‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 47 sur 477 · EXAMENS 11 E CONSCIENCE · texte numérisé non relu

EXAMENS 11 E CONSCIENCE

nenl que fies instructions sur la confession et la communion '. Pnrmi les livres do[',matiques sur la confession, le livre de Jean WoH'f, vicaire de ré,<',iise Saint-Pierre de Francfort-sur-le-Mein, brille au premier ran(;' (1178) -. Il commence par une exccllenle inslrncüon adressée aux enfants qui se préparent à se confesser pour la première fois, et conlient à la suite de l'examen sur les dix commandements, des chapitres sur la foi, l'espérance et la charité, sur les sacrements, les diverses sortes de péché, la contrition, la confession et la satisfaction. Le pénitent, s'examinant d'après l'examen de conscience qu'il trouve en ce livre, doit se demander, par exemi)le, s'il amis toute sa confiance en Dieu seul. S'il n'en est pas ainsi, il doit s'en accuser, et dire : « J'ai mis mon espérance de salut éternel, ou dans un saint, ou dans une créature ", car '■ il faut mettre en Dieu seul toute espérance de pardon, de ,",rAce et de salut ; . Relativement au culte des images, VVolff s'explique ainsi qu'il suit : '= Item, nous devons honorer les images des saints avec beaucoup de vénération, non pour ellesmêmes, mais parce qu'en les regardant avec respect, nous témoignons de l'honneur aux personnes que ces images représentent : c'est ainsi que l'a toujours entendu la sainte Église, et penser autrement serait de l'idolûtrie ^ ■' Le chapitre sur le quatrième commandement est très-instructif. Il est intitulé : Des devoirs des enfants envers leurs parents selon la chair, et du respect, amour et obéissance qu'ils leur doivent. Les devoirs des enfants envers leurs supérieurs spirituels, leurs maîtres et instituteurs, les autorités temporelles, les pauvres et les vieillards y sont aussi exposés. A propos de ces derniers, il est dit : " Les pauvres vieilles gens sont tes père et mère suivant l'âge, et tiennent la place de .lésus-Christ. " Vient ensuite comme point de confession : « Je me suis moqué des pauvres et des aveugles, je ne les aipashonorés avec les sept œuvres de miséricorde, je ne les ai ni visités, ni nourris, ni abreuvés, ni vêtus. Je ne les ai pas reçus dans ma maison, ni ensevelis suivant mes moyens; je les ai rudoyés, je les ai fait longtemps attendre à ma porte ''. " Le chrétien doit considérer son superflu comme la propriété du pauvre, et par conséquent s'examiner sur ce point, disant, s'il est coupable : " J'ai été trop attaché à mon

' Pour plus de flétails sur les examens de conscience, voy. Falk, Druckkunst, p. .38-44, 99-104. — Voy. Munzenberger, t. III, p. 33. — IIasvk, Ihligiöse Literatur, p. 214.

ä Voy. MuNZENBEUGER, p. 3-.33. — Geffckex, p. 26-28. — Buuck, p. 27-28, 35-37. — Voy. Eine schone geistliche Lehre und L'nterwcysinge van der Dichte und van dem Sterbenden mynschen und dem (jiUden Scclcnlrosl (Magdebourjj, 1486). — Voy.

MtNZENBERGER, p. 24-72.

^ Voy. p 6 et 7. Le texte est tout senil)lable dans la traduction faite par Geiler de l'opuscule de Gerson sur les commandements. Geffcken, p. 38. — Voy. sur le culte des images le tome second de cet ouvrage, 7« édition.

superflu qui est le bien du pauvre; je l'ai tant aimé que je n'ai pas donné l'aumône ^ •■

Sur le repentir nécessaire pour obtenir le pardon de ses péchés, il est dit : " Il faut que tu saches qu'il y a diverses manières d'éprouver du repentir, de la douleur et du chagrin de ses fautes. La première, c'est quand l'homme remarque et comprend que ses péchés mortels sont opposés à une vie vertueuse et morale. Alors un grand déplaisir et dépit vient dans son cœur à la pensée de ses péchés... Les païens, les Juifs et les Turcs éprouvent la même douleur. La seconde, c'est lorsque l'homme remarque et réfléchit que, par ses péchés mortels, il a perdu et gaspillé son bon renom, et qu'il ne sera plus cru ni estimé parmi les hommes; alors ses péchés lui causent du repentir parce qu'il voit qu'il a perdu sa bonne réputation, et qu'à la place, il en a maintenant une mauvaise, étant considéré comme adultère, meurtrier, voleur, etc., etc. La troisième, c'est quand l'homme songe qu'un seul de ses péchés mortels le jettera dans le feu éternel de l'enfer; alors une grande douleur naît dans son cœur à la pensée que, s'il est surpris par la mort dans l'état où il est, il sera éternellement damné. L'homme se repent encore d'une autre manière; c'est quand il réfléchit que le péché mortel le privera de la vue du Dieu tout-puissant et de la béatitude éternelle; alors la douleur de ses péchés se fait jour dans son cœur à l'idée qu'ils lui ont ravi la félicité du ciel. Dans toutes ces douleurs l'homme ne cherche uniquement que son honneur et son profit; il ne désire fuir que ce qui lui est désavantageux, le déshonneur, les peines personnelles: ainsi, il se cherche lui-même, uniquement, et non l'honneur et la gloire de Dieu. Or, il faut que tous ceux qui sont coupables de péché mortel en viennent à les regretter uniquement parce qu'ils ont péché contre le très-haut, très-parfait et tout -puissant Seigneur, leur Créateur, leur Père et souverain Rédempteur; contre son amour paternel, insondable, et contre son honneur et sa gbire, outrageant par le péché mortel ses ordres divins et sa volonté. Lorsque l'homme ressent une telle douleur dans son cœur avec une forte el ferme résolution de ne jamais plus rien faire contre Thonueur de son .Maître, lorsqu'il est résolu à confesser ses péchés, à faire pénitence, et met ensuite son espérance dans la miséricorde infinie de Dieu et dans la Passion de Aotre-Seigneur Jésus-Christ , alors les péchés mortels sont effacés de son àme et pardonnes, et l'amour créateur de Dieu lui est de nouveau donné et infusé; de telle sorte que cette âme retrouve sa belle parure, qu'elle est ornée et revêtue de nouveau par la grâce, el redevient le temple de Dieu. Avant et pendant laconfes-

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sioii, loiil clirélieii doil s'exci 1er soigneusement au repentir et à la douleur '. »

Avecles livres d'ensei{jnement religieux el les manuels pour la cou-lession, paraissaient encore en al)ondance des récils de la vie de .lésus- Christ « tirés des quatre évan{jélisfes et accompagnés de courtes instructions chrétiennes , puis ce qu'on appelait les Plenaries (Livres desEvau(;iles),<jui contenaient dcsexplicatiousenallcmandde la sainte Messe. Le nombre des livres de piété, de vies de saints, de légendes pieuses, grossissait d'année en année ^ : ' Il est très-utile pour les chrétiens instruits, ainsi que pour les ignorants , écrivait le réformateur ecclésiastique Jean Busch, ^ de posséder et de lirejournellement des livres édifiants sur les vertus et les vices, sur l' incarnation, la vie et la passion de Jésus-Christ, la vie, les saintes actions et les tourments des saints apôtres, martyrs, confesseurs et vierges, les homélies et les sermons des saints, car ils nous excitent à l'amélioration de notre vie, aux bonnes mœurs, à la crainte de l'enfer et à l'amour de la patrie céleste ^ »

'■ Homme orgueilleux, dit VEvangile de Bdic (1504), n'as-tu pas honte de ne pas prendre la peine d'acheter de bons livres, lorsque tu peux maintenant les avoir pour si peu d'argent? Tu y apprendrais des choses qui t'attireraient à une véritable humilité et qui nourriraient ton âme, au lieu de dépenser inutilement ton avoir pour des objets de luxe et de vanité *. "

Une attention toute particulière doit être accordée aux livres d'enseignement religieux connus sous le nom de Plenarkx. De 1470 à 1519, il en parut quatre-vingt-dix-neuf éditions et remaniements différents, en haut et en bas allemand '. Ces livres contiennent les épltres et les évangiles de l'année ecclésiastique, avec leur explication. Dans les éditions augmentées, on trouve encore le texte allemand des prières de la messe pour tous les dimanches et fêtes, les explications de la liturgie, et des récits instructifs autant que saisissauts destinés à graver dans les esprits d'une façon durable et pénétrante les conseils du pieux livre. Si l'on n'avait conservé de cette époque d'autres livres d'enseignement que les Plenaries, ils nous fourniraient à eux seuls la preuve irrécusable que pour l'instruction religieuse du peuple, il fut fait davantage à cette époque que dans les

- Un des plus beaux, le Passional, ou Vies des Saints, parut chez Koburyer, eu 1488, à Nureml)er{î; il est orné de deux cent soixante-deux gravures sur bois. Falk, Druckkunsi, 83-98.

' Blschius, p. 926.

* Das plcnaric Buocli (Baie, 1514, p. 228).

^ Voy. le catalogue des diverses éditions si soigneusement dre>sé par Falk, Druckhunst, p. 80-83.

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temps qui Tont précédée ou suivie. En effet, quant au fond, ces livres sont supérieurs, sous bien des rapports, à ce qui se publie aujourd'hui dans le même genre, et certains d'entre eux peuvent compter parmi les meilleurs ouvrages qu'ait produits la prose allemande '.

Tous ces livres, destines à l'usage général du peuple, prouvent évidemment cjue les enfants et les adultes étaient instruits dans les plus hautes vérités du salut et conduits à une vie chrétienne vraiment solide. Nulle part on n'y entend parler du salut par les bonnes œuvres, d'un culte idolâtre des saints ni d'une doctrine faussée sur les indulgences. A la vérité, dans les histoires mêlées à ces livres d'instruction et de piété, et dans les légendes des saints, il y a un amour du merveilleux qui prend toutes les formes, et se porte bien souvent sur des choses puériles. Mais à travers ces scories brille l'or pur d'une foi inébranlable eu la puissance suprême qui anime et gouverne tous les êlres, est partout présente, abrite paternellement les bons, ébranle les chancelants, et brise, dans sa redoutable vengeance, les audacieux et les révoltés. Aussi ce merveilleux ne laissait-il pas que d'avoir une salutaire influence sur la conduite de milliers d'âmes -. ^ Il n'est pas nécessaire que tu croies toutes les merveilles que tu lis dans les livres pieux ^ dit le Guide de làtne. " Les miracles de la sainte Écriture sont véritables, et il y en a encore beaucoup d'autres qui sont tout à fait dignes de créance, et que les chers saints opèrent par la grâce de Dieu; mais sache que, dans les livres, beaucoup te sont seulement racontés pour te servir d'exemple et te montrer la splendeur de la puissance et de la majesté de Dieu, qui récompense les bons et punit les méchants ^ •■■'

Dans l'ensemble des livres employés et reconnus par l'Église, nous trouvons la doctrine la plus pure, la plus authentique, la plus orthodoxe. La note fondamentale qui y domine est bien rendue par les paroles d'un Exercice pour se préparer à la sainte Communion, édité à Bâle et souvent réimprimé : " Entre dans l'intime de ton cœur. Trouves-y Jésus crucifié; cache-toi dans ses plaies sacrées. Loin de toi toute confiance en tes propres mérites; tout ton salut ne se trouve que dans la croix de Jésus-Christ. Mets-y donc avec joie ton unique espérance \ >^ Citons aussi les paroles du cantique par lequel commence le Petit Jardin béni :

Le soleil de la divine r>i'àce Luit sur nous, plein d';unour.

' Alzog, p. 13-64. — Fai.k, Dnœklimst, p. 29-33.

- Comme le dit très-justement liLr.TEU, l'apst Iimoccn:, Jli, t. IV, p. ô37,

* Alzog, p. 71. — Voy. les excellentes explications de MtN/.F.MsEnG! iv, p. 51-72

T l\ A D U C T I 0 iN S ALL L M A N I) E S DE LA C I B r, E 45

Jesus, du haut du ciel,

Sera notre protecteur.

Qu.ind urinslruiras-lu,

.lésus, mou uui(|ue trésor?

Ouan,] poiirr;ii-je chüntcr tes louanges

Sans fin, éternellemeut?

Mon repentir est amer!...

Oh! prends-moi dans les bras.

Aie pitié de moi,

Mes péchés me causent tant de douleur!

Puisque tu tes livré pour moi

A de cruels tourments.

Donne-moi ta fjrAce et ta bénédiction

Par ta mort Irès-sainte!

0 Jésus, Maître trcs-bon,

Rp{jarde-moi avec miséricorde.

Afin que de ctrur et de courajje

Je t'aime toujours de plus en plus '!

« Tout ce qu'enseigne la sainte Église, est-il dit dans la Porte du c/e/(1513), tout ce que tu entends ou lis dans les sermons et les autres instructions, ce qui est écrit dans les livres spirituels, ce que tu chantes à la gloire et à la louange de Dieu, les prières que tu fais pour obtenir le salut de ton âme, ce que tu endures dans les contradictions et les épreuves, tout cela doit t'exciter à lire avec humilité et dévotion les saintes Écritures, les Bibles qui sont maintenant traduites et imprimées en langue allemande et partout répandues en grand nombre, soit complètes, soit abrégées, et que tu peux acheter aujourd'hui pour peu d'argent ^ ^

Le nombre des traductions de l'Ancien et du Nouveau Testament, soit complètes, soit en parties séparées, était en effet considérable. On compte onze éditions des psaumes parues avant 1513; vingt-cinq, antérieurement à 1518, des Évangiles et des épitres. En même temps, jusqu'au moment de la scission de l'Église, il ne parut pas moins de quatorze éditions de la Bible en haut allemand et cinq en bas allemand. Parmi les premières, il faut noter les belles éditions d'Augsbourg (1477, 1480, 1487, 1490, 1507, 1518), les éditions de Nuremberg, 1483, et celles de Strasbourg, 1485'. Au commencement du

• IlASAK, p. 1-2.

' Kehreix, Deutsche Bibel Übersetzung vor Luther, p. 33-53. — Voy. HAtN, n"» 3129- 3143. — Steiff, p. 9. — Alzog, p. 65-66. D'après l'opinion la plus répandue, la première tradu-tion de la Bible en bon allemand parut en 1466 chez Eggestein, à Strasbourg. La première en bas allemand parut à Delft, en 1477. (Voy. Vax DER Linde, p. 105.) La première en bas saxon, à Lübeck, 1494.

seizième siècle, on se servait déjà d'une sorte de Vulgate, en allemand, qui servait de type '.

Comme les livres de dévotion el d'enseignement, la plupart des éditions de la Bible étaient ornées de beaucoup de gravures, afin, comme le disait l'éditeur de la Bible de Cologne (1470-1480), que le lecteur se trouvât plus attiré à prendre fréquemment en main la sainte Bible. C'était aussi le but qu'on se proposait dans les Évangéliaires, comme cela y est expressément et maintes fois répété. - Ils doivent servir, y est-il dit, à porter les fidèles à la lecture assidue et aimée de la Bible, particulièrement à celle de l'Évangile, dont la force et la vérité dépassent toutes les autres parties de l'Écriture sainte. '■ L'éditeur de VÉi'aîKjéliaire de Bâle s'exprime de la même manière (1514). Il pose en principe pour tout chrétien raisonnable la nécessité de l'étude de la Bible : « Nous aurons à rendre un compte bien sévère à Dieu de l'emploi de notre temps, car le temps présent est appelé le temps de la grâce, il est infiniment précieux aux hommes pieux el bons. Il faudrait donc conseiller à tout chrétien sensé de lire volontiers en toute occasion la sainte Écriture, afin qu'il apprenne à connaître Dieu, son créateur et son Seigneur; car les grâces que l'homme peut obtenir de Dieu en la lisant ou l'écoutant lire sont inexprimables; surtout il faut se conduire d'après ce qu'on lit, car l'apôtre saint Jacques a dit dans le quatrième chapitre de son épitre : <= Celui qui sait le bien « qu'il doit faire et ne le fait pas, est coupable de péché. ■■ Il énumère ensuite les grâces diverses accordées à ceux qui lisent ou écoutent lire la sainte Écriture, et il ajoute : " Sache donc qu'il n'est point d'inquiétude ni d'épreuve si grandes qui ne soient consolées certainement par la grâce du Saint-Esprit pendant la lecture de la sainte Écriture, pourvu qu'en Usant, tu mettes toute ta confiance en Dieu, et la prennes fidèlement à cœur; car celui dont la foi est faible reste sans secours et sans grâce, au lieu que la foi ferme et vigoureuse trouve partout la force et la consolation au milieu de grâces abondantes. C'est pourquoi Jésus-Christ, notre cher Seigneur, disait à saint Pierre qui se croyait en péril de mort sur les eaux : ; O homme « de peu de foi, pourquoi doutes-tu de ma puissance et de ma force? » " Il faut, dit- il encore, distinguer cinq classes de lecteurs : les premiers lisent seulement pour savoir, non pour agir, et afin de pouvoir reprendre les autres, et cela s'appelle vanité orgueilleuse. Les seconds ne lisent que pour s'entendre louer et passer pour des

' Geffcken, p. 6-10. — Voy. Maier, dans le Journal théologique trimest. de Tubingue, t. LVI, 694. Le bibliothécaire du couven-t des Prémontrés, le Père Philippe Rlimesch, prépare avec une exactitude toute diplomatique l'édition du

Coder Teplcnsis contenant le Livre du Nouveau J'enlameiit , le plus ancien des

manuscriis allemands du saint Évangile, le même qui a servi de modèle à toutes les Bibles allemandes imprimées au quinzième siècle, Munich, 1881.

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