‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 461 sur 477 · RÉVOLTE ET PACIFICATION DU TYROL · texte numérisé non relu

RÉVOLTE ET PACIFICATION DU TYROL

Pendant que les révoltés, durant les mois de mai et de juin,, essuyaient dans l'Empire les plus rudes revers, ils triomphaient dans le Tyrol. Ils s'y étaient emparés de plus de cent châteaux, et disposaient de l'argent, des biens, de la vie et de la mort des citoyens. Il ne pouvait être question de se défendre, car Ferdinand n'avait point d'armée, et encore moins d'argent. Aux états du comté, ouverts le 15 juin à Inspruck, l'archiduc avait reçu communication de cent six articles rédigés à IMéran par un comité composé de bourgeois et de paysans, et contenant toutes les réclamations des révoltés, u Beaucoup semblaient être, au premier abord, à l'avantage du prince. Ou le suppliait de donner les mains à la sécularisation générale des biens du clerp,é, et d'incorporer immédiatement à ses États, en sa qualité de prince souverain et héréditaire du comté, les possessions des évêques de Brixen et de Trêves (qui relevaient directement de l'Empire,) ainsi que toutes les propriétés ecclésiastiques enclavées dans le pays, et appartenant, soit à des évéchés, soit à des abbayes du dehors. Michel Geysmayr, l'un des principaux chefs des rebelles, s'intitulait le « Protecteur des Etats de Son Altesse -. Un grand nombre de gentilshommes faisaient cause commune avec les paysans et les bourgeois révoltés, soit qu'ils y eussent été contraints par la nécessité, soit poussés par l'espoir d'acquérir quelque bon lot au moment de la sécularisation tant désirée, et de se dédommager ainsi de pertes récemment subies. Aussi approuvaient-ils entièrement le plan et les articles présentés à l'archiduc. - Tous entonnaient la même chanson que les paysans, estimant que, sans cela, tout irait de mal en pis'. Je crains fort ",

Nicolas Scheit et autres meinl)res du conseil, ont organisé une farce de carnaval* dans une m;iison située sur le pont, et devant laquelle le cortège devait passer. Us ont mis à la fenêtre le simulacre d'un loup, ont garni de peaux de loup les autres fenêtres, au milieu de rires et de quolihets, et lorsque la procession revint, la; populace, rassemblée sur le pont, chanta des chansons impies, criant : « Au loup! Au loup! Le Saint Sacrement a été tourné en dérision, la procession,, la foule des fidèles insultées. Un autre jour oii la plupart des membres du conseil prenaient part à une procession, la populace se mit à les railler,, insulta les seigneurs du con.seil et le clergé, et le Saint Sacrement fut l'objet d'odieuses profanations. Ko.negstein, années 1526-1527, p. 113, 117, 119.

' Il tenait un tout autre langage à ses confidents : « J'avais apporté des carabines, et je voulais m'einparer de toutes les cloches pour les fondre et en; faire des arquebuses; ensuiie je me proposais d'entrer « derrière le cuir» da prince et des nobles. • — Gueuteu, p. 52.

RI^VOLTK ET l' A CI K I CAT t O N DU TYKOL. 1520. 587

écrivait le duc F^ouis de Bavière à son frère Ciuillaume le 21 juin 1525, .< que la province du Tyrol ne se décide à laisser le pouvoir entre les mains do l'arcliiduc ([iravcc l'inlenfion de gouverner à sa place et de lui dicter des ordres, il n'en résultera rien de bon; si les paysans arrivent à leur but, j'jii réellement peurcjue ce ne soit bientôt à notre tour de baisser la télc '.

Aux étals du comté, « cette race de li;d)lcurs qui voient d'un meilleur (1m1 la détresse d'un pays que .sa prospérité " avait la prépondérance; mais Ferdinand repous.sa avec fermeté le projet de sécularisation, et refusa éjyalement de favoriser l'établissement de l' u Kvanyile pur et sans allia[;e >•. 11 ne voulut pas davantage entendre parler pour les communes du droit d'élire ou de déposer leurs curés, u L'archiduc prend le parti des prêtres », mandait un chargé d'affaires bavarois à .Muiiicli, -• ce qui est cependant tout ä fait opposé à l'esprit qui règne ici. » Ferdinand s'efforça d'expliquer aux états les motifs de ses refus. Les évèques de Trieste et de Brixen sont princes de l'Empire, leur dit-il, et l'on ne peut admettre que leur situation présente puisse être modifiée eu aucune manière sans l'assentiment de l'Empereur; outre cela, les comtes du Tyrol se sont obligés par contrat à défendre et à protéger ces évêchés. Or si l'on mettait la main sur les propriétés des princes ecclésiastiques et des monastères voisins, le comté se verrait exposé aux représailles de la ligue souabe, des princes de Bavière, du comte palatine! de tous les Ordres de l'Entpire. Ouant aux biens ecclésiastiques qui ne dépendent point de rEnq)ire, nous ne sommes pas non plus libres d'en disposer, car ils sont sous la protection de l'Empereur. Mais, en dehors de tous ces motifs, ravir à quelqu'un son avoir, son héritage, contre sa volonté et par un acte arbitraire, ce n'est pas se conduire .selon les préceptes du saint Évangile, c'est au contraire n'y avoir aucun égard. Néanmoins la nécessité contraignit bientôt Ferdinand à consentir à la sécularisation de l'évôché de Brixen et des propriétés de l'Ordre Teutonique « jusqu'à ce qu'un concile général ou une nouvelle constitution ait décidé la question en dernier ressort . La juridiction ecclésiastique et l'exercice du pouvoir temporel restèrent garantis sans condition à l'évêque de Brixen ^ Ferdinand se vit aussi forcé d'approuver une nouvelle constitution nationale - offrant aux révoltés de grands avantages, et favorisant grandement les prétentions des bourgeois et des paysans'. Les procès-verbaux des états, expédiés le 23 juil-

' Dans JÖRG, p. 524-525.

- Déclaration de Ferdinand lors de l'occupalion de l'évéché de Brixen, 21 juillet 1525. Voy. BuCHHOLZ, Urkundenbuch, p. 642-643. 3 Voy. BuoHHOLZ, t. VIII, p. 335-338.

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