ses visites pastorales souvent renouvelées à travers l'Allemagne, on voit qu'il avait fait faire dans les églises, pour combattre la grossière ignorance du peuple, des tableaux au-dessous desquels se lisaient les textes saints, et des représentations en images des dix commandements ou du Credo '.
Geiler von Kaisersberg dit dans sa traduction de l'ouvrage de Gerson sur les dix commandements, la confession et l'art de mourir : « Prêtres, parents, maîtres d'école, directeurs d'hôpitaux doivent faire en sorte que l'enseignement renfermé dans ce petit livre soit écrit sur des tableaux et attaché en entier ou en partie dans des endroits publics, comme églises paroissiales, écoles, hôpitaux, lieux de dévotion. » < Car ce livre a été écrit, ajoute-t-il, pour le salut des fidèles, et particulièrement pour l'enseignement du peuple grossier et ignorant, auquel il ne sera jamais donné de recevoir l'instruction au moyen des sermons prêches à l'église. » « Mais il est surtout destiné aux enfants et aux jeunes gens, qui doivent connaître exactement l'essence fondamentale et les points les plus importants de notre foi. Les parents, pères et mères, doivent marcher dans cette voie de concert avec l'instituteur ^. "
" Interroge souvent tes enfants ■-, dit le Guide de l'âme aux parents, '> assure-foi qu'ils ont bien compris ce qui leur a été dit sur la foi et les commandements, et ce qu'ils ont retenu des explications de la doctrine qui leur ont été données à l'école et à l'église. Là git leur salut et le tien. Il ne suffît pas de savoir par cœur les paroles du Credo, les commandements, les noms des péchés capitaux et des sacrements : tout chrétien arrivé à l'âge de raison doit être en état de les réciter couramment. L'important, c'est de bien entendre le sens de toutes ces leçons ^ " Lanzkrana s'exprime encore plus clairement dans la Voie du ciel. " L'homme, dit-il, est obligé d'apprendre les dix commandements de Dieu avec grand zèle et de son mieux, dès qu'il est arrivé à l'âge de raison. Xon-seulement il doit pouvoir les réciter l'un après l'autre selon le texte, mais encore comprendre ce à quoi chaque commandement l'engage, et comment il doit l'observer, ou bien ce qu'il lui défend; de quelle manière on le méprise, on le transgresse. De même tout chrétien doit apprendre comment on
' Voy. SoTZM\N\, p. 546-547. — Otte, Anzeiger fur Kunde der Deutschen Voneit, t. III, p. 111-112.
- Gfffcken, p. 34-36.
pèche par les sept péchés capitaux et ce qui apparfieul à une vraie pénitence. Qii'û sache aussi ce qu'il doit demander, désirer el espérer de Dieu, et l'explication du Pater. Voilà ce que les pères et mères doivent enseigner à leurs enfants, les maîtres d'école à leurs écoliers, les maîtres à leurs domestiques, les supérieurs à leurs inférieurs, ou du moins voilà ce qu'ils doivent les engager à apprendre, soit par eux-mêmes, soit par le secours d'un autre, autant que cela convient à leur position '. "
Le luthérien Mathésius nous donne ce renseignement, emprunté aux souvenirs de sa jeunesse catholique : - Les parents et les maîtres d'école enseignaient à leurs enfants les commandements, le Credo et le Paler J'ai appris moi-même ces choses dans mon enfance, et, selon l'ancien usage de l'école, je récitais souvent mes leçons â d'autres enfants. -^ Le prince Jean Frédéric, plus tard prince électeur, priait souvent son père, lorsqu'il avait huit ou neuf ans, de lui permettre de courir au catéchiî-me avec les autres enfants de la ville de Torgau, - car il était pour lors agréable au petit seigneur de voir un jeune garçon en interroger un autre d'une manière infelligente et aimable-".
Parmi les catéchismes proprement dits, le plus ancien de ceux qui nous soient connus, c'est le Miroir du chrétien, que le grand prédicateur populaire Dedcrich Coelde, religieux minime de Munster, en Westphalie, fit imprimer en 1470 en bas allemand, et qui fut maintes fois réédité dans la suite. Il est si simple, si clair, d'un style si ferme et si précis, qu'on pourrait s'en servir aujourd'hui avec autant de profit qu'il y a quatre siècles. La pensée dominante qui l'anime, du commencement jusqu'à la fin, c'est celle-ci : Jésus mon tout et tout pour Jésus. Après une instruction sur la foi en général, il traite du symbole des Apôtres, des deux principaux commandements sur la charité, des huit autres commandements de Dieu, et des cinq de l'Église.
« Comme la foi est le fondement de toutes les vertus et le commencement de la félicité humaine • , dit l'auteur, « il est nécessaire et trèsutile que l'homme bon et vertueux récite souvent le Credo, et y réfléchisse tous les jours. « - Et nous ne sommes pas seulement obligés à croire les douze articles du symbole, mais encore tout ce que les saintes Écritures nous révèlent et ce que la sainte Église chrétienne nous ordonne de croire \ ' A propos du premier commandement, Coelde cherche à imprimer avec force dans les esprits la pensée suivante : « L'homme doit mettre sa foi, son espérance et son amour
1 p. 7 et 8. Voy. Geffcke\, Suppl, p. 107 et 108.
5 Briisilein Luthers' s Einßuss au/ das Volkschubccsen, p. 19-20.
* Tous les autres livres d'enseignement de l'époque s'expriment de la même manière sur la nécessité de la foi pour le salut. Pour plus de détails, voy. Brück, p. 14.
en Dieu seul, cl iioii ditiis imcimo crcjiliii'c : ceux donc (|iii niellent danslcs s;iin(s, plusqn'cn Dieu, leur loi, leur espénincc el leur amour, pèchent confrc le prcmiei' commandement '. >
Après avoir parlé des commandements, Coelde traite du péché. 11 parcourt successivement les sept péchés capitaux, les péchés de participation, les péchés conlre le Sainl-Ksprit et les autres; puis il en vient â la doctrine de l'absolution, à la contrition, la confession et la satisfaction; il traite ensuite de la doctrine des œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, etc. Les chapitres sur la prière, l'assistance dévote à la sainte messe et la sanctificatiou de la journée chrétienne sont particulièrement remarquables. Les devoirs d'état y sont aussi très-clairement exposés.
Le chapitre sur la préparation à la mort et sur la confiance unique que nous devons avoir dans les mérites de Jésus-Christ, sur le repentir et la pénitence des péchés qui tirent toute leur efficacité et puissance ' de la dure expiation de Xotre-Seigneur -, est très-remarquable. Comme le livre n'est pas seulement un catéchisme, mais aussi un livre de prières, ou y trouve, mêlées au texte, de ferventes oraisons jaculatoires, que les malades devaient, ou prononcer eux-mêmes, ou se faire suggérer. On conseille aussi de leur lire la Passion du Sauveur.
Ce que l'auteur recommande de la manière la plus pressante pour la méditation journalière, est aussi conseillé dans tous les livres d'enseignement religieux, manuels de prières ou sermons de cette époque. ' Tu ne dois jamais t'imaginer, est-il dit dans une explication des dix commandements (1515), et aucun homme ne le doit, qu'il nous soit possible par nous-mêmes d'entrer dans la voie du salut. Nous ne devons pas non plus penser que par nos vertus et nos bonnes œuvres, nous pouvons être sauvés. S'il nous arrive cjuelque bien, nous en sommes uniquement redevables aux mérites admirables de Jésus- Christ, à la miséricorde sans bornes de Dieu, qui ne veut pas nous juger selon son équité, mais nous faire grâce. C'est dans cette miséricorde que nous devons nous réfugier, prenant notre asile dans l'aimable Cœur de Jésus. Le Père très-puissant ne nous méprisera pas, lorsque nous serons abrités dans cette maison paternelle où il y a beaucoup de demeures *. "
" Tout chrétien, dit Albert von Eyb dans son Introduclionà la perfection chrétienne, doit invoquer Dieu de cette manière : — Je ne puis moi-même me sauver par mes œuvres, mais toi. Seigneur mon Dieu, sauve-moi, aie pitié de moi. Mes mérites ne me donnent nulle consolation, mais je me confie en ta divine miséricorde, tu es mon unique
' D'ordinaire, dans les catéchismes, on expliquait ce qui concerne le culte des saints, de suite après les chapitres sur Dieu. Geffcken, p. 53. ^ Voy. Brück, p. 17 et 3, note 5.
espérance. Hélas! mon Dieu, c'est envers toi seul que j'ai péché; je te suis assez cher pour fjue tu aies voulu me sauver. Tu m'as aimé jusqu'au point de daigner me racheter. Ne me laisse pas devenir si indigne de tes regards que tu en viennes à me perdre '. « Geiler de Kaisersberg enseignait aux fidèles cette prière (1482) : ^- Très-doux Jésus, en toi est mon unique espérance. Seigneur, je te demande ton Paradis, non à cause de mes mérites, mais en vertu de ta très-sainte Passion par laquelle tu as voulu sauver ton indigue serviteur, lui achetant le paradis au prix de ton sang précieux. » Les fidèles, dit-il ailleurs, doivent invoquer la Sainte Vierge ainsi qu'il suit : « Reine des cieux, mère de miséricorde, refuge des pécheurs, réconcilie-moi avec ton Fils unique, et demande grâce pour moi, misérable pécheur ^ » Dans une instruction pastorale de Surgant (1502j, le prêtre est invité à exhorter les malades comme il suit : " Notre cher Seigneur Jésus a souffert le martyre et la mort amère pour vous et pour tous les hommes sur l'arbre de la sainte Croix, car il ne veut ni ne désire la mort éternelle de l'homme, mais qu'il se convertisse et vive éternellement. Vous ne devez donc pas désespérer de la miséricorde de Dieu, mais mettre eu lui tout votre espoir et toute votre confiance, supporter patiemment votre maladie et unir vos faibles souffrances aux grands tourments de Jésus-Christ. Ne craignez donc pas les assauts du démon, car, à l'ombre de la sainte Croix, vous aurez un refuge dans toutes vos peines. " — « Invoquez aussi la très-digne et glorieuse reine et mère de Dieu, la Vierge Marie, tous les saints et anges de Dieu, afin qu'ils vous assistent à votre dernière heure, et vous conduisent, lorsque vous sortirez de ce siècle, à la félicité éternelle ^ » Dans le Petit Jardin de l'âme, un des livres de piété les plus excellents et les plus répandus de l'époque, l'instruction sur la manière de bien mourir est vraiment remarquable. " L'homme doit tous les jours apprendre cette leçon, et tant et si bien l'apprendre qu'il la sache enfin entièrement. " Voici ce qu'il y est expressément dit et conseillé sur la préparation à la mort : " Tandis que ton âme, cette noble création de Dieu, est encore en toi et que tu respires encore, tu ne dois mettre ton espoir et ta confiance en rien autre chose que dans les mérites et la mort de Jésus-Christ. » Le chrétien doit donc s'écrier : - 0 miséricordieux Seigneur Jésus, je mets ta mort douloureuse entre ta sentence et ma pauvre âme M » Ulric Krafft, dans son Combat spirituel {iô03), dit aussi : « Je sais que
' Spiegel der Sillen (Augsbourg, 1511, p. 125).
* Geiler von Kaisersiserg, Wie man sich halten sol bei einem sterbenden Menschoi., 1482. Fac-simile avec une introduction par L. Dacheux (Paris-Francfort, 1878).
^ Extrait du Manuale Ciiratorum. — Voy. HaSAK, Relig , liter., p, 238-239. — Voy. A mes critiques, p. 42-44.
* Tiré de l'édit. de Strasbourg, 1509. — Hasak, Christliche Glaube, p. 367-372.
nous avons un Dieu plein de bonté; je veux moiuMP en me confinnt en son amour et sa miséricorde, et non en espérant dans mes bonnes œuvres '. ' Mais cette vérité que le salut du genre humain est attaché à la Passion de Jésus-Christ, et que nous ne serons sauvés et introduits dans le Paradis que par elle, n'est exprimée nulle part d'une manière plus profonde et plus touchante que dans le livre intitulé : Trésor des vraies richesses du salut (1491) : « IN'otre force, notre salut, dit l'auteur, notre défense, notre victoire est dans la foi. Si elle est forte en nous, nous serons puissants contre le démon; si elle est faible, nous serons faibles; si nous perdons la foi, ce qu'a Dieu ne plaise, nous perdons notre défense. Si notre foi est inébranlable, nous sommes supérieurs à tous nos ennemis, qui ne peuvent nous nuire et nous vaincre que s'ils parviennent à l'affaiblir ou à nous la ravir. Que celui donc qui veut résister au démon et remporter sur lui la victoire, se tienne inébranlablemcnt attaché à la foi et la conserve intacte. Lorsque le démon t'attaque par l'orgueil et te fait croire que tu n'as rien à redouter du jugement de !)ieu parce que tu as fait ceci et cela, et tant de bonnes œuvres, et parce que ta bonne vie et ta sainteté t'ont bien mérité le salut, montre-lui l'article du symbole qui parle de la Passion de Jésus-Christ, comme pour lui dire : Xon, avec mes petites œuvres, faibles, imparfaites, sans durée, il serait impossible que j'eusse mérité l'éternelle félicité! Mais voilà Celui qui l'a acquise, Celui, dis-je, qui a souffert pour nous sous Ponce- Pilate, qui a été crucifié pour nous, qui est mort pour nous. C'est dans la Passion et les mérites de Celui-là seul que j'espère; c'est sa grâce et sa douceur que j'invoque, parles mérites de tous les saints et de toute la sainte chrétienté. » — " Réfléchis bien •', est-il dit dans l'avertissement au lecteur de ce même livre, « à ce que conseille la fidèle mère de tous les chrétiens, à ce qu'elle enseigne, à Celui auquel elle nous adresse et veut nous conduire. Cette mère très-sage et très-fidèle, l'Eglise romaine, met sa plus haute et sa meilleure espérance dans la passion et la mort de Jésus-Christ, et elle apprend à ses enfants à recourir à lui dans leurs plus grands et suprêmes périls, témoignant ainsi qu'il n'est pas de plus siir refuge dans la détresse ^. »
Un autre catéchisme du même temps, le Guide de l'âme, que nous avons déjà cité, se distingue particulièrement par la clarté avec laquelle y est exposée la doctrine sur les sacrements et sur le culte des saints : - Sache, mon cher frère, dit-il, que la sainte Église a toujours enseigné que la prière qu'on adresse aux saints est fertile en grâces pour celui qui veut parvenir au ciel. Invoque-les donc avec
' Hasvk, p. 431-442.
- Paj-^e D. el a-. Von den Früchten des Leidens Christi. Tay. Aa'. — Od*. Pag. Dd*., llh^
3S L'INSTRUCTION l'OPULAlKE ET 1- A SCIENCE.
fei'veur, afin qu'ils ( "aident par la prière à accomplir tout ce qui est bon et selon la volonté de Dieu; ue leur demande rien d'autre. Ton anp,e aussi t'aidera, ainsi que ton patron, et tout particulièrement Marie, .Mère bénie du Seigneur. Seulement sois attentif à les prier comme tu le dois, mettant ton unique confiance en Dieu seul. Ainsi faite, ta prière sera bonne et agréable à Dieu; autrement, non '. »
Il semble que dans ce chapitre, le Guide de l\îme se soit inspiré de YExpUcüüon des douze articles de It foi chrétienne, imprimée à Ulm en i486, où il est dit apropos des saints : « L'Église triomphante, c'està-dire les saints du ciel, intercède pour l'Église de la chevalerie (lÉglise mililantej; car dans la patrie céleste, les saints ont une charité plus ardente que celle qu'ils avaient ici-bas. Sur la terre, ils priaient pour les vivants et les morts; or, comme l'amour ne tarit jamais, ils continuent dans le ciel à prier pour les vivants, et aussi pour les morts qui sont dans le Purgatoire. Celui qui dit le contraire tombe dans l'erreur des hérétiques qui prétendent que les saints ne prient pas pour nous. »
<i Tout ce que nous demandons dans nos prières ne, tend qu'à obtenir ce qui est nécessaire à la vie éternelle que Dieu seul peut nous donner; cependant les chers saints, par leurs prières et leurs mérites, peuvent nous aider à l'obtenir de Dieu. Donc, notre prière, à proprement parler, ne s'adresse qu'à Dieu seul, de qui nous attendons ce que nous demandons par nos prières. Aussi l'Église ne ditelle pas : " Christ, priez pour nous ; mais ^- ayez pitié de nous. " « >ious nous adressons à Dieu comme à notre Créateur et Sauveur », est-il dit dans le Petit Jardin de l'oraison (1516), - et nous le supplions de nous donner sa grâce et la gloire éternelle, de nous pardonner nos péchés -, etc., au lieu que nous demandons aux saints qu'ils nous obtiennent, par leurs prières, grâce et pardon auprès de Dieu ; car s'ils ne peuvent nous donner la grâce et la gloire, ils peuvent néanmoins nous l'obtenir par leurs prières. Voilà pourquoi nous disons à Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme en une personne unique : Seigneur, aie pitié de moi, pardonne-moi mes péchés, fais-moi part de ta grâce, donne-moi la vie éternelle! Au lieu que nous disons aux saints : O Vierge Marie, prie Dieu pour moi ! Obtiens-moi grâce et faveur! Aide-moi par ton intercession à obtenir la vie éternelle, etc.^ » La doctrine qu'on cherchait à imprimer profondément dans les esprits et qu'on enseignait universellement est celle-ci : - Il faut invoquer les saints, et les prier, non de nous secourir par eux-mêmes et de nous donner ce que nous demandons, mais de prier sans cesse
* Hasak. Christliche Glaube-, p. 94-95.
» P. 65 (Augsbourg, 1513 et 1515j.
ensei(;nement du catéchisme. 39
le Toul-Puissant de nous accorder ce que nous souhaitons, en faveur de l<'nr désir el de leur amilié '. ^^
La doctrine sur les indul{;ences n'es! pas exposée avec moins de clarté : « L'indul{jence, explique (ieiler von Kaisersberg, est la rémission d'une faule, mais de quelle faute? Il n'est nullement question d'un péché mortel, puisqu'il faut en être exempt pour obtenir l'indulgence. 11 ne s'agit pas davantage du châtiment éternel dû au péché, puisqu'il n'est pas de rédemption dans l'enfer. Il ne s'agit ici que du châtiment temporel que le pécheur a encore à subir, lürs(|ue s'étant repenti et ayant fait pénitence, il a déjà mérité que les peines éternelles dues à ses péchés soient changées en peines temporelles ^ " — « Sache, dit le Guide de l'dme, que l'indulgence ne remet pas les péchés, mais seulement les punitions (jue les péchés ont méritées; sache que lu ne gagneras aucune indulgence si tu es dans le vice, si auparavant tu ne t'es confessé, si tu ne t'es sincèrement repenti et si tu n'as pas dans le cœur le ferme propos de te corriger. Sans toutes; ces choses, rien ne t'aidera. Dieu est clément et miséricordieux, et il a donné à la sainte Église le pouvoir de délier les péchés ainsi qu'un grand trésor de grâces, mais il ne les dispense pas à celui qui n'est pénitent qu'en apparence et s'imagine pouvoir obtenir le ciel par des œuvres extérieures \ " La Somme de Jean (1482) explique de même que celui-là seul gagne les indulgences " qui a un vrai repentir de ses péchés... ) Si l'homme est en état de péché mortel, il ne gagne pas l'indulgence, car elle n'est jamais pour les pécheurs : elle n'est pas non plus distribuée dans la même mesure à tous les chrétiens vraiment repentants : on y participe d'autant plus qu'on met pour l'obtenir plus de dévotion et de ferveur, en y joignant une aumône faite suivant ses moyens '. < Contre ceux qui disent en parlant des indulgences " qu'on peut obtenir le pardon de ses péchés pour de l'argent et qu'elles sont vénales ', YExplicatmi des articles de la foi remarque que l'Église ne prétend pas amasser de l'argent par les indulgences, mais qu'elle n'a en vue que la louange et la gloire de Dieu. " Tous ceux qui aident à bâtir des églises ou à les orner ne gagnent pas l'indulgence, mais ceux-là seuls qui sont exempt de péchés mortels et apportent leur offrande par dévotion, avec une vraie foi, une grande confiance dans la communion des saints et surtout dans les mérites de ceux en l'honneur desquels ces églises sont construites,
' Summa Johaiinls, de Frère Bfrchthold, Dominicain. Trad. allem, parue chez Sorjj à Augsbourîï, 1482. p. 30'\ — Voy. Br.LCK, p. 20-21. — II.vs.vk, LU. rcUg.. p. 210. — Voy. Himmelstras/ic, p. 39''. — Voy. A mes critiques, p. 32-49.
- Voy. LiNDEMVW, p. 81.
* Voy. llAS.VK. 62. — Voy. aussi Himmehtratsc , p. 39. — Geffcken, Suppl., p. 109.
accompagnant ces sentiments d'une ferme es^pérauce dans la miséricorde du Dieu très-clément '.
Un manuel de catéchisme plus étendu, livre de piété en même temps que livre dogmatique, c'est la Conwlntinn de l'âme (Seelentrost) *. C'est un des plus beaux ouvrages qu'ait produits la prose allemande au quinzième siècle. Il a été imprimé bien des fois en plusieurs dialectes, de 1474 à 1491, et en différents endroits, à Augsbourg, Cologne, Utrecht, Harlem, Zwolle et ailleurs. « J'ai l'intention -, dit son auteur dont le nom est resté inconnu ', d'écrire en allemand un livre tiré de TEcriture sainte pour la louange de Dieu et l'édification de mes frères les chrétiens; je veux composer ce livre de fleurs cueillies par bien des mains, et il s'appellera la Consolation de l'âme; j'y parlerai des dix commandements, des sacrements, des béatitudes, des six œuvres de miséricorde, des sept fêtes de Notre-Seigneur, des sept dons du Saint-Esprit, des sept péchés mortels, des sept vertus cardinales et de tout ce que Dieu m'inspirera... Ce qui n'est pas conforme â la vérité, je le laisserai de côté, et ne choisirai que ce qu'il y a de meilleur, que ce qui est pur et consolant. Je ferai comme le médecin qui cherche des plantes utiles pour en composer des remèdes, ou bien comme la colombe qui choisit les plus beaux grains pour s'en nourrir. Je demande à tous ceux qui liront ce livre de prier Dieu pour moi, afin que je profite de leur prière et que je parvienne avec eux là où nous trouverons l'éternelle consolation de nos âmes. Oue le Père, le Fils et le Saint-Esprit nous aident à l'obtenir! • L'explication de chaque commandement est suivie d'anecdotes destinées à enseigner, à conseiller, à avertir. Elles sont d'une délicatesse de sentiments et d'une beauté de style remarquables.
Comme on attachait une grande importance a la digne réception des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, la plupart des livres d'instruction religieuse paraissaient annuellement, sous forme de manuels de confession, examens de conscience, traités sur les dix commandements, sur les diverses sortes de péchés, sur la préparation à la sainte communion. La plus grande partie des nombreux livres de piété écrits en allemand à cette époque ne contien-
' Hasak, Christliche Glaube, p. 96. — Voy. la doctrine sur les induljjences dans le livre intitulé : Die l.icbe Gottes, viilsammt dem Spiegel der kranken und sterbenden Menschen, chap. XVI. Auf^sbourj;. 1494. — IIasak, p. 164-168. — Voy. les sermons de Ceiler (Aufïsbounç, l.ô04 . — Sur les indulgences, voyez encore le travail de .lacques de JLTEr.Buck ^mort eu 1466i, Kellner, p. 327-329. — Voy. Wir-
TENWEILER, Z?'";?., p. 101-112.
* GeffckeN, p. 45-49, 110-lil. Anzeiger für Kunde Deutschen l'oz-ciV, p. 13, 307-309. — IlASlK, p. 100, 106.
' HAinzHrni, Bibliotheca Colon., p. 188, attribue au prêfre Jean Moirs le livre de la Consolation de l'âme. — Voy. BiNTERiM, t. \ H, p. 564.